lundi 28 mai 2012

Rapport auprès de la CPI : "des jours de bombardements français à Abidjan"



"Récit pathétique des jours de bombardements…
La Défense de Gbagbo met à nu la barbarie de l’Etat français
", titre Le Nouveau Courrier

Voir ici et ici le rapport complet (mis en ligne sur le blog Saper Aude et sur le blog de Frindéthié).

Extraits du rapport auprès de la CPI sélectionnés et commentés par Philippe Brou dans Le Nouveau Courrier du 26/05/12 :

En plus d’être un solide document juridique, la requête en incompétence de la Cour pénale internationale (CPI) déposée par l’équipe de défense du président Laurent Gbagbo est une pièce d’Histoire pour les générations africaines actuelles et futures. En effet, si de nombreux articles de presse ont décrit les conditions effroyables des bombardements franco-onusiens sur la Résidence présidentielle de Cocody, c’est la première fois que de manière très officielle, Gbagbo dit, aidé de la plume de ses avocats, ses vérités sur ces jours de folie. Sur le feu nourri sur un lieu de vie où se trouvaient pourtant – et la France officielle le savait – une vingtaine d’enfants. Sur les bombardements par hélicoptères qui se poursuivent alors que, dès le 8 avril, plus aucune résistance n’est opposée à la furia sarko-onusienne. Sur l’action des Forces spéciales françaises, parties de la Résidence de France, habitée à l’époque par le très cynique ambassadeur Jean-Marc Simon. Sur les survivants qui, dans la Résidence en feu, fuient de pièce en pièce pour avoir la vie sauve. Sur les hommes qui sont tués froidement par les rebelles convoyés par la force Licorne devant les yeux de celui qui est alors, au regard de la Constitution ivoirienne, le président de la République. Extraits poignants.

"A l’issue du second tour des élections présidentielles tenu le 28 novembre 2010, le Conseil constitutionnel proclamait le 3 décembre 2010 Laurent Gbagbo Président de la République de Côte d’Ivoire (Cf. annexe 1) ; il prêtait serment le 4 décembre 2010 (Cf. annexe 2) et a pris ses fonctions de Président de la République.

En janvier 2011, des éléments rebelles armés prenaient le contrôle d’Abobo, un quartier d’Abidjan. A la mi-mars 2011, des colonnes rebelles passaient la ligne de démarcation entre le nord (sous contrôle des forces rebelles depuis le 19 Septembre 2002) et le sud, sous contrôle des Autorités légitimes. L’armée ivoirienne se repliait sans combattre. En quelques jours, les colonnes rebelles appuyées par l’ONUCI et les forces françaises atteignaient Abidjan et entraient dans ses faubourgs le 27 mars 2011.

Le Président Gbagbo se réfugiait à la Résidence Présidentielle, dans le quartier de Cocody, le 25 mars 2011. C’est un homme âgé et déjà fatigué par des mois de crise qui fait face à un siège. Son médecin se trouve à ses côtés et s’assure qu’il prend les médicaments adéquats pour traiter notamment son hypertension. Le Président est rejoint par de nombreux civils désarmés qui s’installent dans les jardins de la Résidence. A noter que, dans les locaux de la Résidence, se trouvent des familles de fonctionnaires et du personnel. Il y a là notamment une vingtaine d’enfants.

Du 1er au 4 avril 2011, la Résidence est l’objet de bombardements par hélicoptères. Les bombardements reprennent de manière plus intense le 8 avril alors que toute résistance officielle a cessé. D’ailleurs les militaires de l’armée ivoirienne n’opposent plus dans le pays aucune résistance.

Le 10 avril 2011 dans la journée, les bombardements de l’artillerie et des hélicoptères redoublent d’intensité. Les habitants de la Résidence comptent de nombreux morts et les blessés sont soignés, dans des conditions très difficiles, dans une infirmerie de fortune organisée à l’intérieur de la Résidence.

La situation s’aggrave alors à la Résidence où vivres et médicaments font défaut ; les blessés ne peuvent être soignés dans des conditions décentes, d’autant que, chaque heure qui passe augmente le nombre de victimes. Les médecins doivent faire face à un afflux ininterrompu de blessés, soit victimes des bombardements, soit victimes des francs-tireurs embusqués aux alentours. Le niveau de fatigue et de stress est considérable pour tous ceux qui vivent ces heures dramatiques.

Dans la nuit du 10 au 11 avril, les bombardements continuent et les survivants tentent de leur échapper en fuyant de pièce en pièce. Au petit matin, l’assaut est donné par les forces spéciales françaises venues de l’Ambassade toute proche, bientôt remplacées par des groupes de rebelles, lesquels sont les premiers à pénétrer dans les ruines de la Résidence. Des hommes sont tués devant le président Gbagbo, d’autres – dont son fils et son médecin – sont battus devant lui. Il est lui-même humilié par les assaillants. Pendant que le Président Gbagbo est emmené à l’hôtel du Golf, quartier général des rebelles, les exécutions de ses partisans faits prisonniers se poursuivent. A l’hôtel du Golf, le Président Gbagbo fait l’objet de menaces et [...]

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