mercredi 29 juin 2011

Quid des faits concernant le Novotel d'Abidjan ?


Etrange propagande des "grands médias" qui ne peuvent pourtant pas contourner des faits comme les violences, exactions, séquestrations arbitraires, disparitions, viols, ethnocides, etc., qui se perpétuent en Côte d'Ivoire depuis le coup d'Etat du 11 avril - perpétré grâce aux bombardements franco-onisiens, au prix d'innombrables victimes civiles : quand il faut bien toucher un mot de la catastrophe actuelle, les "grand médias" parlent d'un gouvernement Ouattara-Soro "fragilisé par son échec à rétablir la sécurité et [par] la pression internationale face aux exactions persistantes de leurs forces" ! Que cela soit leur mode de gouvernement au nord depuis 2002 semble ne pas intéresser les "grands médias".

Seule méthode d'"information" : le renvoi dos-à-dos des "deux camps" via la diffamation du pouvoir Gbagbo. Quant aux exactions qui se perpétuent depuis 10 ans au nord, et depuis trois mois sur tout le territoire, on parle pour Ouattara-Soro d'"échec à rétablir la sécurité" ! Et on tente d'attribuer aux victimes les violences qu'elles subissent... Gbagbo mis en cause dans l'assassinat de ses partisans... Le coup a raté pour l'assassinat de Philippe Rémond - mais c'est reparti pour le Novotel d'Abdijan : en plein bombardement de la Résidence présidentielle (où Gbagbo se trouvait), il se serait occupé d'enlever des Français pour les amener au Palais présiditeniel où "conduisent les pistes" (mais où Gbagbo n'était pas - il était alors sous les bombes à la Résidence présidentielle)...



Lu en commentaire sur Directscoop :

"Hommage à Philippe Rémond, professeur français, lâchement assassiné à Yamassoukro.

Je suis triste pour ce collègue, philippe Rémond, parti comme coopérant puis resté sur place, professeur de sciences industrielles à l’institut national polytechnique de Yamassoukro.

Il avait publiquement, à la télévision ivoirienne, à maintes reprises, depuis 2002 et jusqu’à ces dernières semaines, dénoncé les positions colonialistes de la France et son soutiens aux rebelles sanguinaires du Nord. Ceux-ci ont maintenant pris le contrôle de la ville de Yamassoukro, comme de presque toute la Côte d’Ivoire et vont pouvoir faire régner leur ordre. Philippe Rémond se sachant en danger avait quitté son domicile et s’était caché à l’hôtel, malheureusement ceux qui en voulaient à sa vie l’ont retrouvé !

J’aurais pu être à sa place. J’avais demandé un temps un poste d’enseignant à Abidjan après la victoire de la démocratie et de la révolution non violente avec Laurent Gbagbo en 2000. Mais les coups d’état répétitifs de M. Ouattara dès 2001 m’en avait dissuadé, c’est donc avec une émotion toute particulère que je m’incline devant son courage et que je dénonce la lâcheté de ses assassins.

Je lui rend hommage, et j’espère que le jour ou la Côte d’Ivoire aura sa propre monnaie souveraine, un billet ou une pièce portera son image. Peut être le président Gbagbo pourra lui rendre cet hommage, s’il n’est pas lui même assassiné par les militaires français ou par les tueurs de Ouattara. Mais je fais confiance aux incroyables patriotes de Charles Blé Goudé et de Geneviève Bro Grébé, pour en masse, les mains nues, dans leur incroyable, unique et exemplaire mouvement de résistance non violente sauver encore une foi, la morale, la légalité, la démocratie et leur président et leader, Laurent Gbagbo.

Je dénonce avec la plus grande énergie les « barbouzes français » qui ont dans un premier temps cherché à attribuer sa mort à des forces loyales à Laurent Gbagbo afin d’instrumentaliser la mort d’un Français pour galvaniser l’opinion publique française contre le président Gbagbo, ce qui aurait était une trahison des plus cyniques de cet homme courageux jusque dans la mort.

Et de toute façon cela n’aurait pas suffit a justifier le combat en territoire ivoirien des légionaires et mercenaires, de la force licorne, des forces de l’ONU et encore moins les distributions d’armes aux rebelles, voyous et mercenaires pour tuer des ivoiriens.

Il avait déjà en 2004 fermement dénoncé l’attitude de la France en CI qui combattait, aux côtés des rebelles et des mercenaires, injustement, le président démocratiquement élu, opposant historique, apôtre de la non violence et de l’indépendance nationale, Laurent Gbagbo.

Il avait été l’un des premiers français à dénoncer la bavure de l’armée française qui a tué par balles 64 jeunes manifestants non violents aux mains nues de la galaxie patriotique. Ce qui a ensuite été reconnu par Michèle Alliot Marie qui a présenté ses excuses au nom de l’armée française. Le reportage accablant est passé sur Canal plus puis a été, sous pressions politiques, mis aux oubliettes !

Ensuite il avait décidé de soutenir le camps de la refondation du président Laurent Gbagboqui vise à décentraliser la démocratie, renforcer les structures étatiques et les institutions démocratiques afin de construire un État nation fort, dépassant les ethnies et une CI totalement indépendante et émergente.

Ensuite la France dans une poussée colonialiste incroyable a refusé les résultats des élections ivoiriennes proclamé par le juge des élection, le Conseil Constitutionnel, et en toute illégalité, a décidé d’imposer son candidat. La céllule africaine de l’élysée a, semble-t-il, multiplié les embargos, intoxiqué les médias et fait fermer les banques Françaises (80% du secteur bancaire appartient à des groupes français et surtout le franc CFA, « Franc des Colonies Françaises d’Afrique », est géré depuis le trésor français à Paris). Il est alors courageusement intervenu à la télévision nationale ivoirienne pour rassurer les ivoiriens, pourplaider la création d’une monnaie ivoirienne souveraine et il s’est proposé pour aider à sa mise en place.

Évidemment cela a fortement déplu et pas uniquement aux puissantes banques françaises qui ont vue leur filiales qu’ils avaient fermées et sabotées, réouvrir une par une, une foi nationalisées par l’Etat de CI.

D’ailleurs très en colère des menaces pour le faire taire, venant y compris de la France, il avait décidé de demander la nationnalité Ivoirienne au président Gbagbo.

Les banques donc comme les spéculateurs sur le cacao devaient à tous prix renverser laurent Gbagbo avant le 31 Mars sinon, les ivoiriens auraient gagné et les fonds spéculatifs et les banques perdu.

Cet homme, plaidait, comme le président Gbagbo, pour un partenariat équitable et mutuellement profitable entre la France et toutes ces anciennes colonies pour sortir totalement et définitivement de la décolonisations et des ingérances barbousardes française en Afrique!

Il aurait été aujourd’hui de ceux qui ont pleuré les milliers de victimes des tueries génocidaires des partisans de Ouattara dénoncé par Caritas, le HCR et Amnesty. Il aurait tout fait pour alerter l’opinion sur les dangereuses dérives « Rwandaises » de l’aveugle soutien aux « rebelles » de Ouattara par la France de Sarkozy. Je sais que ma voix ne pourra pas remplacer la sienne, mais je hurlerais moi aussi ces vérités à la face des hypocrites.

Il aurait aimé être aux côtés des patriotes qui, hier, ce soir, demain, dans une énième et bouleversante leçon de courage, de démocratie et de non violence envahissent les rue d’Abidjan et d’autres villes, bravant les balles des « barbares ouattaristes » et des « barbouzes français », pour être les témoins qui empêcheront le bain de sang et rétabliront la légalité et l’état de droit.

Philippe, je t’admire autant que je vous admire tous, courage!"

vendredi 24 juin 2011

CÔTE D'IVOIRE : L'ÉTAT DES MASSACRES

MICHEL GALY (POLITOLOGUE, PARIS) - Paru dans L'Humanité / 24.06.11


Avec autorisation de l'auteur :

"Villages incendiés, habitants brûlés vifs, paysans traqués en brousse - par centaines. Et parfois plus : un millier lors de l'entrée des pro-Ouattara à Duékoué, à l'ouest du pays : crime de guerre ou crime contre l'humanité ?

Mais aussi des quartiers entiers d'Abidjan pillés, des militants pro-Gbagbo assassinés tous les jours pour leur nom, leur âge, leur ethnie (l'ethnocide au Sud concerne en particulier les Bété, Attié et Guéré) : par centaines, sans compter les torturés ou les liquidés de l'hôtel du Golf, siège du nouveau pouvoir et base de ses escadrons de la mort.

Trois fois plus de morts - de 3000 à 5000 cadavres - pour les deux mois d'Alhassane Ouattara, ce héros de l'Occident, que pendant les 10 ans de la gouvernance de Laurent Gbagbo ! Où sont les humanitaires et leurs relais, les dénonciations politiques à Paris et les résolutions de l'ONU ?

Arrêtons la fausse symétrie entre les deux camps : ces massacres sont bien le fait des pro-Ouattara, cautionnés par l'armée française et onusienne, dans une complicité implicite ou passive. Chacun sait maintenant que les hélicoptères d'assaut de la force Licorne et ses supplétifs onusiens ont réalisé la pire intervention coloniale depuis la répression de l'UPC au Cameroun et la guerre d'Algérie.

Décapiter l'élite politique et intellectuelle sudiste, proche de Laurent Gbagbo et du Front populaire ivoirien au profit d'un « mercenaire » des intérêts occidentaux - selon l'expression de Jean Ziegler. Bombarder les lieux de pouvoir d'un pays qui n'a plus de souverain que le nom : présidence, résidence, camp militaire, télévision... La leçon est terrible : 50 ans après les Indépendances formelles, il n'y plus que sujétion et humiliation !

Et voilà qui remet en cause bien des analyses à la mode : à l'aune du coup d'État franco-onusien, on n'est pas encore en « post colonie », ni prêt à sortir de la nuit coloniale. Décidément, chaque fois que l'homme africain s'essaie à rentrer dans l'histoire, on lui écrase le visage à coup de bottes !

Malgré un formatage médiatique et une certaine lâcheté chez des analystes patentés qui ont cautionné ces massacres, la vérité se fait jour. Il faut arrêter la fausse symétrie entre les deux camps et la politique d'occultation des « spécialistes des droits de l'homme » : depuis la prise du pouvoir du camp Ouattara, c'est bien eux qui massacrent en fonction des cartes d'identité - comme au Rwanda -, qui torturent ou massacrent, embastillent ou déportent les opposants, tandis que les journalistes pro-Gbagbo sont traqués et que l' « État dyoula » s'est mis en place : tout le reste est révisionnisme.

Quel recours à Yopougon, quartier martyr, quand les tueurs font des « patrouilles communes » avec la force Licorne et l'ONUCI ? Plus qu'au Rwanda, notre institution militaire est complice ou coupable : où est la fameuse « éthique » dont se targuent les philosophes en kaki - notamment l'obligation de désobéir à des ordres illégaux ?

À qui a sillonné le pays depuis 20 ans, suivi les élections sur le terrain et mené de récentes missions en zone rebelle, le doute n'est pas permis : oui, les élections largement truquées au Nord ont bien été « la continuation de la guerre par d'autres moyens » (Bertrand Badie). Oui, l'ambassade de France a été et reste une officine anti-Gbagbo. Et oui, la déportation en terre ennemie et l'incarcération à la Lumumba, dans des conditions ignobles, des responsables pro-Gbagbo ont été autant planifiées que la désinformation continue ou l'armement des rebelles - jusqu'à la logistique, les pick up ou les uniformes !

C'est pourquoi, les responsables onusiens ou français, donneurs d'ordres illégaux en regard des résolutions onusiennes risquent la Haute cour de justice ou les juridictions internationales, tandis que Guillaume Soro et Alhassane Ouattara sont passibles de la CPI pour ce qui se passe en Cote d'Ivoire !

À propos, comment s'appelle-t-il, un régime qui massacre sa propre population, qui est arrivé au pouvoir dans les fourgons (pardon, les hélicoptères !) de l'étranger, qui n'a de forces que des bandes armées incontrôlables et des délinquants sans foi ni Loi ? Sans Parlement ni Cour constitutionnelle, contrôlé par deux corps expéditionnaires, en train de brader les richesses du pays sans contrôle, et de tuer comme au Rwanda sur des bases ethniques ? Vous avez dit « dictature » ?"

Michel Galy

(The Deception of the Thrush - King crimson)


mercredi 22 juin 2011

"Imbéciles, je meurs pour vous"


C'est la dernière phrase de Gabriel Péri devant le peloton d’exécution de l’occupant allemand : « Imbéciles, je meurs pour vous ».

Par Malick Noël SECK
Secrétaire général Convergence Socialiste - Sénégal (extrait) :

"Gbagbo, comme Allende dans le palais de la Moneda au Chili en 1973, encerclé par les valets de l’impérialisme Français est resté. Là où tout le monde se serait enfui, Gbagbo est resté ! Avec sa femme, ses enfants et sa mère ! Parce qu’il est le seul président reconnu par la constitution ivoirienne, parce qu’il n’a pas un appartement qui l’attend à Londres, à New York ou à Paris. Et pourquoi risquer l’arrestation s’il avait des milliards dans les banques Suisses ? Il est resté pour vivre jusqu’au bout la Tragédie du roi Christophe, et pour qu’enfin « le masque tombe » et que l’on découvre Ouattara, l’homme qui arrive au pouvoir dans un char français, le président de l’ONU, celui qui comme sa femme est un étranger à la solde des puissances de l’extérieur, car qui d’autre qu’un étranger, plutôt que de procéder au recompte des voix que Gbagbo appelait de tous ses vœux, aurait fait appel à une armée de mercenaires pour tirer sur son peuple !

Je revois Gbagbo assis sur son lit, désabusé, livré par la France aux zouaves noirs qui derrière lui sont en train d’humilier Simone, sa femme, et son regard dit la dernière phrase de Gabriel Péri devant le peloton d’exécution de l’occupant allemand : « Imbéciles, je meurs pour vous ».


La France, aidée de « collabos » africains, nous maintient dans un appauvrissement permanent en faisant jouer les institutions internationales en sa faveur pour justifier les coups d’états militaires et les assassinats politiques qui ont pour fonction de réduire au silence les véritables leaders d’une indépendance réelle. Elle a forcé l’organisation d’élections dans un pays divisé par une rébellion armée qu’elle manipulait en sous-main pour bourrer les urnes et nous imposer son négrier Ouattara, le grand ami de Compaoré l’assassin de Sankara. L’ennemi est en face. Hier c’était un chasseur d’hommes avec son chien, son filet, sa muselière, aujourd’hui il est noir comme vous, il porte un costume, mais il est toujours à la solde de la France. Et croyez moi, les enjeux financiers en valent la chandelle ! Ces enjeux, Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale ivoirienne, les a expliqués dans un livre que les nègres, comme d’habitude, ne liront pas, parce qu’ils préfèrent se référer à la presse française, qui selon eux est plus crédible puisqu’elle est blanche. Cette presse française très habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les ignobles réponses qu’elle y apporte. Or que peut-on attendre d’un journaliste lorsqu’il travaille pour Bouygues ou Bolloré ? Elle ne raconte pas, la presse française, les intérêts de France-télécom qui a bénéficié d'une convention de privatisation dont elle n’a jamais respecté les clauses, ni des conventions obtenues, de gré à gré, par Bouygues, sur l'eau et l'électricité à l'époque où le chef des rebelles, Ouattara, était Premier ministre, ni de l’autoroute du Nord que la France obligeait Gbagbo à confier au même groupe Bouygues.

Elle est belle l’Afrique, avec ses héros morts que l’on célèbre et qui ne sont plus que des noms de rue, des places publiques et des boulevards à putes en banlieue parisienne. Il n’est plus utile de gloser sur les résultats réels des élections Ivoiriennes, il est clair aujourd’hui que la France, comme jadis au Biafra, est le véritable instigateur de la rébellion en Cote d’ivoire, puisqu’elle s’est battu à sa place dans la bataille d’Abidjan. [...]"


Article de Malick Noël SECK en entier ici.

samedi 18 juin 2011

David Gakunzi sur les bombardements "humanitaires" - 3. "Poison instillé dans les veines de l’Europe"

Extraits d'un texte de David Gakunzi, qui demande à être lu en entier :

"Côte d’Ivoire, Lybie : Sarkozy et la déraison des bombardements"


Extraits :

"[...] Un jour viendra sans doute, et on réalisera la sauvagerie de ce temps, ce temps glorifiant l’abjection humaine comme une entreprise humanitaire; on se rendra compte de l’ampleur des crimes commis au nom de la démocratie, crimes commis en Côte d’Ivoire, crimes commis en Lybie, crimes commis demain ailleurs. On réalisera l’effroyable horreur de cette nouvelle barbarie et l’envergure du mensonge ; on réalisera qu’on nous a bernés, mystifiés et que tout compte fait le mystère n’était pas si insondable que ça, qu’il ne s’agissait ni en Côte d’Ivoire ni en Lybie, ni demain ailleurs de restauration d’une quelconque démocratie mais de guerre de bourse et de cabinet, de guerre économique, de cannibalisme économique, de concessions pétrolières et minières, de plantations de cacao et de café, de spéculations marchandes, de banques, de zones et de fonds monétaires… L’argent. Voilà le fond de l’affaire. La loi de la reproduction de l’argent.

Et cette loi-là, tel un monstre à la gueule insatiable, est d’une férocité, d’une voracité enragée, déshumanisée, deshumanisante ; elle est d’une gloutonnerie frénétique, jamais rassasiée, toujours requérante, toujours exigeant, avec becs et bombes s’il le faut, de nouvelles têtes, de nouvelles mains, de nouveaux sacrifices humains, de nouveaux pays à déchiqueter, à dévorer: encore du pétrole, encore des galeries d’or, encore des mines de diamants, encore du cuivre, de l’uranium, encore et encore du cacao, des terres, des forêts…

Le smoking démocratique impeccable, les élégances magnanimes, habillée du visage de la liberté qu’elle emprisonne ; cette loi-là lie ensemble la rapacité sans scrupules, la négation de la pluralité de la planète et la force libérée de toute légalité, dans un sinistre mensonge nommé selon les temps, mission civilisatrice ou odyssée démocratique. Odyssée démocratique, cette nouvelle illusion totalitaire, cette chimère fanatique, qui salue, d’une main, les hommes, tous les hommes comme des frères et qui tue, avec l’autre main, dans un même élan universalisant, qui tue de mille façons, qui massacre de mille bombardements les Ivoiriens, les Libyens et demain d’autres hommes ailleurs. Sans aucun état d’âme.

C’est ainsi chaque temps génère son fascisme. Et l’odyssée démocratique a tout d’un fascisme, du fascisme: c’est-à-dire cette culture de la destruction, cette volonté de fonder le monde sur le socle d’une idée absolutisée qui se veut histoire finie, histoire terminée ; c’est-à-dire ce culte du mensonge, du mensonge institutionnalisé consacrant la corruption des mots, consacrant la perversion du sens des mots ; c’est-à-dire cette vision du monde hiérarchisant les hommes, divisant les hommes en deux catégories : les élus, les éclairés, les détenteurs exclusifs de l’être homme et les autres ; les autres, ce troupeau des autres ; ces autres condamnés au servage, désignés pour l’esclavage.

L’odyssée démocratique actuelle est un nouveau fascisme ; un nouveau fascisme qui affirme sans ambages, qu’il y aurait des démocraties pures, intrinsèquement supérieures et ayant une vocation naturelle, presque biologique, à diriger le monde, à généraliser partout la démocratie du semblable; elle est ce fascisme qui manipule et reconstruit la figure du dictateur au gré de ses intérêts, selon un discours à géométrie variable. Et voilà un jour Kadhafi accueilli – le tapis rouge déroulé - comme un respectable chef d’Etat à Paris et, voilà le même Kadhafi, quelques mois plus tard, accusé de tous les maux du monde. Accusé de bombardement de son propre peuple. Fait jamais prouvé, fait démenti par de nombreux témoins, dont Yves Bonnet, ancien directeur de la DST, le contre-espionnage français et actuel Président du CIRET, Centre international de recherches et d’études sur le terrorisme : « Nous avons un certain nombre d’éléments précis, donc de contre-vérités, pour ne pas dire des mensonges, qui ont été énoncées en particulier par Al-Jazzera. Par exemple l’assertion selon laquelle Kadhafi bombardait sa propre population. Nous avons constaté nous-mêmes à Tripoli que c’était totalement faux. Alors, accuser un dirigeant politique de bombarder sa propre population c’est une accusation extrêmement grave, surtout quand la justification de l’intervention internationale c’est la protection des populations civiles. »

L’odyssée démocratique actuelle est fascisme parce qu’elle accuse pour légitimer l’agression. Elle fait commerce, elle fait négoce de pétrole, de cacao, d’avions de combat avec tel ou tel pouvoir ; puis un matin, elle se réveille, le lâche sec et dit, solennellement, toute honte bue : « Je te déclare, je te condamne, sans pourvoi ni recours, dictature et objet de haine ; et puisqu’il en est ainsi je te bombarde quand je veux. Pour le bien de ton peuple et pour le bien de l’humanité évidemment. »

L’odyssée démocratique, cette geste politique qui glorifie l’anéantissement, la destruction, la culture de la destruction, la culture des bombardements comme lieu commun devant régir les relations internationales, est un fascisme qui porte dans ses entrailles la nostalgie des fureurs anciennes, le cauchemar et le chemin des fureurs d’hier. Les chemins notamment d’un Mussolini sur les routes d’Ethiopie. Qu’on se souvienne : en l’an 1936, le Duce Mussolini bombarde, bombarde, bombarde l’Ethiopie. Et le 5 mai, le visage enivré par la victoire, Mussolini célèbre la renaissance de l’Empire romain, persuadé que l’occupation de l’Ethiopie est fin ultime de l’histoire. Mais voilà : l’Ethiopie mise à genoux par les bombes italiennes, ne cède pas. On ne cède pas devant l’oppression ; on ne plie pas devant l’occupation. On résiste. L’Ethiopie refuse donc d’abdiquer.

Et le 30 juin 1936, le Négus, Hailé Sélassié, ayant échappé aux bombardements de Mussolini, fait le voyage de Genève pour plaider la cause de son peuple. « J’ai décidé, dit-il, de venir en personne, témoin du crime commis à l’encontre de mon peuple, afin de donner à l’Europe un avertissement face au destin qui l’attend, si elle s’incline aujourd’hui devant les actes accomplis. C’est la sécurité collective ; c’est l’existence même de la Société des Nations ; c’est la confiance que chaque Etat place dans les traités internationaux ; c’est la valeur des promesses faires aux petits Etats que leur intégrité et leur indépendance seront préservées ; c’est le choix entre d’un côté le principe de l’égalité entre nations, et de l’autre celui de l’acceptation de leur vassalité ; en un mot c’est la moralité internationale qui est en jeu. Je déclare à la face du monde entier que l’Empereur, le gouvernement, et le peuple d’Ethiopie ne s’inclineront pas devant la force ; qu’ils maintiennent leur revendication d’utiliser tous les moyens en leur pouvoir afin d’assurer le triomphe de leurs droits. »

Cinq ans plus tard ; cinq ans, jour après jour, après les bombardements mussoliniens, Hailé Sélassié retrouve sa terre, de nouveau libre. Sur le balcon du Palazzo Venezzia, Mussolini, le regard toujours tourné vers l’Ethiopie, est inconsolable ; il gesticule, éructe, parle encore avec ses muscles: « Je sais que des millions et des millions d’Italiens souffrent d’un mal indéfinissable et qui s’appelle le mal de l’Afrique. Pour le guérir, il n’y a qu’un moyen, retourner là-bas. Et nous y retournerons ». On connait la suite. Mussolini a commencé sa carrière de tyran en bombardant l’Ethiopie, avant de poursuivre son parcours de massacreur en tyrannisant et en broyant ses compatriotes. Car il en est ainsi de cette outrecuidante conviction de la supériorité d’un pouvoir sur un autre, d’une nation sur une autre : elle est toujours porteuse en soi des germes de la barbarie totale. Tout pouvoir qui s’amuse à détruire d’autres pouvoirs, au gré de ses intérêts, s’ensauvage fatalement ; toute société humaine qui brutalise, qui s’emploie à déshumaniser d’autres sociétés, se déshumanise, se bestialise inévitablement, indubitablement.

Légitimer donc l’agression commise contre la Côte d’Ivoire, excuser les bombardements de Tripoli, c’est tout simplement légitimer les crimes à la chaîne ; c’est admettre l’enfer, non seulement là-bas mais aussi ici et ailleurs, demain. C’est absoudre, accepter la réduction de certains pays au statut de chose, de viande, de chair à abattre, à dépecer, à dépiauter, à sectionner, à déchiqueter, à maltraiter, à dévorer, à partager entre puissances du jour. C’est revenir à la loi de la jungle qui ne reconnaît que le droit du plus fort, qui ne sanctifie que la férocité; c’est cautionner, acquitter la restauration coloniale, la récidive coloniale; c’est consacrer le retour aux mauvais penchants, aux passions meurtrières des anciennes puissances coloniales ; c’est admettre la violence impériale comme une pratique somme toute banale, ordinaire; c’est renoncer à notre propre humanité à tous. Car le fascisme, tout fascisme, même quand il s’autoproclame odyssée démocratique, constitue un attentat contre l’humanité de tous les hommes. Un attentat qui doit être combattu, que chacun est tenu, devant sa propre conscience d’homme, de combattre. [...]"

David Gakunzi

Lire l’article en entier ici :
http://www.africatimeforpeace.com/fr/Sarkozy-deraison-des-bombardements.htm


Voir Césaire, que l’on vient de commémorer :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)



David Gakunzi sur les bombardements "humanitaires" - 2. Cri silencieux

Extraits d'un texte de David Gakunzi, qui demande à être lu en entier :

"Côte d’Ivoire, Lybie : Sarkozy et la déraison des bombardements"


Extraits :

"[...] Les médias dominants. Les fameux médias dominants. Selon une croyance répandue, ces mainstream médias ne seraient qu’un miroir réfléchissant objectivement l’état de notre monde, et œuvrant, non sans un certain courage, à lier et relier – avec honnêteté et professionnalisme - les habitants de notre planète. Naïveté analytique. Mystification. En réalité, tout écrit, toute parole, toute image, tout discours, tout silence médiatiques participe à une relation de pouvoir. C’est ainsi les uns parlent, une minorité parle, les propriétaires des medias et leurs salariés parlent, et les autres écoutent ; le reste du monde doit écouter ; l’Afrique doit écouter. Parole unique, parole monocolore, parole et images unilatérales. Les Africains condamnés à être montrés au monde non pas à travers leur propre regard mais bien à travers les yeux des autres ; les yeux de ces médias-là, les médias dominants. Et on sait que dès qu’il s’agit de l’Afrique, il est, hélas, dans le reflexe de la plupart de ces médias, de propager, de reproduire des stéréotypes, des habitudes de pensée héritées de l’époque coloniale ; on sait qu’il est dans leur coutume d’accompagner, de conforter, de ratifier, de mettre en scène le discours dominant sur l’Afrique ; un discours présentant la domination de l’Afrique comme une œuvre de bienfaisance, œuvre humanitaire ; un discours exhibant l’Afrique comme un continent heureux et joyeux quand il est commandé.

Alors, la barbarie humaine peut monter chaque jour - à Abidjan, à Tripoli - d’un cran, d’un raid encore plus meurtrier que celui de la veille ; elle peut monter en rage, en folie furieuse ; ces médias dominants ne diront rien de cette révulsante cruauté. Aucun mot, aucune ligne de protestation. Mieux encore: c’est souvent, comme grisés par l’ivresse des bombardements que - le chant chauvin et glorieux, flûtes, tambours et cymbales exaltés- que certains médias commentent « ces feux de joie humanitaires destinées à hâter l’avènement partout sur la planète de la transcendance démocratique», « ces opérations d’extension du temps et des lieux démocratiques». Baves abondantes et jouissance devant Abidjan bombardée ; extase et allégresse devant Tripoli secouée par le plomb déversé. Jouissance comme si les massacrés d’Abidjan, comme si les suppliciés de Tripoli n’étaient pas nos frères en humanité mais des simples bestiaux écrasés. Jouissance devant ces nouvelles guerres d’expansion impériale ; guerres célébrées, présentées à longueur de colonnes et de papier couchés comme le juste jugement de la démocratie sur terre.

Et chaque jour, le même mensonge ; le même mensonge sans portes ni fenêtres, tambouriné, martelé; le même mensonge imposé en prime-time comme un logo publicitaire sonore; le même mensonge inculqué comme un postulat allant de soi ; le même ramassis de mensonges faussant sans aucune retenue, sans aucune limite, la réalité des choses: « Réjouissons-nous ! Ce n’est pas tous les jours qu’on voit des dictateurs débusqués, acculés, pourchassés et traités avec une férocité proportionnelle à leur barbarie. Réjouissons-nous : la démocratie – la vraie démocratie évidement, la démocratie civilisée, américaine, européenne- est tout ; elle doit donc être partout. Démocratie totale ! Réjouissons-nous : il est dans le devoir des puissances démocratiques de modifier l’ordre du monde dans un sens plus démocratique. Réjouissons-nous : renverser les dictateurs est un devoir humanitaire.»

Vociférations cyniques. Délire du sang. Propagande ultra-chauvine. Et le fracas des bombes ? Et la férocité des bombes ? Et les déflagrations, les champs de ruines ? Et l’épouvante ? Réponse convenue : « Ah ! Les bombardements ? N’exagérons rien ! Cette histoire de bombardements n’est pas si grave que cela. Il n’y a rien de grave. Et sachez-le, si vous ne le saviez pas : les bombes démocratiques ne tuent pas. Elles sont d’une grande intelligence et d’une innocence flagrante ; et lorsqu’elles tombent, lorsqu’elles éclatent, elles éclatent comme une affection, comme une effusion d’affection, d’affection démocratique et humanitaire. Et puis, de toutes les façons, comme disait l’autre, « Quand nous aurons gagné qui nous demandera des comptes sur nos méthodes ? ». Mais en attendant, n’exagérons rien ; et, surtout, ne perdons pas de vue l’essentiel : la démocratisation du monde. La cause est juste et le crime au service de la démocratie, ne saurait constituer en aucune façon, un crime. Et Juppé, l’a d’ailleurs si bien fait remarquer: neutraliser, physiquement ou symboliquement, un dictateur c’est en terroriser dix autres. Alors ? Serrer un dictateur, faire trembler les dictateurs ? Une question de prestige national. Alors ? Tout est parfait. »

Voilà : on bombarde et on se vante d’avoir bombardé ! On va jusqu’à vanter la brutalité et la hargne des bombardements ! Le général Bouchard, commandant des opérations de l’OTAN en Libye, dans Le Figaro, daté du 17 juin : « Les hélicoptères britanniques et surtout français font un travail superbe. Non seulement à l’attaque mais aussi dans les têtes. Les hélicoptères opèrent la nuit, subrepticement, et la seule chose que voit l’adversaire, c’est le missile qui lui tombe dessus sans prévenir. L’effet est unique, la peur casse ce qui reste de la volonté de combattre chez les partisans de Kadhafi. C’est tellement efficace qu’on utilise aujourd’hui l’image des hélicoptères dans les tracts de propagande largués au-dessus de la Libye. Regardez ce qui vous pend au nez… » […]"

[…]

David Gakunzi

Lire l’article en entier ici :
http://www.africatimeforpeace.com/fr/Sarkozy-deraison-des-bombardements.htm


David Gakunzi sur les bombardements "humanitaires" - 1. Comme à Guernika

Extraits d'un texte de David Gakunzi, qui demande à être lu en entier :

"Côte d’Ivoire, Lybie : Sarkozy et la déraison des bombardements"


Extraits :

"Nous vivons un temps bizarre, un temps féroce, un temps en concubinage avec la cruauté la plus sauvage; un temps qui tue, qui assassine, qui massacre au nom de la raison démocratique, au nom de la raison humaniste. Raison démocratique ethnocentrée, égocentrique, auto-décrétée humaniste ; raison débordante de mépris, délirante d’arrogance, exaltée, érigée en absolu du vrai et du bien ; raison fanatique, fanatisée et donc fatalement meurtrière ; raison qui nomme sans ambages tout pouvoir en dehors de la domination de Paris, de Washington et de Bruxelles, pouvoir despotique, pouvoir dictatorial, cancer radical à extirper.

Et malheur au pouvoir ainsi désigné: l’odeur de la mort mise en scène, théâtralisée, organisée, n’est pas loin. Le rituel ? La désinformation d’abord : le dit pouvoir est satanisé, injurié, sali, abaissé, rabaissé, bestialisé, maudit, désigné comme la figure absolue du Mal, la figure menaçante, la figure de ce qui nous menace, la figure qui menace « nos valeurs ». Accusé ; il est accusé de tous les maux du monde ; il est criminalisé, criminalisé à partir des faits traficotés ou tout simplement inventés, fabriqués ; il est criminalisé et condamné sans pourvoi ni appel, condamné à coups de fatwa démocratiques diffusées sur tous les écrans du monde, condamné à la peine capitale, condamné aux flammes de l’enfer.

Ensuite le rite sanglant. Un pied déjà dans le crime, on forge, on manufacture, on construit de toutes pièces le prétexte ; le crime dans le ventre, on allègue, on divulgue, on annonce la plaisanterie désormais coutumière : « Il faut protéger les populations civiles.» L’énonciation officielle de ces mots annonce le moment de la mise à mort, symbolique ou physique: le nommé dictateur peut désormais être traqué, frappé, pilonné, pilé, écrasé, broyé par les bombes de l’apocalypse. Nettoyé. Nettoyés, lui et les siens ; nettoyés, lui et ses partisans ; détruits, détruits, lui et son pays. Et cela sans aucun égard au droit normal, au droit international, aux lois qui fondent l’ordre humain. Et il n’y aura pas crime : puisque la qualification de dictateur met de facto, sans aucun palabre possible, hors humanité ; puisque l’abattage d’une proie sauvage, l’écrasement du Mal ne relève pas du crime ; puisqu’il est autorisé d’être cruel par amour de la démocratie. Voilà la raison, la rationalité, la terrible rationalité triomphante validée chaque jour par la vulgate médiatique et le discours politique dominants.

Une rationalité froide, glacée, porteuse de toutes les liquidations possibles; une rationalité qui affirme que la sauvagerie n’existe pas dès lors qu’elle est articulée au désir de faire le Bien démocratique ; une rationalité qui, tout en proclamant qu’un homme est un homme et un mort, un mort, justifie paradoxalement, légitime d’avance le meurtre, la mise à mort de l’homme par l’homme ; une rationalité qui légalise, toute scrupule écartée, la pratique du sang versé, le crime. Et le crime a été commis en Côte d’Ivoire ; et le crime est en train d’être commis en Lybie ; et le crime sera commis demain ailleurs.

Le crime, c’est-à-dire, non pas cette épopée magnanime de preux chevaliers en mission de démocratie crayonnée chaque jour sur l’écran de nos téléviseurs et dans les colonnes de nos journaux; non pas ce rite démocratique annoncé dans notre cyberespace comme un jeu innocent, anodin, non sanglant ; mais le crime dans sa vraie réalité, la réalité du sang versé, la réalité de la chair humaine estropiée, mutilée ; la réalité des corps agressés, détruits ; la réalité de la guerre, de la guerre avec ses atrocités, de la guerre avec ses milliers de vies, de femmes, d’enfants, d’hommes, de vieillards suppliciés, martyrisés, effacés ; effacés de la surface de la terre. Le crime : Abidjan bombardée, Adjamé bombardé, Cocody bombardé, Le Plateau bombardé, Yopougon bombardé, Port-Bouët bombardé, Dabou bombardé, Attoban bombardée… Des centaines, des milliers d’Ivoiriens massacrés. Massacrés froidement. Bombardés. Bombardés comme ceux de Guernica. Bombardés à mort comme les 1684 morts de Guernica. Carbonisés. Combien de Guernica à Abidjan ? Combien ? Combien de morts dévorés par le feu de l’armée de France ? Combien de drames personnels derrière chaque mort ? Et les enfants devenus orphelins ? Et les femmes devenues veuves ?Et les parents qui ont perdu leurs fils ? Et la mère ? Et la sœur ? Et le frère ?

[...]

Paradoxe, étrange paradoxe en effet : on se dit « protecteurs unifiés » et on se ligue, on se comporte en destructeurs associés, en destructeurs tous azimuts. On se dit champions de la protection des populations civiles et on bombarde, on écrase : on bombarde Abidjan, on bombarde Tripoli ; on bombarde comme Mussolini bombardant l’Ethiopie en l’an 35. Oui, bien avant Guernica, la Loi de la de la pureté du sang, la Loi de la purification du sang, le fascisme, bombarde l’Ethiopie. 350 tonnes de bombes chimiques balancées sur la terre d’Abyssinie. Dessié, quartier général du Négus Hailé Sélassié, est brulé. Maisons, foyers, familles carbonisés. Souffrances indescriptibles, peaux en lambeaux. Dans le sillage des bombes jetées sur l’Ethiopie, Mussolini, hurlant et gesticulant, peut du haut du balcon de Palazzio Venezzia, proclamer, devant la foule, la renaissance de l’empire romain : « L’Italie possède enfin son empire fasciste car il porte l’empreinte ineffaçable de la volonté et de la puissance du Littorio romain. »Et le général Nemours, délégué de Haïti à l’Assemblée de la Société des Nations, à Genève, d’avertir : « Il n’y a pas deux vérités, l’une pour l’Afrique, l’autre pour l’Europe… Si nous laissons se commettre l’injustice une nouvelle fois et étouffer la voix de la victime, craignons un jour d’être l’Ethiopie de quelqu’un. »

On se dit donc en mission humanitaire, en devoir démocratique et on bombarde sans état d’âme. L’enfer. Dans le ciel d’Abidjan, dans le ciel de Tripoli, l’enfer. Vague après vague, des avions au hurlement annonçant l’enfer ; des avions, le sifflement, le bec, le vacarme admonestant l’enfer ; des avions, germination de cauchemars ; des avions, la gueule ouverte, monstres inspirant la frayeur. Et dans les avions des pilotes sans visages, des pilotes professionnels, des pilotes efficaces, des pilotes détachés, employés modèles en « opérations », en « missions spéciales », le regard rivé sur l’écran, rivé sur le viseur. Dans le ciel des bombes, une pluie de bombes. Ordre de Paris ; ordre de Washington ; ordre de Londres ; ordre de Rome. Le ciel rouge de flammes. On bombarde. « Bombardements stratégiques ». « Frappes ciblées ». Détonations, explosions, buchers et flammes ; le gouffre du ciel assenant l’enfer à la terre.

Et en bas ? Tout en bas les vies tombent. Et qui tombe en bas? Qui ? N’importe qui, civil ou militaire ; civils et militaires. En bas, des morts. Lambeaux de bras, lambeaux de viscères, bouts de jambes. Le sang éparpillé, le sang trainé par terre ; en bas, le sang à ramasser. En bas, la douleur des survivants ; la douleur des vies disloquées, éclopées de douleur; la douleur des vies qui ne seront plus comme avant ; des vies qui porteront à jamais dans le ventre, dans la tête, dans les poumons, dans la mémoire, les blessures sans remède de l’horreur vécue. Car l’esprit qui a subi la violence du bombardement, des bombardements, même épargné de blessures visibles, ne sera plus jamais le même ; le bombardement est une blessure inguérissable ; le bombardement est un acte irrévocablement gravé dans les têtes des survivants ; le bombardement est un acte qui se prolonge dans le temps ; le bombardé est un bombardé à vie. Avec ou sans cadavres, le bombardement est un meurtre.

Et en haut ? Oui, en haut, à l’Elysée, par exemple? On ne parle pas de la violence infligée ; on parle de succès, de missions réussies ! On roule les mécaniques. Sarkozy : « Nous sommes déterminés. » Et les morts? Les morts d’Abidjan ; les morts de Tripoli ? Sans noms et sans visages. Invisibles, inexistants. Aucune toile de Picasso pour immortaliser leur calvaire. Mais les morts, quand même les morts; oui, les morts… Dégât collatéral. Dégradation banale. Et d’ailleurs, ces morts-là, ne sont pas de notre monde. Ainsi-soit-il : il est des morts de première et de dernière catégorie. Il est des morts qu’on compte, un par un ; des morts pour lesquels on demande à juste titre justice ; des morts françaises, des morts européennes, des morts américaines ; et puis, il y a les autres : les morts qui ne comptent pas. [...]"

[…]

David Gakunzi

Lire l’article en entier ici :
http://www.africatimeforpeace.com/fr/Sarkozy-deraison-des-bombardements.htm


mercredi 15 juin 2011

Traînée sanglante dans le silence médiatique



Silence honteux des médias français alors que le sang dû aux bombes françaises et onusiennes n'a pas encore séché et que des exactions en nombre continuent d'être perpétrées par les hommes de Ouattara.


Deux seules ruptures de ce silence :

- Pour offrir des interviews obséquieuses à Ouattara invité au G8, et à ses proches, interviews dont la figure caricaturale est la servilité honteuse d'Elkabbach. Le même Elkabbach qui usait de la grossièreté la plus crasse quelques semaines avant pour interviewer agresser verbalement l'ambassadeur de Côte d'Ivoire en France Pierre Kipré, sert à présent la soupe de la façon la plus pitoyable à Ouattara, arborant, lui, un sourire narquois qui semble ignorer que les courbettes d'Elkabbach ne sont pas pour lui, mais pour celui qui est derrière lui, Sarkozy !

- Pour attribuer à Gbagbo séquestré arbitrairement depuis plus de deux mois, les crimes de ses ennemis : "scoop" au JT de France 2 d'il y a une semaine, concernant les disparitions du Novotel d'Abidjan, scoop tout au conditionnel, appuyé d'images de l'armée régulière en baskets et bandeau sur la tête (sic), et du ton larmoyant du reporter conduisant "les pistes" (au conditionnel) au palais de Gabgbo ! Commentaire de M.-L. Koutouan : "lorsque des ressortissants français considérés hier comme des proches du Président Gbagbo, sont enlevés par les hommes de Ouattara, la presse française impute ces enlèvements aux hommes de Gbagbo"...

Hors cela, silence total en France y compris pour ce qui concerne deux autres ressortissants français : silence sur l'assassinat de Philippe Rémond et sur la séquestration arbitraire du Français Michel Gbagbo, dans des conditions inhumaines, après qu'il ait été molesté par les FRCI de Ouattara et dans son QG, devant les caméras !... À l'instar de tous les proches du Président Gbagbo et de son gouvernement.

Laissant sa seule trace sanglante et des troupes sur place, la bête repue, précédée de ses hérauts médiatiques et mensongers, s'est retirée de Côte d’Ivoire... pour se gorger à nouveau de sang sous d'autres cieux, Libye, Syrie... Sous la férule du pouvoir français de droite et des pouvoirs onusien, otanesque, obamesque, avec la même complicité de l’opposition socialiste, trop occupée à ses combats sociétalistes et à ses "y'a pas mort d'homme"...

Certains et certaines, nombreux, en proie à la torture, aux viols, aux épurations ethniques, meurent pourtant... Sans écho.


(Echoes - Pink Floyd)

Et...


vendredi 10 juin 2011

La "communauté internationale" commencerait à s’interroger ? Voire…


« Qu’ai-je fait ? »… Questionnement de l’Afp elle-même, répercutant une « préoccupation » de l’Onuci elle-même… (L’une soutien militaire de ce qui la « préoccupe » à présent, l’autre soutien médiatique !)


« Côte d`Ivoire: "multiplication" des violences des forces de Ouattara

Publié le jeudi 9 juin 2011 | AFP — extrait :

L`Opération de l`ONU en Côte d`Ivoire (Onuci) s`est déclarée jeudi "particulièrement préoccupée" par la "multiplication" récente des violences commises par des éléments des forces armées du président Alassane Ouattara dans le sud du pays, et a réclamé des "enquêtes immédiates".

L`Onuci "est particulièrement préoccupée par la multiplication d`incidents violents et d`attaques conduits par des éléments des FRCI (Forces républicaines de Côte d`Ivoire) contre plusieurs villages", a déclaré Guillaume Ngefa, de la division des droits de l`Homme de l`Onuci, lors d`une conférence de presse à Abidjan.

Il a exigé des "enquêtes immédiates et impartiales" sur ces incidents survenus au cours des derniers jours dans des localités des environs d`Abidjan, du sud-ouest et du centre-ouest du pays, régions réputées compter de nombreux partisans de l`ex-président Laurent Gbagbo. [...] »


Vu ce constat qui s’impose : l’Onu (qui a armé Ouattara) l’accuse à présent de crime contre l’humanité, … On en serait là : Vers une intervention de l’ONU contre Ouattara ?!
Ou n'est-ce qu'une Comédie Onusienne ?


jeudi 9 juin 2011

On en parle beaucoup, sauf dans l'hexagone !


Sarkozy accusé de crime contre l'humanité en Côte d’Ivoire et en Libye


Par : rue225.com ou ael225.net (extrait :)

"L’info fait actuellement grand bruit en Europe. Nicolas Sarkozy, président français est accusé de crime contre l’humanité en Côte d’Ivoire et en Libye. C’est un pool d’avocats commis à la défense de l’ex-Président ivoirien Laurent Gbagbo et des populations lybiennes qui porte l’affaire au grand jour et sous ce prisme. Il ne fallait pas en douter, Jacques Vergès et Roland Dumas, commis pour la defense de l’Etat de Côte d’Ivoire relativement aux effets de la crise postélectorale, avait effectué une visite éclair à Abidjan, aux fins de s’imprégner des réalités et s’approprier le dossier ivoirien. Une crise, à leur sens, cousue de fil blanc par la France de Nicolas Sarkozy. Après plusieurs mois d’enquêtes, faits de recoupements de preuves, de témoignages et d’effets filmés, réalisés aussi bien sur le dossier ivoirien que sur son homologue libyen, en proie à des bombardements absurdes auguillonnés par la France, ce pool d’avocats a abouti au constat que Nicolas Sarkozy est à la base de la mort de milliers d’Ivoiriens et de Libyens. D’où l’accusation qui fait actuellement le tour du monde via les plus grandes chaînes de télévision de la planète. [...]"

Lire la suite sur rue225.com ou ael225.net

mardi 7 juin 2011

Exécutions sauvages en Côte d’Ivoire



Selon HRW soi-même, c'est devenu incontournable : "les militaires d’Alassane Ouattara tuent des civils non armés".

Extraits d'un article de Réné DASSIÉ, publié le mardi 7 juin 2011 sur Afrik.com :


Les soldats des 'Forces républicaines de Côte d’Ivoire' quadrillent les quartiers réputés favorables au président sortant Laurent Gbagbo et y procèdent à des exécutions sommaires, dénonce une enquête de l’ONG Human Rights Watch . Plusieurs dizaines de personnes ont été exécutées. Des femmes sont violentées et violées. Le nouveau ministre de l’Intérieur a promis une réunion de crise avec le Premier ministre et les différents commandants de zones. La Cour pénale internationale envisage une enquête sur les crimes de la crise postélectorale dans le pays.

« Deux d’entre eux ont attrapé ses jambes, deux autres lui tenaient les bras dans le dos, et un cinquième lui tenait la tête (…) Puis un type a sorti un couteau et a tranché la gorge de mon frère. Il hurlait. J’ai vu ses jambes trembler une fois qu’ils lui ont tranché la gorge, le sang ruisselait. Pendant qu’ils le faisaient, ils ont dit qu’ils devaient éliminer tous les Patriotes qui avaient causé tous les problèmes dans le pays. » Ce témoignage est celui du frère d’une des victimes des exactions contre la population civile, qui se poursuivent en Côte d’Ivoire, en dépit du changement intervenu à la tête du pays. Il a été recueilli par les enquêteurs de l’ONG Human Rights Watch (HRW) à Yopougon, fief du président sortant Laurent Gbagbo dans la capitale ivoirienne. Entre les 13 et 25 mai, l’organisation a interrogé 132 victimes et témoins des violences perpétrées par les deux parties lors de la bataille d’Abidjan et dans les semaines suivant l’arrestation de Gbagbo. Jeudi HRW a rendu public un communiqué de synthèse de son rapport d’enquête.

[...]


Traque des pro-Gbagbo à Yopougon

[...] Citant les travaux de ses enquêteurs sur le terrain, l’ONG affirme qu’en dépit de leur victoire définitive, les forces armées de Ouattara ont poursuivi les meurtres, actes de torture, viol et traitements inhumains. En prenant pour cible des groupes ethniques réputées avoir soutenu Laurent Gbagbo. Fin avril et en mai, les Forces républicaines de la Côte d’Ivoire (FRCI) ont tué, a constaté HRW, au moins 95 personnes non armées, lors des opérations menées dans zones auparavant contrôlées par les forces pro-Gbagbo. Les quartiers étaient bouclés et systématiquement. « La majorité des violations documentées ont eu lieu dans le bastion pro-Gbagbo de longue date de Yopougon, l’épicentre de la bataille finale à Abidjan. La plupart des meurtres ont été des exécutions à bout portant de jeunes issus de groupes ethniques généralement ralliées avec Gbagbo, dans ce qui semblait être une punition collective pour la participation de ces groupes aux milices de Gbagbo », écrit Human Rights Watch.

L’organisation affirme également avoir documenté 54 exécutions extrajudiciaires dans des lieux de détention officiels et officieux, « notamment les 16ème et 37ème postes de police de Yopougon et le bâtiment GESCO de pétrole et de gaz qui sert maintenant de base aux Forces républicaines. » Les corps de certaines victimes ont simplement été brûlés. HRW raconte ainsi l’incinération, le 15 mai à moins de 30 mètres du poste de police du 16ème arrondissement, du corps d’un milicien capturé et exécuté dans l’enceinte du poste de police.


Chérif Ousmane

Dans ce décompte macabre, le nom du commandant Chérif Ousmane, un militaire proche du Premier ministre, Guillaume Soro et qui a longtemps été commandant de zone de l’ex-rébellion des Forces nouvelles est régulièrement cité. C’est lui qui supervise les opérations des FRCI à Yopougon. « Un soldat des Forces républicaines a décrit l’exécution de 29 détenus au début de mai à l’extérieur de l’immeuble GESCO. Le soldat a déclaré que Chérif Ousmane (…) a donné l’ordre d’exécution. Deux autres témoins interrogés par Human Rights Watch ont déclaré avoir vu Chérif Ousmane dans un véhicule qui s’est débarrassé du corps torturé et exécuté d’un chef de milice notoire à Koweit, un sous-quartier de Yopougon, vers le 5 mai.

Les témoins de ces meurtres et exactions sont exposés à de grands périls. Une femme qui avait assisté à l’exécution de 18 jeunes à Yopougon a ainsi été violée par les soldats, après que ceux-ci l’eurent contrainte de charger leurs véhicules avec des biens pillés, selon HRW. La plupart des victimes n’appartiendraient même pas aux milices pro-Gbagbo, qui ont pris la fuite au lendemain de la chute de l’ancien président. « Yopougon semble avoir été ciblée de manière disproportionnée pour les meurtres commis en représailles par les Forces républicaines, qui ont infligé une punition collective meurtrière à des jeunes hommes des groupes ethniques Bété, Attié, Guéré et Goro, qui ont largement soutenu Gbagbo lors de l’élection présidentielle de 2010 », déplore HRW. Selon l’organisation, outre Yopougon, les exactions commises par les forces républicaines se sont étendues à Koumassi, Port Bouët, mais surtout dans les quartiers de Koweït et Yaosseh où le plus grand nombre de morts a été recensé.

[...]


Lire l'article en entier sur Afrik.com.


SOS Droits Humains en Cote d'Ivoire. À visiter ici :