samedi 29 mai 2010

Rire jaune



Ça mériterait ri-Cannes-ment, remarque Djé.

... C'est comme le dit bien la comptine :

Un canard a dit à sa cane
"Ris, cane"... et la cane a ri.


Rire jaune (jaune canari bien sûr).

Quand on pense que c'est sur le même territoire que Cannes, dans les circonscriptions des mêmes élus qui manifestaient contre "Hors-la-loi", que se réunit en ce moment la Françafrique - à Nice...

Tout un symbole pour le cinquantième anniversaire "des indépendances" : les mêmes "aspects positifs" de la colonisation - et de la décolonisation - pour le canard en tout cas : les oeufs que pond la cane. Cinquante ans après, la même chanson :


Rire jaune : jaune canari...

Que ce soit par le refus d'un autre regard sur Sétif, celui de "Hors-la-loi", que ce soit par une "révision" permanente de l'histoire de l'esclavage, autant de volontés d'une parole imposée (par le canard à la cane ?) excluant toute élaboration d'un dialogue.

45 000 (version Alger) ou 10 000 (version historiens français) morts autour de Sétif face aux 100 morts "Européens" ? Un débat sur les chiffres (qui dans tous les cas sont épouvantables) visant à noyer le poisson : de toute façon, les faits sont et demeurent insupportables.

Voilà qui rappelle Grenouilleau et sa comptabilité des déportations esclavagistes atlantiques visant à les mettre en balance relativisante face aux déportations trans-sahariennes (et à un concept original : "traite interne").

Façon d'en arriver toujours au bout du compte à "une vingtaine" (Abidjan 2004)...

Sera-t-il possible de faire autre chose que "réviser" et à quelle fin ?


Une autre approche :




dimanche 23 mai 2010

Exile...



... on Main Street

(Série Cannes suite - et fin ?)


"Hors-la-loi", en voilà qui sont bien en exil "on main street" (on "La Croisette"...)...

Des élus des Alpes-Maritimes, députés et maire local, manifestent à Cannes pour leur signifier qu'ils ne sont pas les bienvenus. Intrus !

Mais, à bien y regarder, ils ne sont pas les seuls à n'être que de passage... Peu de doute que le temps dira tôt où tard que cette manif n'était qu'une bêtise, sans compter que personne n'est à titre définitif citizen à cannes.

Le temps ! "Nous étions jeunes, beaux et bêtes. Maintenant, nous ne sommes plus que bêtes." dixit Mick Jagger à Cannes, lors de la conférence de presse du film "Stones in Exile".

Où il est vraiment question d'intrus ! L'intrusion incontournable, qui dit : "Personne ne sortira d'ici vivant" !... Il s'agit de L'intruse - celle qui nous met tous en exil "on main street" !... "Elle est la même depuis toujours dixit Woody Allen à Cannes : je suis contre la mort !" "C'est une sale histoire de vieillir et je vous conseille de l'éviter si vous pouvez !... : "Je vous déconseille de vieillir"...

À preuve : "Nous étions jeunes, beaux et bêtes. Maintenant, nous ne sommes plus que bêtes."


"Sticky fingers" (avant) :




"Exile on Main Street" (après remastérisation - ou vieillissement) :





samedi 22 mai 2010

Yes they Cannes




"Rachid Bouchareb est de retour à Cannes avec Hors-la-loi, suite d’Indigènes, en Compétition en 2006. Le cinéaste franco-algérien était aussi venu en 2008, en tant que membre du Jury longs métrages, aux côtés d’Apichatpong Weerasethakul, qui comme lui concourt cette année pour la Palme d’or.

Hors La Loi se présente un peu comme la suite d’Indigènes, présenté en Compétition au Festival de Cannes en 2006. Non pas une suite dramaturgique, mais une suite historique ou plutôt une mise en contexte. Indigènes était consacré aux tirailleurs africains et maghrébins, qui ont combattu pour la France, pendant la seconde guerre mondiale. Hors la loi raconte l’histoire de trois frères algériens, du milieu des années 30 à l’indépendance de l’Algérie en 1962. [...]

Avant même sa projection, Hors la loi, qui concourt pour la Palme d’Or sous la bannière de l’Algérie, a suscité la polémique. [...]"





Fragile ! Yes they Cannes !



vendredi 21 mai 2010

La palme du jury Godwin



Yes, il Cannes...

Luca lauréat du prix Godwin : "négationnisme", "un film où l'armée française est comparée aux SS et où la police française est assimilée à la Gestapo", etc. Il l'a dit !...



Polémique "Hors-la-loi": plus d'un millier de manifestants à Cannes

CANNES — Environ 1.200 manifestants, selon la police, se sont rassemblés vendredi à Cannes (Alpes-Maritimes) pour rendre hommage aux "victimes françaises" de la guerre d'Algérie et des massacres de Sétif, le jour où le film "Hors-la-loi", objet d'une polémique, est présenté au Festival de Cannes, a constaté l'AFP.
Parmi les manifestants réunis devant le monument aux morts de l'Hôtel de ville figuraient plusieurs élus UMP dont le député-maire de Cannes Bernard Brochand et environ 70 anciens combattants portant des drapeaux français ainsi que des représentants d'associations de harkis ou de pieds-noirs. Le Front national était présent avec une discrète banderole.
Avant toute projection, "Hors-la-loi", qui sortira en salles le 22 septembre, a été accusé de "falsifier l'histoire" par l'extrême droite, des associations de harkis, d'anciens combattants et de pieds-noirs, ainsi que par le député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca.
Présenté vendredi matin à la presse, le film a été applaudi. Il s'agit d'un efficace thriller politique qui suit trois frères déchirés par la guerre d'Algérie, une lutte d'indépendance que le cinéaste franco-algérien Rachid Bouchareb dépeint comme sale, mais juste.
La "cérémonie du souvenir organisée en hommage aux victimes françaises de la guerre d'Algérie a été voulue par la municipalité de Cannes afin de marquer (...) son attachement à la mémoire de nos compatriotes civils et militaires et des hommes des forces supplétives tombés au cours des événements de Sétif", selon un communiqué de la mairie lu aux participants.
Après un salut aux couleurs, les manifestants ont chanté la Marseillaise et le Chant des Africains. Ils ont ensuite défilé dans les rues du centre-ville, en évitant le Palais des festivals, encadré par un important dispositif policier.
Ils scandaient des slogans tels que : "FLN assassin".
Outre M. Brochand, d'autres députés UMP dont Lionnel Luca (Alpes-Maritimes), Jean Leonetti (Alpes-Maritimes), Elie Aboud (Hérault, également président du Groupe d'études parlementaire sur les rapatriés), Richard Mallié (Bouches-du-Rhône) ainsi que l'ancien maire de Nice Jacques Peyrat ont participé à la cérémonie.
"Je suis venu ici parce qu'il est nécessaire de penser aujourd'hui aux morts qui ont été sauvagement massacrés pendant les événements de Sétif", a déclaré à la presse M. Luca.
"Le film de Rachid Bouchareb ("Hors-la-loi", en sélection officielle à Cannes où il représente l'Algérie, ndlr) que je viens de voir est un film partisan, militant, pro-FLN (...) il est encore pire que ce qui était annoncé", a poursuivi le député.
"Je suis désolé que des chaînes françaises aient financé ce film", a poursuivi M. Luca, "c'est un film où l'armée française est comparée aux SS et où la police française est assimilée à la Gestapo".

Polémique "Hors-la-loi": la SACD remet un "prix de la Bêtise" à Lionnel Luca
PARIS — La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) a décerné vendredi le premier prix de la "Bêtise avec un grand C" au député UMP des Alpes Maritimes Lionnel Luca pour s'être "attaqué publiquement" à une œuvre, le film de Rachid Bouchareb "Hors-la-loi", "sans l'avoir vue".
"Ce prix vise à honorer ceux qui, en toute méconnaissance de cause, prendront dorénavant l'initiative de tenter de limiter la liberté d'expression en s'attaquant publiquement à des œuvres sans les avoir lues ou vues", indique l'organisation dans un communiqué.
Il a été décerné "à l'unanimité" par le conseil d'administration de la SACD à Lionnel Luca pour avoir, "dans un grand élan de respect et de tolérance", estimé que "Hors-la-loi", qui sera présenté le 21 mai en compétition au 63e Festival de Cannes et "qu'il "n'a pas vu, est +manichéen+ et qu'il s'agit +d'une falsification historique+".
"Les auteurs de la SACD félicitent chaleureusement Lionnel Luca pour ce prix amplement mérité" dont l'intitulé s'inspire d'une expression du poète Jacques Prévert, poursuit le communiqué.
"Pour accompagner ce prix, un livre ou un film de son choix sera à sa disposition le jour où il choisira d'en prendre connaissance avant d'émettre un avis à son sujet", conclut-il.
"Hors-la-loi" suit, de la fin des années 1930 à l'indépendance algérienne en 1962, le destin de trois frères à travers les tumultes de l'histoire franco-algérienne.
Taxé de "négationnisme" par M. Luca - ne l'ayant pas vu, il s'est basé sur un rapport du service historique du ministère de la Défense qui passait au crible un scénario provisoire -, le film s'est attiré les foudres de l'extrême droite, d'associations représentant des harkis, des anciens combattants et des pieds-noirs.
Une douzaine d'intellectuels ont réagi en dénonçant le "retour en force de la bonne conscience coloniale".


Au bord de l'abîme ! Yes he Cannes !



lundi 17 mai 2010

Yes Oui Cannes







Oui, on en est bien là :
"Je vous déconseille de vieillir."

(Woody Allen, Cannes, mai 2010)




dimanche 16 mai 2010

Intruder



Intrus !...




"La mort ? Je suis contre !"
"Elle est la même depuis toujours : je suis contre la mort !"
"C'est une sale histoire de vieillir et je vous conseille de l'éviter si vous pouvez ! Vieillir ne présente aucun avantage. On ne devient pas plus sage, mais on a mal au dos, on ne voit plus très bien, on a besoin d’un appareil auditif pour entendre. Je vous déconseille de vieillir." (Woody Allen, Cannes, mai 2010)



samedi 15 mai 2010

Five to one



Non, ce n'est pas un score pour la finale du "Mondial", "cinq à un" !
C'est une façon de dire que...
"Personne ne sortira d'ici vivant"...
"No one here gets out alive"...


C'est dans "Waiting for the sun", des Doors...




Wa qu'à citer...



Waka y'a qu'à citer les sources...

Occasion de mentionner le système copyleft, proche de l'idée sud-africaine de Ubuntu, véhiculée notamment par Desmond Tutu... (Ce qui via l'Afrique du Sud ramène à nouveau au "Mondial".)

... Là, ça fait un peu pareil qu'avec Waka Waka :








Ci-dessus, c'est deux versions de "On the road again".
Ci-dessous, c'est "Lagrange", par ZZ Top... Mais ça ressemblerait pas un peu ?


Et - ZZ Top (Legs) :


Et encore - ZZ Top (Gimme All Your Lovin') :


ZZ top - gimme all your lovin par Leroidukitch


vendredi 14 mai 2010

Shakira - Waka Waka



Pour rester en Afrique du Sud, après l'hommage de Miles Davis à Desmond Tutu...

Parmi les controverses sur le "Mondial"...

L'hymne officiel fait "beuz".




jeudi 13 mai 2010

Tutu



Juste pour l'écouter...


Amandla
&



mercredi 12 mai 2010

Electric Ladyland



Juste pour l'écouter...


Electric ladyland — & — autres...



L.A. Woman



Juste pour l'écouter...




lundi 10 mai 2010

Abolition de l'esclavage



Rébellion d'un esclave sur un bateau négrier. Peinture réalisée par Edouard Antoine Renard en 1833 - Musée du Nouveau Monde à La Rochelle

Texte de Ségolène Royal :

"[...] C'est le 10 mai 2001 que fut définitivement adoptée par le Parlement la loi proposée par Christiane Taubira, députée de la Guyane, et soutenue par la gauche, reconnaissant la traite et l'esclavage pour ce qu'ils furent : un crime contre l'humanité.

La République, ce jour-là, assuma avec lucidité un passé constitutif de notre histoire commune et décida de rendre hommage à ceux, noirs et blancs, esclaves et abolitionnistes, qui se dressèrent contre « l'infâme commerce ».

La France, ce jour-là, fut digne de ses valeurs.

Loin, très loin de ceux qui, sous prétexte de pourfendre je ne sais quelle repentance imaginaire, la voudrait amnésique, oublieuse de ses combats fondateurs, frileusement crispée sur une identité au rabais.

A l'opposé de ceux qui tentèrent, en 2005, de donner force de loi aux « bienfaits de la colonisation » et de ces 40 députés UMP qui, à la veille du 10 mai 2006, voulaient empêcher que, conformément à l'article 2 de la loi de 2001, les programmes scolaires et de recherche accordent à la traite et à l'esclavage la place qu'ils méritent.

Je l'ai dit souvent car je le crois profondément : notre pays s'honore d'avoir été le premier à caractériser clairement l'esclavage non pas comme un crime inhumain mais comme crime contre l'humanité. La France a tout à perdre d'une lecture révisionniste de son passé et tout à gagner d'une histoire partagée qui l'arme pour les combats d'aujourd'hui et de demain.

Je me souviens d'en avoir parlé avec Aimé Césaire, à Fort de France, lui qui affirmait en 1982 à la tribune de l'Assemblée nationale, combien il est important pour tous les Français « de se rappeler que le combat, le séculaire combat pour la liberté, l'égalité et la fraternité, n'est jamais entièrement gagné et que c'est tous les jours qu'il vaut la peine d'être livré ».

Il rendit à cette occasion un bel hommage à Victor Schoelcher, artisan majeur de l'abolition définitive de l'esclavage en 1848, soulignant que le même mouvement l'avait porté, sa vie durant, à vouloir l'émancipation des esclaves et celle des ouvriers « victimes désignées d'un capitalisme sauvage ».

Mais nous voulons aussi, ajoutait Césaire, que soit célébré le souvenir de ceux qui ne se résignèrent jamais et se levèrent périodiquement contre l'asservissement esclavagiste.

En ce 10 mai 2010, souvenons-nous qu'ils étaient nos frères et nos soeurs ces esclaves déportés d'Afrique qui, par tous les moyens, résistèrent à leur déshumanisation et à leur marchandisation. Ces hommes et ces femmes qui se jetèrent à la mer durant la traversée des bateaux négriers, Ces « marrons » qui s'évadèrent des plantations pour vivre libres. Ces esclaves révoltés qui s'emparèrent des idéaux de 1789 et anticipèrent la première abolition de 1794.

Et aussi Louis Delgrès et les siens, dressés en 1802 contre le rétablissement par Bonaparte de l'esclavage en Guadeloupe. Dans la belle Proclamation de Basse Terre publiée le 10 mai 1802, Delgrès en appelle « à l'univers entier » et rappelle à ceux qui trahissent la République que « la résistance à l'oppression est un droit naturel ». Encerclés par les troupes venues les remettre dans les fers, ils choisirent la mort plutôt que la servitude.

A leurs côtés, des femmes. Parmi elles, la Mûlatresse Solitude, exécutée après la naissance de son enfant, et Marthe-Rose, blessée au combat, qu'on conduisit à la mort sur un brancard.

La répression de cette insurrection républicaine fut sanglante.

Il fallut bien des luttes encore et le développement du mouvement abolitionniste pour que la République issue de la Révolution de 1848 abolisse définitivement l'esclavage.

Si j'évoque la mémoire des résistants d'alors, c'est pour rappeler que l'abolition ne fut pas un cadeau octroyé mais une conquête, fruit d'une double lutte menée, dans les outre-mers et dans l'Hexagone, par les esclaves eux-mêmes et par les ennemis de l'esclavage.

Nous savons qu'après la fin de l'esclavage vinrent d'autres formes de domination : le travail forcé, la citoyenneté inachevée car prise dans le carcan colonial, les espoirs déçus de la départementalisation outre-mer et, de nos jours encore, ces discriminations qui défigurent la République.

Mais il ne faut pas, comme le disait sagement Césaire, demander « aux hommes du siècle dernier de résoudre des problèmes qui ne se posaient pas encore à eux ». Ils firent, en leur temps, les choix courageux qui permirent à l'émancipation d'aller de l'avant. D'autres, ensuite, prirent le relais. A nous, aujourd'hui, d'approfondir le chemin qu'ils ont ouvert.

Voilà pourquoi il est important de garder vive la mémoire d'un crime dont Frantz Fanon, dans « Peau noire, masques blancs » a admirablement décrit les ravages sur ses victimes et sur ses auteurs : « Le malheur de l'homme de couleur est d'avoir été esclavagisé. Le malheur et l'inhumanité du Blanc sont d'avoir tué l'homme quelque part ». Il disait aussi : « je ne suis pas esclave de l'esclavage qui déshumanisa mes pères » car « moi, l'homme de couleur, je ne veux qu'une chose : que jamais l'instrument ne domine l'homme. Que cesse à jamais l'asservissement de l'homme par l'homme ».

Voilà pourquoi il est important de transmettre aux jeunes générations les repères solides d'un récit partagé et citoyen qui ne gomme pas les blessures profondes laissées par quatre siècles de traite et d'esclavage mais rende, dans le même temps, pleinement justice aux combattants et combattantes passés des droits humains et à la richesse actuelle d'une culture française forte de tous ses métissages. L'école et les programmes scolaires ont, ici, le premier rôle. Car il ne s'agit pas de concurrence des mémoires mais de valeurs universelles. [...]"

Le texte en entier et la suite ici...


jeudi 6 mai 2010

Du "sociétalisme" au "pipol"



"Sociétalisme". C'est le terme par lequel il me semble falloir qualifier cette voie de garage par laquelle on enferre la gauche dans des problématiques qui ne mangent pas de pain ("sociétalisme", terme que j'ai évoqué en commentaire). Cf. aussi ici.

Les problématiques "sociétalistes" tournent autour de questions de société dont les solutions "libérales" sont censées caractériser "la gauche"... qui du coup met un point d'honneur à jouer les avant-gardistes en s'alignant sur des solutions qui ne dérangent plus la droite "conservatrice" depuis belle lurette, et qui n'ont jamais dérangé la droite "moderne".

Ces combats se confondant facilement avec des combats socialistes, la gauche s'y laisse aisément piéger. Et tant qu'elle en est à ces combats réputés "pensée 68" que lui impose l'agenda médiatique, elle est toujours à même de s'aligner sur les positions les plus antisociales en matière de droits sociaux acquis... pourvu que l'honneur soit sauf sur les questions sociétales.

C'est ce qui explique le juste coup de gueule de Mélenchon, devenu "buzz", face au jeune journaliste lui posant une question sociétale type : "vaut-il mieux des bordels que des prostituées 'libérales'" ?

Qui n'a pas compris la distinction socialiste / sociétaliste se laisserait piéger à une telle question. Qui, parmi les visionneurs de la vidéo-buzz, n'a pas compris cette distinction, juge incompréhensible le coup de gueule de Mélenchon - se disant : "après tout c'est une question qui vaut d'être posée !" Et quand Mélenchon réplique "on s'en fout," le sociétaliste se dit, moitié scandalisé : "oh ! il se fout de la condition des prostituées", quand Mélenchon est simplement en train de dire que lorsque ces questions sociétales deviennent des cœurs de débats, on a tout simplement embourbé le débat politique. Or en regard du débat politique, il est sain de répondre comme Mélenchon a répondu : personne de sensé ne fonde un engagement politique en se demandant s'il préfère aller au bordel ou au bois de Boulogne !

En posant cette question sociétale que Mélenchon venait de dénoncer comme telle - elle avait fait la une de tel journal ! -, le jeune journaliste vient de remplir son office d'apprenti communicateur "pipol". Entre une question sociétale de cet ordre et la Zahia des bleus en une d'un magazine célèbre, la frontière est celle qui ne sépare plus le "sociétalisme" du pipol.



Et nombre de socialistes et de journaux réputés de gauche n'en ont aucune conscience, accaparés qu'ils sont par les questions sociétales qu'un certain agenda leur impose au même titre que la vie privée de la famille royale élyséenne...

Et lesdits socialistes accaparés par l'agenda médiatique, de se croire avant-gardistes quand ils proposent les solutions réputées "libérales" héritées de 68 à ces problématiques pour lesquelles la droite "moderne" a adopté depuis beau temps... les mêmes solutions, tandis qu'elle appuie silencieusement (hors du regard de la presse préoccupée de sociétalisme) tel ou tel des traficotages boursiers ruinant des pays entiers, auxquels la gauche sociétaliste se range sans difficultés !

Autre exemple, plus ancien : les débats interminables sur le pacs, pacs auquel la droite s'est rangée en quelques mois. Voilà des débats qui ont pourtant accaparé la gauche, lui mobilisant pour des mois une énergie d'enfonceurs de portes ouvertes sociétales... pour des solutions qui au fond ne mangent pas de pain, et que la droite "libérale" "moderne" fait de toute façon toujours siennes toute seule.

Les illustrations télévisuelles de ce que ces enfoncements de portes ouvertes par la gauche ne sont que des enfoncements de portes ouvertes sont foison... et passent inaperçues. Quelle télé propriété de grands groupes dont la gauche est censée combattre les méfaits sociaux ou l'incivisme (évasion fiscale) ne fait pas ses choux gras en nous tirant des larmes en faveur de solutions sociétales bienveillantes (genre présentations d'amours homosexuelles entravées par le conservatisme, ou au contraire libérées par la générosité des publicités visant là une nouvelle cible de marché) ?

Pour le même type d'agenda sociétaliste, mais d'actualité brûlante, et sur lequel tout le monde ou presque est d'accord, suivez mon regard...

Or c'est sur cela qu'un Mélenchon met le doigt - rendant enfin son rôle à la gauche en la différenciant là où elle est différente. Car quel est le vrai problème dans la crise actuelle : les questions concernant du choix du bordel, les histoires à la Zahia, celles des rumeurs élyséennes... ou celles de l'incivisme de ceux qui dirigent les médias qui nous imposent ces problématiques-là tout en payant leurs impôts a minima sous régimes de complaisance et en spéculant sur le sac de riz ou la dette des pays pauvres ? À ce point la Grèce pourrait ouvrir les yeux de la gauche... si celle-ci était moins accaparée par des problèmes sociétalistes ou pipol.

Ils ne sont pas nombreux ceux qui pointent ces questions là...