mardi 31 janvier 2012

Quand la presse française émet des doutes sur la victoire de Ouattara



Lu le blog de M. Frindéthié. Extrait :

"Comme si elle se réveillait de la léthargie d’une grande manipulation, la presse française (RFI, France 24, entre autres), qui aux temps critiques de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire supportait corps et âme le candidat du RDR, n’hésite plus à exposer désormais Ouattara comme un grand falsificateur et le perdant de l’élection présidentielle de 2010. Ce lundi 30 janvier 2012, Christophe Boisbouvier de RFI a tendu son micro au Cardinal Christian Tumi, évêque émérite de Douala, réputé pour son aversion pour la langue de bois. La conversation a porté sur les élections généralement truquées en Afrique, l’influence négative de la France en Afrique francophone, la fausse victoire de Ouattara en Côte d’Ivoire et la déportation du président Gbagbo à la Haye (lire l’interview de Boisbouvier à http://www.rfi.fr/emission/20120130-le-cardinal-christian-tumi).

Pour qui a suivi l’interview accordée à Ouattara ce 27 janvier par France 24, cet entretien avec le Cardinal Tumi n’est certainement pas fortuit. Il participe d’une détermination assurée de la presse française à exposer, enfin, l’imposture de Ouattara. En effet, c’est ce même Boisbouvier, qui, avec un autre journaliste français, s’est entretenu avec Ouattara à Paris au lendemain de la signature de l’accord de défense entre Sarkozy et Ouattara ; une interview dont Ouattara se serait bien passé, et qui relevait franchement ses inconstances par rapport à la sécurité, à la justice, au caractère régalien de son armée (FRCI), aux crimes des FRCI, au sort de Soro, au parti pris de la France, de l’ONU, et de la CPI, à la démocratie, à sa popularité au sein de la Côte d’Ivoire, à ses relations œdipiennes avec Sarkozy, etc.

Pourquoi la presse française ne se réveille-t-elle que maintenant ? Se serait-elle soudain rendu compte de l’utilisation dont elle a toujours fait l’objet, et désirerait-elle s’affranchir de l’emprise gouvernementale ? Cela reste fort improbable, car la presse française, qu’elle soit privée ou d’Etat, n’a jamais été libre. Elle est mondialement réputée pour son psittacisme du discours gouvernemental. Une autre éventualité serait que, anticipant la chute imminente de Sarkozy, la presse française décide de se désenvouter du poison de l’emprise UMPiste de ces 16 dernières années, afin de se préparer à l’écholalie d’un nouveau maître, socialiste cette fois-ci.

Quoi qu’il en soit, de cette contorsion se confirment deux faits : [...]


Lire la suite sur le blog de M. Frindéthié...


Cela tandis que la même presse française se décide enfin à faire connaître les ennuis judiciaires du juge Ramaël : voir sur le blog de Saper Aude...


samedi 28 janvier 2012

Visite officielle - Comment Sarkozy a protégé Ouattara de la colère de «son» peuple



Par Benjamin Silué. Extrait du Nouveau Courrier du 27/01/12 :

Alors que les récits médiatiques complaisants sortis tout droit des officines des «spin doctors» hexagonaux [ont décrit] Alassane Ouattara, en visite d’Etat à Paris, comme un glorieux symbole de la «victoire de la démocratie», des moyens colossaux [ont été] mis en œuvre pour le protéger de la colère des Ivoiriens de France. De «son» peuple. Des dispositions inédites [ont été] prises, et la loi française [a été] quasiment foulée aux pieds, pour éviter à l’homme politique le plus soutenu par l’ancien colonisateur depuis les indépendances, d’avoir le désagrément de croiser sur son chemin des activistes ivoiriens ou panafricains.

[Jeudi 26.01.12], ces derniers ont été particulièrement malmenés à la sortie du métro desservant les Champs-Elysées, à la faveur d’une manifestation pourtant autorisée. «A peine sont-ils arrivés sur leurs lieux que la police s'est jetée sur la voiture et la sono. La police est partie avec la voiture, la sono et tout. C’était vraiment le remake de Yopougon Ficgayo. En plus light. En plus professionnel», témoigne une patriote ivoirienne vivant à Paris. «[Vendredi 27.01], ils ont arrêté tous les Ivoiriens qui passaient sur les Champs-Elysées pour les relâcher vers 16 heures», explique-t-elle. Une autre source indique que des infortunés Maliens, totalement en dehors du mouvement, ont eux aussi été «raflés»… Les mêmes pratiques pourraient se renouveler à la faveur des démonstrations de désapprobation prévues aujourd’hui.


Des rues bouclées, une station de métro fermée, quatre hélicos pour Ouattara

Si la visibilité donnée au drapeau ivoirien sur les Champs Elysées est une pratique ordinaire à l’occasion des visites d’Etat, l’armada de moyens sécuritaires mis à la disposition du nouvel homme de la France en Afrique est inédite, et renseigne sur son impopularité parmi ses compatriotes vivant à Paris. Lisons ce qu’en écrit le site Metrofrance : «[...] la visite officielle à Paris du président ivoirien Alassane Ouattara a vu le déploiement d'importants moyens de sécurité. Pour sa visite dans le centre de la capitale, la France a mis à disposition trois hélicoptères escortés par un hélico de l’armée française. La rue de Rivoli a été partiellement fermée à la circulation et la station Tuileries également fermée pendant plusieurs heures».


Les conseillers communistes de la Ville de Paris ne sont pas chauds pour trinquer avec Ouattara

Si le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë (qui faisait partie du dispositif de soutien au régime Ben Ali présent en France) a choisi de recevoir Ouattara ce vendredi de la manière la plus solennelle, les élus communistes de la Ville de Paris [...]


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vendredi 27 janvier 2012

Ouattara au «Monde» - une gageure : trouver un mot de vrai !



"Ouattara au « Monde » : un festival de contre-vérités !"

Par Edouard Amichia. Extrait du Nouveau Courrier du 26/01/12 :

Dans une interview qu’il a accordée au journal français Le Monde, en prélude à la visite d’Etat [...] au pays de son ami Nicolas Sarkozy, le chef de l’Etat Alassane Ouattara a multiplié les contrevérités. Sur les questions essentielles à la vie de la nation comme la sécurité, la réconciliation nationale, la justice, etc., le locataire du palais d’Abidjan a tenté vainement de polir l’image de son régime dictatorial. Il envoie à la communauté internationale, notamment à ses principaux parrains qui ont été récemment amenés à élever la voix pour dénoncer ses velléités tyranniques, des clichés qui sont loin de traduire la réalité dans un pays où tout va mal. La Côte d’Ivoire connaît en effet un net recul démocratique depuis que Ouattara est arrivé aux affaires, avec l’aide de l’armée française, l’insécurité est galopante, avec des supplétifs de guerre qui commettent des exactions sur les populations en toute impunité ; le tout couronné d’une justice des vainqueurs qui classifient les Ivoiriens en pro-Ouattara, donc intouchables d’un côté, et en pro-Gbagbo, vaincus, donc accusés de tous les maux, traqués et injustement emprisonnés. Ces réalités, Ouattara feint de les ignorer, étant lui-même le maître à penser d’une politique qui exacerbe les rancœurs plutôt que favoriser la réconciliation nation nationale. Nous avons choisi de décortiquer des morceaux choisis de ses déclarations qui heurtent l’entendement des populations ivoiriennes.


A propos du dialogue avec l’opposition

«Les Ivoiriens veulent vivre en paix et tourner la page. Je suis absolument déterminé à faire en sorte que la démocratie devienne irréversible dans notre pays. Depuis que je suis installé à la présidence [le 27 mai 2011], j'ai constamment tendu la main aux partisans de Laurent Gbagbo. Ils la refusent et je le regrette. J'ai mis en place la commission Dialogue, vérité et réconciliation. J'ai demandé à son président, comme au ministre de l'Intérieur, de rencontrer les responsables de l'opposition. Moi-même, je leur ai fait savoir que j'étais prêt à les recevoir de nouveau. Je leur avais proposé des postes au gouvernement. Ils n'ont pas accepté. Ils ont boycotté les élections législatives de décembre. Je continuerai ainsi, même si un noyau dur du FPI [Front populaire ivoirien, le parti de l'ancien président Gbagbo] refuse d'aller de l'avant», soutient Alassane Ouattara.

Les déclarations de l’ami personnel de Nicolas Sarkozy au sujet du dialogue avec l’opposition traduisent son refus de discuter avec le Front populaire ivoirien (FPI) qu’il craint visiblement comme une peste. A la place de ceux qu’il qualifie de «noyau dur», donc indésirables, il aurait voulu certainement d’autres hommes, plus malléables, à la tête du parti de Laurent Gbagbo. Alors tant qu’il n’aura pas les hommes qu’il jugera fréquentables, il est clair que le dialogue politique restera au point mort. Inutile de souligner que c’est Washington qui l’a contraint à renouer le contact avec le CNRD, coalition des partis proches du président Laurent Gbagbo, pour des échanges qui auront fait long feu à l’approche des élections législatives du 11 décembre 2011. Ces échanges, c’est bien Ouattara qui les a brutalement interrompus et non le CNRD. Il ne voulait surtout pas que les préoccupations du FPI, notamment sur la composition de la Commission électorale, contrôlée à 95% par la coalition au pouvoir, et le découpage électoral visant à sur-représenter le Nord, soient évoqués en toute transparence. A dire vrai, Ouattara ne veut pas d’opposition mais d’accompagnateurs prêts à se renier pour avoir le droit d’exister. Et à bénéficier des miettes de la «mangeoire».


La barbarie des partisans du régime au meeting du FPI

«Nous avions autorisé cette manifestation après beaucoup d'hésitation. Etait-ce le moment ? Je ne voulais pas donner le sentiment qu'il n'y a pas d'état de droit. Ce sont les populations qui sont sorties dans la rue, même s'il devait y avoir aussi des militants du RDR [le parti de M. Ouattara]. Tous ces gens voient [dans les dirigeants du FPI] des concitoyens qui ont tué leurs parents. Il y a eu pendant cette période plus de 3 000 morts, jamais de regret exprimé, et jamais de repentance. J'ai demandé une enquête et les responsables seront sanctionnés», dixit Ouattara. Aucune compassion de sa part à l’endroit des victimes qui, à lire entre les lignes, auront mérité le sort qui leur a été réservé. Ne sont-ils pas des partisans de son ennemi juré, le président Gbagbo qu’il a déporté à la Haye et dont il s’est juré de ruiner et la famille et le les proches et de faire disparaitre totalement les traces ! A commencer par son héritage politique, le FPI. Quand le chef de l’Etat désigne les responsables du FPI comme étant des criminels qui ont leur place en prison, on comprend aisément que l’acte de barbarie enregistrée samedi était une action savamment planifiée au somment de l’Etat. S’il a autorisé le meeting «après beaucoup d’hésitation», Ouattara ne voulait pas du tout qu’il aille à son terme sans accrocs. Tout a donc été mis en œuvre pour que des populations «qui voient dans les dirigeants du FPI des assassins» décident de braver le dispositif sécuritaire pour se rendre justice. Vous avez dit vendetta au sommet de l’Etat ! Par ailleurs, si Ouattara connait déjà les auteurs des violences postélectorales, s’excluant lui-même du box des accusés, quel devra donc être le rôle de la justice ? Et à quoi sert la CDVR de Konan Banny manifestement dépassé par le cours que prennent les événements ? Tous, à l’unisson, sont préparés, à la vérité, pour accabler les pro-Gbagbo et il ne faudra pas s’étonner demain que la justice se jette aux trousses du ministre Amani Michel, de Miaka Ouréto, Laurent Akoun et autres. Plus grave : Ouattara criminalise dans son propos tous les partisans de Laurent Gbagbo. Puisque ce ne sont pas les dignitaires du FPI qui ont été lapidés, traqués dans les quartiers, blessés par balle. Le militant de base tué par les miliciens du régime n’était pas un dignitaire.


La justice des vainqueurs

«(…) Il y a d'ores et déjà eu une série d'inculpations pour les responsables d'exactions commises pendant la crise post-électorale. Enfin, je viens de mettre en place une commission nationale d'enquête qui a commencé ses travaux. Il ne peut y avoir de discrimination entre les criminels. Ceux qui ont tué, de quelque bord qu'ils soient, seront jugés et feront l'objet de sanctions. Ce n'est pas une question d'opposition ou de parti au pouvoir. (…) Des procès seront engagés. Il n'y aura aucune discrimination, aucun favoritisme, pas d'acharnement non plus à l'égard de qui que ce soit. Le drame de ce pays a été l'impunité. Je veux y mettre fin. C'est par une justice équitable que nous y parviendrons. Nous mettons en place notre justice de manière beaucoup plus rapide que je ne l'avais imaginé. Bientôt, la justice ivoirienne sera en mesure de prendre tous ces dossiers en main. La Cour pénale internationale continue tant que la justice ivoirienne n'a pas les moyens de juger. Nous préférons bien sûr juger les uns et les autres ici, en Côte d'Ivoire. Il ne faut pas que les proches des victimes attendent trop longtemps, il y a un besoin de réparations».

Ceci est un refrain que Ouattara sert aux Occidentaux pour se présenter sous un jour agréable, comme un démocrate. Alors que le monde entier se rend à l’évidence qu’il est un dictateur. Et pis, qu’il n’a pas la réalité du pouvoir, condamné qu’il est à compter sur les forces de son Premier ministre et allié dans la crise postélectorale, Guillaume Soro. Mais aussi sur les forces françaises dont il réclame toujours plus d’effectifs, en tentant d’instrumentaliser le terrorisme islamique – il rêve sans doute qu’AQMI attaque la Côte d’Ivoire pour justifier la présence d’armées étrangères…. Tout est faux. La réalité est tout autre. A ce jour, aucun de ses partisans n’est visé par la moindre enquête. Dans le cas contraire, les Ivoiriens attendent de l’appareil judiciaire qu’elle rende publique la liste des concernés. La justice est loin d’être équitable pour tous et ce ne sont pas ses déclarations sans élément probant qui peuvent remettre en cause les investigations de nombre d’organisations internationales des droits de l’homme, y compris des démembrements de l’Onu, qui ont dénoncé à maintes reprises les graves dérives de la justice ivoirienne sous Ouattara. Quand il encense Guillaume Soro, qui lui permet de goûter au plaisir du tapis rouge, il faut comprendre que sa profession de foi quant à l’avènement d’une justice équitable pour tous en Côte est vide de sens. Aussi refuse-t-il lui-même de se compter parmi les auteurs possibles des violences postélectorales, alors qu’il était le patron des FRCI ou Forces nouvelles, bonnet blanc, blanc bonnet, qui ont commis des atrocités à l’Ouest et à Abidjan, notamment.


Les Frci et l’insécurité : juste quelques "débordements"

«Nous avons déjà suspendu près de cinq cents militaires et il ne s'agit pas que d'anciens membres de l'armée de Laurent Gbagbo. Ce n'est pas une justice des vainqueurs. Nous sommes sans pitié vis-à-vis de toutes les violations des droits de l'homme, de tous les vols, et l'intégration [avec les ex-forces armées] a eu lieu. Il y a eu des nominations à tous les niveaux. Au départ, entre les deux groupes armés, il y avait bien sûr des problèmes. Le matin, au moment de l'exercice physique, ils s'insultaient, il y avait des bagarres. On a aussi connu des débordements avec les jeunes qu'on appelle les associés, ceux qui se sont joints à la bataille d'Abidjan. Cela représente 25 000 à 30 000 personnes. Nous en démobilisons un certain nombre. D'autres demandent à être recrutés dans l'armée. Nous mettons en place une réforme de l'armée ».

Sans commentaires. Il faut bien vivre dans un autre pays pour ne pas savoir que ce que les Ivoiriens ont vécu et continuent de vivre ne peut être qualifié de «débordements». Car depuis la crise postélectorale, la vie des Ivoiriens est devenue un vrai cauchemar. FRCI par ci, FRCI par là ! Et partout, ce sont les expropriations, les tueries arbitraires, les règlements de compte, les braquages, etc. Avec eux, tout est permis et les Occidentaux qui déconseillent à leurs ressortissants de se rendre en Côte d’Ivoire, à l’image du Canada, en savent quelque chose. Pis, quand on a injecté officiellement plus de 16000 hommes dans l’armée régulière, définitivement noyautée, on se demande pourquoi ouvrir un nouveau chantier de recrutement dans l’armée. A cette allure, il faut craindre que l’armée ivoirienne atteigne un effectif de 50000 hommes. Par ailleurs, quand Ouattara parle de l’armée de Gbagbo, cela suppose que l’armée en place aujourd’hui n’a rien de républicain. Pour le paraphraser, on pourrait dire qu’elle est l’armée de Ouattara incluant celle de Soro, le chef de la rébellion qui a défiguré la Côte d’Ivoire une dizaine d’années durant avant de parvenir à ses fins : faire partir Laurent Gbagbo du pouvoir.


Génocide évité grâce à la Licorne : Ouattara sait de quoi il parle

«Les relations entre nos deux pays sont excellentes. Il n'y a aucun nuage. Je viens ainsi d'abord remercier le président Sarkozy et son gouvernement pour l'intervention menée en avril sous mandat des Nations unies. Sans elle, il y aurait eu en Côte d'Ivoire un génocide pire qu'au Rwanda. Abidjan, c'est six millions d'habitants. Tel que c'était parti, on aurait pu avoir un million de personnes assassinées. L'intervention française a été opportune et décisive. Elle a sauvé de nombreuses vies humaines».

Jusqu’où ira la politique fiction ? Sur quels calculs économétriques se base Ouattara pour prédire le nombre de morts en l’absence des forces françaises ? Se rend-il compte qu’en prétendant que la France a sauvé ses Nègres d’un génocide, il alimente les clichés sur la barbarie des Africains et l’indispensable mission civilisatrice des Occidentaux ? Faut-il rappeler que le génocide au Rwanda a bel et bien eu lieu en présence de l’armée française ? Par ailleurs, l’on se demande contre quel groupe d’Ivoiriens ce génocide évité aurait-il été organisé ? Les tueries massives dont le caractère tribal est démontré, et les méthodes d’épuration ethnique n’ont eu lieu, en réalité, que dans l’Ouest du pays et dans Abobo contrôlé par le commando invisible pro-Ouattara. Ouattara sait au final [...]


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jeudi 26 janvier 2012

Delanoe et Bel vont trinquer avec le responsable des massacres de Duékoué : Ouattara à l'Hôtel de ville et au Sénat ! - par Michel Galy



Extrait du Gri-gri international :

Que Sarkozy reçoive Ouattara (et ses collaborateurs français et africains), c’est dans l’ordre des choses : liés de longue date, le premier a provoqué un coup d’État franco-Onusien en avril dernier, pour mettre le second au pouvoir, devenu le relais françafricain par excellence ; le retour à l’ordre colonial, malgré la présence de l’armée française et de nombreux coopétrants civils et militaires, se fait dans le sang !

Les responsables socialistes savent-ils réellement qui est Ouattara ? On peut en douter - et on peut espérer que s’ils étaient réellement informés, la réception serait immédiatement annulée !

Quel responsable de gauche, juste avant les élections, peut se permettre de recevoir un responsable de crimes de guerre, passible des tribunaux français, internationaux et de la CPI ?

À défaut d’éthique, que nos amis socialistes pensent aux centaines de milliers de voix perdues, à s’aligner aveuglement sur les interventions militaires sarkozystes…

L’alliance Ouattara–Soro (son « chef de guerre ») se poursuit depuis 2002, date d’un coup d’Etat manqué, favorisé par la droite française ; on estime à plusieurs milliers les victimes civiles de la violence de la rébellion ouattariste au Nord de la Côte d’ivoire entre 2002 et 2010.

Le chiffre souvent cité par M. Ouattara - 3000 victimes de la crise électorale entre décembre 2010 et avril 2011 - omet un élément important : les 2/3 au moins de ces victimes sont le fait des partisans de M. Ouattara !

D’après la Croix Rouge et Amnesty (international), le crime de guerre ou de génocide de Duekoué - 800 civils hommes, femmes et enfants de cette ville de l’Ouest ivoirien assassinés en 24h -, est le fait des FRCI du bon docteur Ouattara.

Mais qui sait à Paris, qu’après l’arrestation par les Forces spéciales françaises du président Laurent Gbagbo le 11 Avril 2011, que pendant les trois mois consécutifs, c’est entre 3000 et 5000 victimes civiles que déplore le peuple ivoirien : tous ont été causés par l’armées de Ouattara, sous sa responsabilité politique !

Les peuples bété, attié, et guérés ont été décimés par cette politique ethnogénocidaire- alors que 300 000 habitants de l'Ouest ont du s’enfuir au Liberia sous peine de mort. Et aujourd’hui, la violence politique continue, chaque jour, en Côte d’Ivoire… Que nos brillants élus socialistes, à l’heure des inculpations et de la recherche des complicités ne viennent pas dire : Nous ne savions pas… Toutes ces données sont publiques, même si les medias de droite ou la propagande ouattariste (y a t-il vraiment une différence ?) les refusent avec obstination.

Pendant cette « visite d’Etat », vous vous attablez avec des négationnistes sanglants, [...]

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mercredi 25 janvier 2012

Evénements de Yopougon : décryptage du communiqué scandaleux de la Police nationale



Par Philippe Brou. Extrait du Nouveau Courrier du 24/01/12 :

Disculper le régime Ouattara et masquer son inquiétante dérive dictatoriale, tout en justifiant l’attitude inqualifiable des miliciens du RDR. Tel était le double souci des responsables de la Police nationale ivoirienne alors qu’ils rédigeaient le communiqué qu’ils ont rendu public hier soir, dans le but de condamner – sans condamner – les brutalités qui ont émaillé le meeting du FPI samedi. Pris de peur face au courroux de l’ONUCI et des Etats-Unis, le premier flic du pays, Hamed Bakayako, veut absolument tenir le rôle du ministre rempli de bonne volonté et plein de prévenance pour ses opposants. «Le 27 décembre 2011, le Front populaire ivoirien (Fpi), a informé le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, de la tenue d’un meeting, le samedi 21 janvier 2012, à l’espace Ficgayo de Yopougon. A ce sujet, le ministre d’Etat a reçu à son cabinet, le jeudi 19 janvier 2012, M. N’Guessan Amani Michel, secrétaire général adjoint, chargé de la sécurité au Fpi, qui conduisait une délégation de son parti, le maire de la commune de Yopougon et un opérateur privé auquel le maire avait cédé l’espace Ficgayo pour des manifestations en rapport avec le démarrage de la Coupe d’Afrique des nations. A la demande du ministre d’Etat, l’opérateur privé a accepté de se retirer en faveur du Front populaire ivoirien. Par ailleurs, des dispositions sécuritaires ont été prises pour encadrer et sécuriser la manifestation. 550 policiers et 450 gendarmes ont été déployés pour la circonstance. Toutes ces mesures traduisent la volonté du gouvernement de permettre aux partis et groupements politiques d’exercer librement leurs activités», écrit ainsi le communiqué.

Qui, très rapidement, tente de rendre le FPI responsable des violences. «Cependant, la manifestation n’a pu aller à son terme en raison de l’hostilité de groupes de jeunes irrités par les propos véhéments tenus par les responsables du Front populaire ivoirien. C’est le lieu de rappeler que notre pays traverse une phase sensible du processus de réconciliation qui commande que les uns et les autres adoptent des comportements et tiennent des discours allant dans le sens de l’apaisement». La «colère» des miliciens du RDR était donc légitime, doit-on comprendre. La réalité est pourtant qu’aucun responsable du Front populaire ivoirien n’a vraiment délivré de discours samedi, et que les courtes allocutions prononcées avant le début du meeting en tant que tel étaient dénuées d’animosité. De plus, dans quel pays démocratique au monde l’opposition est-elle sommée de ne pas tenir des propos «véhéments» ? Faut-il comprendre qu’en Côte d’Ivoire, les adversaires du régime en place doivent lui servir de faire-valoir ou être impitoyablement matés ? L’actuel ministre de l’Intérieur, patron de la police, ne tenait-il pas des propos «véhéments» durant les meetings de son parti, alors que le président Gbagbo – dont il était ministre – était président ?

Le communiqué de la Police nationale se termine de la plus piteuse des manières. «Le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur déplore et condamne ces incidents. La Côte d’Ivoire est un Etat de droit. Nul n’a le droit de se faire justice. En tout état de cause, une enquête est ouverte pour situer toutes les responsabilités». En quoi les vandales téléguidés qui ont causé la mort d’au moins une personne, et blessé gravement des dizaines de personnes, se sont-ils rendu justice ? En quoi le meeting qu’ils ont attaqué leur a porté préjudice pour qu’ils se rendent justice ? Le double discours du pouvoir, et son encouragement voilé aux vandales, saute aux yeux. Et l’on imagine que le régime Ouattara ne saurait punir sérieusement des hordes sanguinaires qui [...]


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lundi 23 janvier 2012

Les liaisons dangereuses entre Alassane Ouattara et Anthony Ward


Ward alias "Chocolate Fingers", i.e. le trader de Ouattara, qui prévoit "au millimètre près" les guerres en Côte d'Ivoire...

Vidéo :


Kouamouo fait parler Guy-André Kieffer & Ward -... par legrigriinternational


dimanche 22 janvier 2012

Ça se passe comme ça chez le sous-préfet de McSarko


Attaque des militants du FPI par les pro-Ouattara : deux morts et des blessés par balle confirmés

Même l'Onuci condamne, c'est dire !

Nouveau bilan (provisoire) un jour après : cinq morts.


Extrait du Nouveau Courrier du 21/01/12 :

Des sources au sein de la direction du Front populaire ivoirien (FPI) ont confirmé à un journaliste du Nouveau Courrier que deux militants de leur parti ont été tués suite à l'attaque de leur meeting de rentrée politique, qui se tenait ce samedi à la place Ficgayo de Yopougon. Le rassemblement politique avait à peine commencé quand la place a été prise d'assaut par les agresseurs.

Une source policière a confirmé au Nouveau Courrier que des blessés par balles ont été comptés dans les rangs des militants du FPI et des sympathisants pro-Gbagbo. Dans l'après-midi, des partisans d'Alassane Ouattara munis d'armes blanches semaient la terreur dans certains quartiers de la commune de Yopougon, notamment à Sicogi, à la recherche d'adversaires politiques supposés. Un habitant de Yopougon a affirmé au Nouveau Courrier que les partisans de Ouattara ont mis [...]

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Et, toujours dans la rubrique "ça se passe comme ça"...


jeudi 19 janvier 2012

La justice et les médias français en question - par Théophile Kouamouo




Extrait du Nouveau Courrier 17/01/12 :

"La semaine [passée] a été riche en émotions et en rebondissements en Côte d’Ivoire. Elle a été rythmée à la fois par l’affaire du « squelette de Yaokro » censé être celui du journaliste Guy-André Kieffer (une affaire qui a fait « pschitt »), et le choc du décès du ministre Paul-Antoine Bohoun Bouabré, qui était déjà à l’article de la mort quand une campagne de presse indigne se déployait pour l’impliquer dans le sombre montage qui s’est piteusement dégonflé.

Plus loin de chez nous, la semaine a été agitée par un rebondissement judiciaire concernant à la fois la France et le Rwanda. Mardi dernier, le juge antiterroriste français Marc Trévidic rendait public un rapport rédigé par cinq experts et tendant à affirmer que les tirs de missile qui ont abattu, le 6 avril 1994, l’avion du président rwandais d’alors, Juvénal Habyarimana, déclenchant indirectement le génocide selon certains analystes, pourraient être attribués à la Garde présidentielle du défunt. Ce qui donnerait, naturellement, du crédit à la thèse selon laquelle il a été victime d’une révolution de palais initiée par un « Hutu power » ayant prémédité une épuration ethnique massive. Et discréditerait la thèse soutenue par le juge Jean-Louis Bruguière, anciennement sur le dossier, et qui accusait Paul Kagame et le Front patriotique rwandais (FPR) d’avoir été à la base de l’attentat « qui a tout déclenché ».

Pour notre part, nous n’avons pas de religion à ce sujet. Nous ne croyons sur parole ni Bruguière ni Trévidic. Mais il nous apparaît très clairement que ce feuilleton franco-rwandais nous renseigne sur le « confusionnisme » qui caractérise la France dès qu’il s’agit de la politique africaine. A chaque crise, concernant tous les pays, politiques, journalistes de quasiment tous les bords et juges répètent tous le même « catéchisme » censé soutenir l’intérêt national. Sous François Mitterrand et Jacques Chirac, la France se voulait encore une puissance singulière sur l’échiquier international, et voyait le géant américain en rival dans l’Afrique de l’après-guerre froide. Pour barrer la route à l’oncle Sam, dont l’Ougandais Yoweri Museveni et le Rwandais Paul Kagame étaient les « agents », elle assumait son soutien à Habyarimana puis à Mobutu. Dans sa lutte contre les « Khmers noirs » des Grands Lacs, elle était suivie par la justice à travers le juge Jean-Louis Bruguière qui enquêtait à charge contr Kagame. Elle était accompagnée par la grande star du journalisme africaniste de l’époque : Stephen Smith, qui, du Monde à Libération, a eu les plus belles tribunes pour mener le combat commun. Aujourd’hui, l’atlantiste Nicolas Sarkozy « cogère » l’Afrique avec le Etats-Unis. Il a donc entrepris de faire la paix avec Kagame, qui joue en Afrique centrale pour Washington et ses multinationales le rôle de revolver pointé contre ses voisins campé pour le compte de Paris par Blaise Compaoré en Afrique de l’Ouest. Exit Bruguière, donc. Bonjour Trévidic. Le positionnement judiciaire de la France change en convergence avec ses choix politiques. Les mêmes quotidiens qui étrillaient Kagame à longueur d’éditoriaux ravageurs s’indignent désormais contre les « négationnistes » dont la figure sacrificielle est l’enquêteur Pierre Péan. Jetant aux orties toute distance critique, ils « communiquent » à fond sur un rapport Trévidic qui n’apporte pourtant pas de réponses définitives à toutes les questions. Comme sur tous les sujets internationaux, ils ont engagé une vaste opération de criminalisation de ceux qui ne sont pas pressés de se convertir à leur nouvelle religion, dessinant comme d’habitude une « géographie de l’indignation » visant à neutraliser tout débat sur la politique extérieure de Paris. Comme en Libye, en Côte d’Ivoire et en Syrie. Leurs directions respectives n’ont aucune intention de justifier leur virage à 360 degrés sur le sujet rwandais. L’amnésie est une belle béquille pour le journalisme sans convictions.

Bruguière, nous dit-on donc, a eu faux sur toute la ligne et a engagé la France sur de fausses pistes pendant de longues années sur l’affaire de l’attentat contre l’avion d’Habyarimana. Nous dira-t-on, demain, que le juge Patrick Ramaël s’est longtemps fourvoyé sur la Côte d’Ivoire, en convergence totale avec la diplomatie de son pays ? En tout cas, la presse parisienne a, durant la semaine qui s’est écoulée, continué de se discréditer aux yeux d’un grand nombre d’Africains, dévoilant des passions partisanes désormais trop voyantes pour faire illusion. Ainsi, tout en reconnaissant que le juge Ramaël va de fausse piste en fausse piste dans l’affaire Guy-André Kieffer, elle ne cesse de marteler que l’enquête, pourtant enlisée" [...]


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mercredi 18 janvier 2012

MANDELA A LA HAYE - par MICHEL GALY*




(Avec autorisation)

En Algérie déjà, l'armée et la droite française ont expérimenté le fait que la victoire sanglante sur la résistance nationale n’empêche pas la défaite médiatique, puis politique – et le retrait sans gloire. L'intervention militaire française s'inscrit en effet, quoiqu'on dise, dans une histoire coloniale : 47 interventions armées depuis 1960 ! L’étonnant est plutôt que le renversement des régimes hostiles à la Françafrique se fasse sous couvert des « droits de l'homme » et de la démocratie, que les Nations Unies cautionnent le coup d'Etat et que son armée massacre des civils et bombarde, en avril, les centres d'un pouvoir légitimé par son Conseil Constitutionnel.

Henri Emmanuelli disait, lors de répétition générale de 2004 - le général Henri Poncet n'a il pas, alors, manqué son coup d'Etat ? - que « l'histoire jugera qui s'est rangé du côté des massacreurs » ou de l'autre ! A mon sens l'histoire a déjà jugé, et pour 2004, et pour 2011 !

Mais cette réflexion, nécessaire, notamment dans la perspective de l'alternative créée, à Paris mais aussi à Abidjan, par l'arrivée possible de la gauche française au pouvoir, reste par trop franco française.

Car même en avril dernier la presse française, majoritairement engagée du coté de la désinformation – et majoritairement acquise d’avance au coup d'Etat sarko-ouattariste, s'était aperçue que la perception du Tiers monde – et même du monde anglo-saxon, était radicalement différente.


TRANSMISSION MYTHIQUE ET PAN AFRICANISME

A une série noire de l'humiliation et de la destruction des régimes résistants, une transmission souterraine oppose en effet, dans l'opinion panafricaine, la saga et le mythe de grandes figures, qui à travers l'Histoire globale de la domination, incarnent les possibles d'un autre monde à venir. Une par génération ? Si je n’ai pas connu le calvaire de Lumumba, j’ai pu rencontrer - trop brièvement, Thomas Sankara trois mois avant son assassinat. Comment ne pas voir que l'arrestation, la déportation, le procès du président Laurent Gbagbo à la Haye est en train de se constituer en martyrlogue et de le faire succéder symboliquement au dernier grand héros transnational, Nelson Mandela ?

De même faut il conceptualiser encore les formes de ce « pouvoir blanc » (quelle que soit la couleur de celui qui l'exerce... et Franz Fanon reste ici - sur les « peaux noires et masques blancs » - à lire et à relire !) à la fois médiatique et humanitaire, judiciaire et armé qui a un moment donné se coalise contre « l 'homme à abattre ». Si la « guerre idéologique » est selon Gramsci le préalable à la victoire politique, c'est donc cette construction, après la résistance à la doxa, au consensus de médias aux ordres, que l'on peut proposer.

N'est ce pas, à l'heure où nous écrivons, ce qui résulte déjà de la reconnaissance du FPI par l'ANC, Laurent Akoun re-présentant la nouvelle icône de la résistance anti coloniale, et dans le pays de Mandela, le combat des démocrates ivoiriens devant ses pairs de tout le continent ?

Un certain mimétisme avec les formes de mobilisation pour Mandela a déjà commencé : marches, pétitions, iconographie... L'éloignement avec toute collaboration avec la xénophobie de l’extrême droite, avec la démission mollétiste de la « gauche de gouvernement », et avec l'esprit de ressentiment primaire permettront seuls les alliances transnationales voire transcontinentales qui renouent avec la tradition anticoloniale de la gauche africaine et française.

La dimension panafricaine semble en effet fondamentale : si le combat judiciaire a besoin de spécialistes des arènes judiciaires, une défense de rupture, plus politique, est peut être plus porteuse à terme ; fragile et contestée, la Cpi est d'autant plus sensible à la bataille de l'opinion qu'elle est justement accusée de participer à cette séculaire « guerre à l’Afrique » et à elle seule. Libérer Laurent Gbagbo serait pour elle une occasion inespérée de se refaire une virginité tiers-mondiste, dont elle a bien besoin !

A ce stade du combat politico-médiatique, pan-africanisme et conversion de la communauté afro- américaine sont des axes encore peu explorés. Pendant ce temps, la discussion continue, à Paris, avec la gauche modérée (principalement le Ps) pour rompre avec le consensus de politique étrangère où l'a piégé le sarkosysme botté et casqué.


DE LA DESHUMANISATION VIOLENTE A LA REDEMPTION POLITIQUE

La lutte dans le champ médiatique a commencé, au fond, depuis 2OOO ! Journaux, blogs quelques ouvrages commencent à peine à rompre le consensus officiel ; médias et humanitaires sont en fait divisés, et nombre de journaux parisiens d'influence sont tenus par de pseudo « spécialistes » qui se sont déshonorés en avril, écrivant dans la duplicité vénale et la mauvaise foi : que l'on pense aux articles ouattaristes de Libération ou de L'Express, diffamatoires par ailleurs envers les intellectuels ou journalistes critiques !

On assiste par contre, depuis la déportation de Laurent Gbagbo à la Haye, à une étonnante inversion iconique. Selon le politologue Bertrand Badie, l’humiliation et la diabolisation des adversaires de l'Empire sont les conditions nécessaires à la violence armée et à leur chute.

Au texte et à l'information réfléchie s'oppose l'image traumatisante, volontairement diffusée en boucle.

Le 11 avril, Forces spéciales françaises et caméras de combat sont intimement liés, révélant la spectacularisation des relations internationales au grand jour ; au delà déportation et exil intérieur des résistants, manipulations des opinions publiques fonctionnent bien avec le montage des « rébellions » et la subversion des institutions internationales : les parallèles historiques de l'ère coloniale et des « coups tordus » de la Françafrique permettent d'y repérer la marque des « services » d'agit-prop - comme ils disent - et même de distinguer les processus et lieux de prise de décision.

Mais ce processus de déshumanisation peut s'inverser, et une image chasse l'autre ; la présence récente de Laurent Gbagbo au tribunal de la Haye juge les faiseurs, les psychopathes occidentaux, les truqueurs des médias, bien plus que lui même. Les images honteuses de l'hôtel du Golf (l’hôtel Rwanda ou « hôtel des massacres » est bien le lieu fondateur, symbolique du sarko-ouattarisme) s'effacent devant le calme discours de celui qui est au moins pour la moitié du pays le président légitime du pays- et pour nombre de démocrates internationaux une victime politique - en attendant le procès, qui sera certainement pour lui une formidable tribune internationale.

Dans une dialectique très hégélienne, en demandant la libération immédiate du prisonnier politique le plus célèbre de la planète, Laurent Gbagbo, c'est notre rapport à la construction impériale et à l'arbitraire colonial que nous remettons en question. Pour eux comme pour nous, c'est du même coup de notre libération, comme Sujets non aliénés, dont il s'agit – aussi.

Michel Galy, *politologue, chercheur au "Centre sur les conflits" à Paris et animateur de la revue Culture et Conflits


dimanche 15 janvier 2012

"Les experts Issia"



... ont eu quelques problèmes...
"C’est la fin d’un mauvais polar que certains internautes ivoiriens, qui n’en loupent pas une, avaient déjà baptisé « Les Experts Issia ». Le squelette déterré très discrètement dans la bourgade de Yaokro, dans le département d’Issia (centre-ouest de la Côte d’Ivoire), puis médiatisé de manière assez spectaculaire, n’est pas celui de Guy-André Kieffer, journaliste franco-canadien disparu le 16 avril 2004 à Abidjan. Les analyses ADN ont parlé. Et le juge Patrick Ramaël, ainsi que les médias français majoritaires qui avaient crié à la grande découverte et assuré que l’affaire avançait désormais parce qu’Alassane Ouattara est au pouvoir, doivent être dans leurs petits souliers. Une fois de plus, le magistrat français s’est fourvoyé sur une fausse piste, avec la complicité d’une presse hexagonale adepte [...]"




"Le juge Ramaël veut-il vraiment la manifestation de la vérité" pour G.-A. Kieffer ?


... Telle est la question que pose celui qui s'accuse d’avoir participé à l'assassinat du journaliste.


Par Gérard Koné. Extraits du Nouveau Courrier du 13.01.12 :

"Bien avant les résultats du test d'ADN, «Gorge profonde» nous avait joints pour nous avertir que Ramaël n'aurait aucun résultat probant. Et hier, la nouvelle confirmant qu'il ne s'agissait nullement des restes de Kieffer est tombée, comme un coup de massue [...].

«Si quelqu'un vous avoue que les restes de Kieffer se trouveraient ailleurs d'autre que le lieu où je sais qu'ils se trouvent, c'est faux. Quant à moi, j'estime avoir fait ma part dans cette affaire. C'est le juge Ramaël qui ne veut pas jouer franc jeu», nous a déclaré au téléphone, celui qui est à la base du rebondissement de l'affaire Kieffer, après plusieurs années de léthargie. Il affirme avoir remis plusieurs objets (sac, clé usb, documents) appartenant à Guy André Kieffer à Jean Yves Garnault, l'ami du franco-canadien, ainsi qu'au juge Patrick Ramaël lui-même. A ce dernier, il dit avoir remis une pièce d'identité de la victime et des effets vestimentaires lui appartenant. [...]

[...] Pour «Gorge Profonde», le juge Ramaël a décidé de tourner en rond. «Je ne comprends pas pourquoi le juge tourne en rond. Le jour même où le juge Ramaël est arrivé, nous nous sommes rencontrés. Et il m'avait donné des garanties, quand à mon extradition vers la France, où je devais purger ma peine après jugement. Avec des assurances pour ma famille. Malheureusement, deux jours après j'apprends qu'ils veulent me remettre à la justice ivoirienne. J'ai été donc obligé de me mettre à l'abri. Parce que ce n'est pas ce que le juge Ramaël m'avait dit tout au long de nos différentes conversations», a fait savoir «Gorge profonde». Aujourd'hui, celui qui se présente comme le sachant dans l'affaire Kieffer se dit prêt à livrer la vérité devant une justice équitable et s'il bénéficie d'un bon conseil d'avocats. «Le juge Ramaël veut-il réellement la manifestation de la vérité ou d'une vérité ?», continue-t-il de s'interroger."


Lire l'article en entier sur Le Nouveau Courrier...



samedi 14 janvier 2012

Prétendu squelette de Kieffer « découvert » à Yaokro : c’était un montage médiatique !



Par Philippe Brou. Extrait du Nouveau Courrier du 13/01/12 :


"C’est la fin d’un mauvais polar que certains internautes ivoiriens, qui n’en loupent pas une, avaient déjà baptisé « Les Experts Issia ». Le squelette déterré très discrètement dans la bourgade de Yaokro, dans le département d’Issia (centre-ouest de la Côte d’Ivoire), puis médiatisé de manière assez spectaculaire, n’est pas celui de Guy-André Kieffer, journaliste franco-canadien disparu le 16 avril 2004 à Abidjan. Les analyses ADN ont parlé. Et le juge Patrick Ramaël, ainsi que les médias français majoritaires qui avaient crié à la grande découverte et assuré que l’affaire avançait désormais parce qu’Alassane Ouattara est au pouvoir, doivent être dans leurs petits souliers. Une fois de plus, le magistrat français s’est fourvoyé sur une fausse piste, avec la complicité d’une presse hexagonale adepte du « Gbagbo-bashing » systématique. Pourtant, il était évident que cette affaire du « squelette de Yaokro » était pour le moins douteuse, et que la plus grande circonspection devait prévaloir.


Il n’y avait rien de nouveau à Yaokro

Dès le départ, les propos de Bernard Kieffer, le frère du disparu, paraissaient étranges. Il affirmait que le juge Patrick Ramaël disposait depuis « quelque temps », alors que le président Gbagbo était encore au pouvoir, d’un témoignage crédible selon lequel un « Blanc », identifié par quelqu’un qui passait par là, avait été inhumé secrètement à Yaokro. Une question venait automatiquement à l’esprit. Pourquoi Ramaël, qui s’est rendu à plusieurs reprises en Côte d’Ivoire depuis le renversement du fondateur du FPI, a attendu plus de huit mois pour faire les vérifications et les fouilles nécessaires ? Par la suite, une dépêche de l’AFP et des reportages d’une presse tenue à l’écart par des éléments FRCI armés jusqu’aux dents faisaient état de ce que la personne qui avait découvert le corps et d’autres villageois affirmaient qu’il s’agissait d’un Noir. Ces articles établissaient qu’il n’y avait jamais eu d’inhumation clandestine mais bel et bien une inhumation officielle, en présence des autorités administratives, traditionnelles et des populations baoulé, bété, béninoises et burkinabé, après un appel à témoignages organisé par le sous-préfet pour permettre une reconnaissance du corps et une remise à ses parents. La dépouille concernée n’avait pas été enterrée en catimini puis découverte, mais découverte dans la rivière Gorée, visiblement noyée, et enterrée le plus officiellement du monde. Qui a donc pu croire que le corps de Kieffer a été exposé pour besoins d’enquête devant des centaines de personnes d’origines diverses, qui ont observé la plus stricte omerta, ne laissant même pas filer un début de rumeur ? Balivernes. Le scénario de Yaokro n’a jamais été rien d’autre que du storytelling maladroit. « Ils ont profané une tombe en connaissance de cause ! », s’indignait hier un médecin sénégalais. Il a sans doute raison.


Un grossier contre-feu aux révélations de « Gorge profonde »

Qui a fabriqué cette histoire incroyable et dans quel intérêt ? Au Nouveau Courrier, nous sommes persuadés d’une chose. Il fallait susciter, dans l’urgence, un contre-feu devant les révélations faites par « Gorge profonde », qui s’est confié à notre quotidien en se présentant comme coauteur présumé – et repentant – d’un crime commandité par des membres du clan Ouattara dans le but d’accuser le pouvoir Gbagbo. Donnant de nombreux détails troublants, il nous révélait être en contact avec Jean-Yves Garnault, agent de renseignement français, et le juge Patrick Ramaël. Fin décembre 2011, il nous annonçait avant les médias l’arrivée de Ramaël venant à Abidjan pour le rencontrer. Il nous montrait des courriers électroniques échangés avec Garnault et destinés à Ramaël, et une décharge donnée par Garnault qui a récupéré des objets présentés comme ayant été arrachés à Kieffer.

Pour des raisons mystérieuses, Ramaël ne voulait pas communiquer sur « Gorge profonde » et son témoignage, pourt ant assez pris au sérieux pour justifier un déplacement à Abidjan. Il fallait donc détourner l’attention de l’opinion ivoirienne et française sur les investigations de notre journal, qu’il serait par la suite facile de tourner en dérision comme les inventions d’un titre « pro-Gbagbo ». Une question se pose désormais. Maintenant que l’hypothèse Yaokro s’est révélée bidon, Ramaël explorera-t-il officiellement celle de l’homme avec qui il est en contact secret depuis des semaines ? «Depuis sept ans, le juge d'instruction Patrick Ramaël fait un travail remarquable qui consiste à explorer toutes les pistes, toutes les hypothèses pour pouvoir fermer des portes», a dit hier Alexis Gublin, l’avocat de la famille du disparu. Une telle logique devrait amener à explorer la piste « Gorge profonde » en toute transparence. Y compris pour la fermer définitivement.


Les méthodes douteuses de Ramaël, l’honneur perdu de la presse française

Le dénouement de « l’affaire du squelette » remet sur le tapis la question des méthodes étranges du juge Ramaël. Ce n’est pas la première fois qu’il met médiatiquement en orbite un témoin-clé aux confidences farfelues. Avant « le vilageois de Yaokro », il y a eu Berté Seydou, chauffeur supposé de Jean-Tony Oulaï, qui a tout de même réussi à avoir un visa pour aller en Europe ; Germain Bahagbé, collaborateur de Oulaï qui s’est vite rétracté ; Paul Nobila Zinsonni alias « Major Gossé », qui a, lui, témoigné avec une fausse carte d’identité ivoirienne. Tous ces témoignages, contradictoires les uns avec les autres, dont le seul point commun est qu’ils accablaient des proches de Gbagbo, ont été [...]"


Lire la suite sur Le Nouveau Courrier...




vendredi 13 janvier 2012

Affaire Kieffer - Le squelette a parlé : quand le contre-feu fait long feu.


"De nombreux éléments avaient laissé penser que la dépouille découverte le 6 janvier à l'ouest d'Abidjan était celle du journaliste indépendant qui enquêtait sur des malversations, notamment dans la filière cacao", écrit Libération en introduction d'une dépêche AFP. Libération aurait dû - devrait - lire Le Nouveau Courrier !


Voilà un aveu de taille que fait Libé sans avoir l'air de s’en rendre compte ! Quels sont les "nombreux éléments", avérés totalement faux, sinon les nombreux préjugés anti-Gbagbo, qui sont aussi ceux de Ramaël, qui font qu'on connaît a priori le(s) coupable(s), "l'enquête" consistant donc non pas à le(s) chercher, mais à trouver des éléments qui accablent ces "coupables" décrétés d'avance - ce "coupable" décrété d'avance !

Un fanatisme dans l'a priori, qui est allé cette fois, comme s'en est scandalisé un médecin sénégalais, jusqu'à la profanation d'une tombe ! En connaissance de cause, souligne le Nouveau Courrier, qui constate qu'il s'est agi tout simplement d'un contre-feu médiatique visant à étouffer ce que ses investigations ont dévoilé.

Il suffirait portant de lire les articles de Kieffer pour y découvrir qui il mettait en cause !

Libé cite l'AFP, les deux habités de ce même préjugé, qui conduit l'AFP, justement, qui découvre, tardivement, que des villageois lui avaient confié que le cadavre exhumé était celui d'un noir... On n'en est pas à une manipulation près. Quel crédit peut encore avoir la presse officielle ?



Un inédit des Doors :
She Smells So Nice by The Doors Official


jeudi 12 janvier 2012

ADN : le squelette n'est pas celui de Kieffer






Mort d'un juste...


... (évidemment) dans le silence total des grands médias...


... qui n'avaient cessé de le calomnier, légitimant l'obligation qui lui a été faite de vivre dans des conditions misérables, qui l'a privé de soins en temps voulu...


mercredi 11 janvier 2012

L'article de G.-A. Kieffer qui avait tout déclenché : une accusation du trader de Ouattara


Financement de la rébellion ivoirienne : voici l’article de Guy-André Kieffer qui accusait Anthony Ward, le trader de Ouattara

Par Guy-André Kieffer. Publié d'abord sur Fraternité Matin en novembre 2002. Extrait du Nouveau Courrier qui l'a remis sous presse (n° 411 du 90.01.12).

Cet article paru le 25 novembre 2002 sur abidjan.net et repris à l’époque par Fraternité-Matin (quotidien gouvernemental - à l'époque gouvernement Gbagbo) a été celui qui, pour la première fois, évoquait la spéculation meurtrière d’Armajaro, dont le fils de Dominique Ouattara est aujourd’hui le responsable Afrique :



"Une information transmise le jeudi 24 octobre 2002 en soirée, fait état qu'une société britannique de négoce, récemment implantée au Ghana et en Côte d'Ivoire : ARMAJARO, a remis, ces dernières semaines, une somme importante à un groupe de personnes dans le but d'entreprendre une déstabilisation de la Côte d'Ivoire.

La somme serait au minimum de cinquante millions de dollars américains, soit environ une trentaine de milliards de francs CFA.

Cette information, qui a été validée auprès de traders de cacao, des banquiers internationaux, des financiers et des sources politiques proches des milieux d'affaires américains radicaux, donne une explication plausible, très vraisemblable et hautement probable, sur l'origine de la principale source de financement de la rébellion armée du nord débutée en Septembre 2002.
Cette information met en évidence les objectifs réels poursuivis par les auteurs de ce financement des rebelles dirigé par Soro Guillaume et très proche d’Alassane Ouattara ; elle permet d'expliquer en partie, de comprendre et de relier toute une série d'évènements qui ont marqué depuis plusieurs mois la vie économique de la Côte d'Ivoire et notamment dans le secteur clé du cacao.


Armajaro et AIG Fund : les financiers de la déstabilisation

Armajaro : cette société de négoce, dont les bureaux sont à Londres, mais dont le siège social est basé dans un paradis fiscal – les îles Vierges britanniques– est dirigée par Anthony Ward. L'an passé, ce négociant britannique a été l'un des principaux fournisseurs de cacao du groupe agroalimentaire américain ADM, une société présente en Côte d'Ivoire dont les intérêts sont très étroitement liés à ceux de Sifca, Sifca Coop et d'Anaproci Sa.


Armajaro dispose d'un agrément d'exportateur de cacao en Côte d'Ivoire depuis peu de temps.

La filiale ivoirienne d'Amajaro est associée avec Daniel Usher qui est un proche de Georges Ouegnin, lui-même ayant été l'interface entre Anthony Ward et Houphouët-Boigny lors de la guerre du cacao en 1988-1991. Daniel Usher est également très proche d'Ali Anjani, un trader de sucre, proche de Victor Nembelissini qui assurait, à l'époque où il travaillait à Equator Bank ses financements. Daniel Usher et Victor Nembelissini sont très proches d'Alassane Ouattara et d'Yves Lamblin, même si les relations entre les deux hommes sont marquées par un violent antagonisme.

Au Ghana, Armajaro est dirigé par Steven White, un financier britannique expert de la gestion des fonds d'investissement spécialistes des matières premières sur les marchés à terme ainsi que des montages financiers mettant en jeu des sociétés financières off-shore.

L'essentiel des financements destinés aux rebelles auraient transité par la branche ghanéenne d'Amajaro. Plusieurs transferts de fonds en provenance de Londres, de l'ordre de 1,250 million de dollars (820 millions de francs CFA) à chaque fois, ont été identifiés par les Services spécialisés, ces dernières semaines. Certains de ces transferts en liquide ont été opérés et convoyés entre Londres et Accra par Monsieur Maignan, un homme d'affaires français qui, dans un passé récent, était l'homme de confiance pour les opérations financières de plusieurs dirigeants du PDCI.

Armajaro a été fondée par les anciens de Phibro (Philip Brothers), il y a cinq ans. Armajaro, durant ces quatre dernières années, a été impliquée à plusieurs reprises dans des « étranglements de marché » sur le marché à terme de Londres en association avec plusieurs fonds de pensions (AIG Fund, Tiger Fund du financier américain Georges Soros un proche de Victor Nembelissini et d'Alassane Ouattara, African Managment Fund, un fond d'investissement diversifié opéré en partie par la banque sud-africaine Absa, dirigé par Paul Martin, un ami de Frank Kennedy d'Equator Bank et de Victor Nembelissini). Anthony Ward est le conseiller cacao de Mama Ndyaye d'AIG Fund.


Les fondateurs d'Armajaro ne sont pas des inconnus en Côte d'Ivoire

Ils ont été des acteurs majeurs de la guerre du cacao en 1990.

A cette époque, pour limiter la sortie de cacao de Côte d'Ivoire, Anthony Ward et Derek Chambers n'avaient pas hésité à financer des troubles en pays Krou.

Anthony Ward ainsi que Derek Chambers disposent d'un réseau important de relations dans le monde politique ivoirien, notamment au PDCI, ainsi que des attaches avec plusieurs responsables du RDR. Ces liens étroits se sont noués lors de la guerre du cacao et se sont renforcés avec le règlement du dossier cacao qui opposait la Côte d'Ivoire à Phibro au début des années quatre-vingt-dix. Les deux hommes entretiennent d'étroites relations avec Georges Ouegnin, qui a été leur go-between avec les autorités politiques ivoiriennes de l'époque, et avec Daniel Usher, qu'ils ont financés (SICC) et avec lequel Anthony Ward s'est associé en début d'année pour installer Amajaro en Côte d'Ivoire.

Quelques années auparavant, ces mêmes traders, dans la même structure (Phibro) avaient activement participé au montage du volet financier du coup d'état contreSalvador Allende au Chili.

Cette participation, couplée aux positions de Phibro sur les marchés à terme du cuivre de Londres (LME) et de New York (Comex), avait permis à ces traders d'engranger une plus-value estimée à 14 milliards de dollars américains.

Avant d'être trader chez Phibro, Anthony Ward a appartenu au MI 5, le service secret britannique.

Certains des ex-traders métaux de Phibro ont été, à une époque récente, lourdement impliqués dans des opérations de déstabilisation dans l'ex-Zaïre, notamment pour le contrôle de la production de coltran, un alliage métallique stratégique. Cette participation a été mise en évidence dans un rapport des Nations-Unies sur le pillage des richesses minières du Congo démocratique. (Voire aussi "Du Zaïre De Mobutu Au Congo De Kabila"). Une partie des financements pour ces opérations a transité par les banques sud-africaines Absa et Equator.

Plus récemment des membres de cette équipe de traders, dont certains ont rejoint le broker américain Refco, en association avec AIG Fund, ont participé à deux tentatives de déstabilisation du Président Hugo Chavez du Venezuela. Le motif étant, cette fois, le pétrole.
AIG Fund: Ce fond d'investissement de droit américain basé à New York, spécialiste des placements sur les marchés à terme de matières premières, est une filiale du premier assureur américain, AIG. Sa branche « fond d'investissement » sur les marchés de matières premières est dirigée par le sénégalais Mama Ndyaye.

Cet homme est très lié aux familles Diouf, (actionnaire indirect du groupe de négoce américain ADM, premier utilisateur mondial de cacao) et Wade, ainsi qu'à plusieurs personnalités ivoiriennes dont l'actuel directeur de la CAA, Victor Nembelissini, un proche d'Alassane Ouattara. C'est également un proche d'Yves Lamblin, le président du groupe Sifca, un groupe agro-alimentaire ivoirien très endetté (130 milliards de francs CFA, après intégration de la totalité des dettes des filiales), proche de la cessation de paiement.

Mama Ndyaye est également un proche du banquier français Jean-Luc Lecorre, directeur d'African Merchant Bank, principal créancier de Sifca, et membre actif du Club Jean Jaurès.

Ces trois dernières années, AIG Fund a participé en association avec Armajaro, à plusieurs opérations de déstabilisation sur les marchés à terme du cacao de New York et de Londres.
A la veille des attentats du Word Trade Center en septembre 2001, AIG Fund contrôlait plus de 150.000 tonnes de cacao en filière sur les marchés à terme. Ce cacao a été transféré à Armajaro entre novembre et décembre 2001.

L'attentat du World Trade Center ainsi que la chute du marché des actions depuis près d'un an ont entraîné de très lourdes pertes pour AIG Fund qui cherche depuis à rattraper ces moins-values par une participation intense sur les marchés à terme du cacao.


Le mécanisme de financement des rebelles:

Selon une source américaine, confirmée par des informations concordantes en provenance des mondes du négoce, de la finance et de sources internes aux milieux radicaux américains, Armajaro a fait parvenir aux différents acteurs de la rébellion une somme de l'ordre de 50 millions de dollars américains, soit 35 milliards de francs CFA. Ce montant est corroboré par des informations qui sont remontées au Renseignement militaire ivoirien, ainsi qu'aux services maliens.

Amajaro et ses associés dans l'opération disposent des moyens financiers et des motifs suffisants pour lancer une opération de déstabilisation majeure dont la principale victime est l'Etat de Côte d'Ivoire. Le mécanisme s'est peu à peu mis en place, et ce, à partir de la fin novembre 2001.


Une mécanique infernale

A l'origine de l'opération, il s'agit essentiellement d'une opération financière à très haute rentabilité, dont l'objectif final n'était pas une déstabilisation de la Côte d'Ivoire, mais l'obtention d'un gain considérable sur les marchés à terme du cacao et sur la revente des stocks de cacao physique entreposés dans les ports européens.

La nécessité d'une déstabilisation de la Côte d'Ivoire s'est imposée, à partir de juillet, lorsqu'il est apparu évident aux initiateurs de l'opération cacao, Armajaro et AIG Fund, que la gestion de leurs positions sur les marchés à terme du cacao, à partir de la fin juin, nécessitait un passage à une dimension supérieure pour sauvegarder un gain potentiel s'inscrivant dans une fourchette de 500 à 800 millions de dollars américains, soit 280 à 450 milliards de francs CFA.

La nécessité d'une déstabilisation s'est avérée indispensable après que l'enterrement de la réforme cacao en Côte d'Ivoire soit devenu un fait acquis alors que la botanique et les prévisions de récolte sur la campagne principale 2002/2003 ont déjoué en partie les résultats escomptés par l'échec de la réforme de la filière cacao en Côte d'Ivoire.

En juillet les anticipations laissaient présager une bonne récolte principale 2002/2003 (980.000 à 1 million tonnes). Cette prévision s'appuyait sur un usage en forte hausse des engrais et des produits phytosanitaires dans les plantations de cacao par les planteurs lié à une amélioration sensible du revenu paysan.


La chronologie

L'opération Amajaro débute en novembre dernier avec le transfert à Armajaro de la quasi-totalité de la position cacao d'AIG Fund. Le reliquat est transféré à ADM Etats-Unis.

A partir de ce moment, Armajaro achète sur le marché à terme près de 650.000 tonnes de cacao-papier et constitue un stock de 210.000 tonnes, soit 5% de l'offre mondiale de cacao. Acheté entre 750 et 900 livres la tonne, cette position cacao est valorisée à plus de 1.400 livres la tonne, soit un gain de … 85% à la fin juin 2002.

L'envol des cours sur le marché à terme a poussé les utilisateurs de cacao, les broyeurs, à réduire considérablement leur taux de couverture (stock).

Ils abordent la pleine saison (octobre-décembre 2002) avec des stocks à minima.

Pour obtenir une valorisation maximum des stocks, qui ont été bloqués par Armajaro jusqu'à la fin novembre afin de réduire les coûts de stockage, il faut que le cacao ivoirien de la nouvelle récolte arrive le plus tard possible sur le marché international.

Ce retard doit permettre à Amajaro de réaliser une plus-value de 500 à 800 millions de dollars américains.


Les obstacles à lever

Pour parvenir à cette fin, Amajaro et AIG Fund ont opéré en plusieurs étapes.

Dès novembre dernier, puis en décembre, Anthony Ward estime que la réforme cacao en Côte d'Ivoire est un obstacle majeur à son opération sur le marché à terme.

Il s'agit de faire capoter la réforme. Pour arriver à cette fin, trois axes d'intervention seront retenus : Un axe institutionnel via un intense lobbying auprès de la Banque Mondiale et surtout auprès du FMI, qui en théorie n'a pas de compétence en matière agricole et d'organisation de filière ;

Un axe « politique » avec des interventions soutenues par divers relais auprès du ministre des Finances ivoirien Bouhoun Bouabre et ses collaborateurs, via Victor Nembelissini. Deux axes secondaires d'intervention sont également retenus pour « casser la réforme » avec pour relais Patrick Achi, ex-délégué général au cacao sous le régime Guei et Emile Boga Doudou dont la fonction implicite est de convaincre l'épouse du Président, Simone Gbagbo, que la réforme de la filière cacao telle qu'elle est organisée va à l'encontre des intérêts des notables FPI dans sa zone d'influence (partie du pays Akan) . Un relais secondaire passe également par l'ex-Premier ministre du général Guei, Seydou Diarra. Ce dernier va intervenir via ses « petits », Patrick Achi et Edouard Messou;

Un axe local par le biais de relais locaux dans la filière ivoirienne du cacao tel que l'Anaproci d'Henri Amouzou, Sifca d'Yves Lamblin, l'UNOC de Jacques Mangoua et des banquiers du cacao, tel que Jean-Luc Lecorre d' AMB-BIAO. Cette action s'appuie également sur des personnes disposant d'un accès direct au couple présidentiel tel que Guy-Alain Gauze, ex-ministre PDCI des Matières premières, ou Illa Donwahi, P-D-G de Delbau, franc-tireur de la filière cacao.
Une réunion est organisée à Paris entre des représentants de Refco Etats-Unis (Chicago, New York), d'Amajaro et de André Souhma d'ACE.

A ces deux réunions participent pour le ministère ivoirien de l'Economie et des Finances, Oussou Kouassi, tandis que Bouhoun Bouabre, reçoit la visite de l'équipe de Refco à son hôtel, le Marriott de Neuilly.

Le principe de l'arrêt de la réforme de la filière cacao, donc des ventes à terme, est arrêté dès ce moment. Cette décision est prise unilatéralement par le ministre des Finances sans en référer ni au Président, ni au Premier ministre.

Cette décision est habillée pour la partie ivoirienne par le transformation de la CAA en une banque de développement destinée à financer les coopératives de producteurs et à fournir à ces derniers une assurance garantie prix bord champs.

L'éviction, en février, du ministre de l'Agriculture de l'époque, Alphonse Douati, puis son remplacement par un proche de l'Anaproci, rend possible l'avancement du plan initié par Amajaro et AIG Fund : une désorganisation de la filière cacao. Systématiquement, les propositions en provenance de la Primature sont combattues. La mise en place des institutions nécessaires à la mise en place de la réforme sont différées et lorsqu'elles parviennent à être installées, leur contenu est dénaturés à l'exemple du FRC.

Parallèlement, Victor Nembelissini, qui, jusqu'en septembre 2001, alors qu'il se trouvait aux Etats-Unis, était l'un des plus virulents critique de la politique économique ivoirienne totalement en phase avec les attaques d'Alassane Ouattara où il vilipendait la gestion FPI, arrive à la tête de la CAA. Il découvre tout l'intérêt que sa structure, la CAA, peut tirer de la mise à mal de la réforme de la filière cacao et d'une participation active à l'opération lancée par Armajaro. Il prend langue dès lors avec Paul Martin d'Absa et propose des financements, de fait à fonds perdus, à Sifca Coop et à ses satellites.

En proposant un système de garantie de prix articulé sur le marché des options cacao et en prenant des positions identiques à celles prises par Anthony Ward via Refco Etats-Unis, la CAA est en mesure de se renflouer en partie en s'appuyant sur le réseau Sifca Coop d'Henri Amouzou et sur le couple Sifca-ADM d'Yves Lamblin ainsi que Mimran/Diouf, actionnaires d'ADM. Pour réaliser cet objectif, il est nécessaire que le prix du cacao en Côte d'ivoire soit libre et qu'une réforme reposant sur des ventes à terme qui garantissent la transparence des prix soit abandonnée. Pour obtenir un appui des planteurs pour cette option, Victor Nembelissini n'hésite pas à leur faire miroiter un quasi-monopôle dans la commercialisation intérieure du cacao. L'Anaproci, le FDPCC, Henri Amouzou et San San Kouao mordent à l'hameçon, sans forcement en deviner les enjeux réels.

Des éléments concordants laissent à penser que la CAA, via des fonds off-shore contrôlés par la banque sud-africaine Absa, a pris des positions sur le marché des options cacao.

Ces achats d'options sur des niveaux définis par Refco et AIG Fund donnaient la certitude à la CAA de n'avoir rien à rembourser aux planteurs en raison d'un prix garanti bord champs relativement bas (650 francs cfa du kilo).

En revanche, la CAA était assurée de conserver à son profit la totalité des gains occasionnés par ses positions sur le marché des options cacao.

Cette construction donne lieu à de multiples rencontres à New York entre Bouhoun Bouabre, Zohore, Victor Nembelissini, Refco Chicago, ACE d'André Souhma. Cette construction est renforcée par le choix « d'experts » complaisants de la Banque mondiale, violement opposés au principe d'une commercialisation intérieure et extérieure ordonnée du cacao par la Côte d'Ivoire.
Parallèlement, Anthony Ward et une partie du staff dirigeant d'Amajaro multiplient les rencontres avec Henri Amouzou du FDPCC, Anaproci et Sifca Coop pour finaliser un circuit privilégié d'approvisionnement et les convaincre que la réforme de la filière cacao doit s'arrêter.


Le passage à la déstabilisation de l'Etat

Logiquement, l'opération financière Amarajo aurait du s'arrêter à ce niveau. Mais la botanique est venue déjouer en partie ce plan.

Dès la fin juin 2002, il est apparu évident que la récolte principale ivoirienne serait au moins égale à la précédente, si ce n'est supérieur en raison d'une forte augmentation de l'usage des engrais entraîné par la hausse des cours du cacao.

Dans ce contexte, le portage par Armajaro et AIG Fund sur les marchés à terme d'une position de 650.000 tonnes devenait aléatoire et les espoirs d'un gain mirifique (500 à 800 millions de dollars) s'éloignaient si le cacao ivoirien sortait en temps et heure à partir d'octobre.
Dès la mi-juillet, Armajaro, en interne, évoquait la possibilité de dégager une somme de l'ordre de 50 à 80 millions de dollars pour « tenir le marché ».

Dès cette époque, plusieurs traders, et encore récemment Sucden, estimaient plus que probable qu'Armajaro pour « sauver » 500 millions de dollars « n'hésiterait pas à entreprendre un coup ».


La révolte des « mutins »

Les réseaux d'Anthony Ward et de Mama Ndyaye ont été mis en action afin d'identifier un terreau fertile à une forte perturbation des sorties de cacao de Côte d'Ivoire (comme déjà expérimenté avec le peuple Krou dans les années 90).

L'existence de déserteurs de l'armée ivoirienne au Burkina Faso, au Ghana et au Mali, doublée d'un mécontentement latent des populations du nord de la Côte d'Ivoire à l'encontre du pouvoir central, a servi de cadre à l'opération.

Dès lors, un habillage politique (RDR) et revendicatif (MPCI) a pu être utilisé pour masquer les buts purement financiers poursuivis par Armajaro, AIG Fund et la CAA.

Il est d'ailleurs à noter que dès la première semaine, les mutins ont abandonné de fait l'objectif d'une descente vers Abidjan pour se redéployer vers les zones de la boucle cacao et entraîner les perturbations que l'on sait dans la collecte du cacao dans la boucle principale.

Ce redéploiement a eu pour effet de pratiquement assécher les sorties de fèves sur San Pedro (15.000 tonnes semaine, soit trois fois moins que la normale en pareille période).

Par voie de conséquence, les cours du cacao se maintiennent au-delà des 1.400 livres la tonne. Surtout, les stocks de fèves aux mains d'Armajaro sont valorisés à leur maximum par les achats de broyeurs en mal de fèves pour la préparation des fêtes de Noël et de fin d'année.

C'est ainsi qu'un investissement de 50 millions de dollars génère une plus value de l'ordre de 500 à 800 millions de dollars américains.


En conclusion

Si le gain est considérable – de 500 à 800 millions de dollars -, l'investissement consentit par Amajaro et AIG Fund est à la hauteur des gains à réaliser.

Entre les coûts d'entrée sur le marché, le stockage, les appels de marges sur les marchés à terme et les financements divers, la mise initiale est de l'ordre de 2 à 2,5 milliards de dollars, soit 1.300 milliards de francs cfa.

L'ampleur de la mise impose à ces promoteurs, une obligation de résultats.

Peu importe qu'un Etat soit durablement déstabilisé, – il faut se souvenir que le Chili a mis cinq ans pour se remettre d'une crise d'une année -. L'opération initiée par Armajaro et AIG Fund est trop avancée pour être arrêtée.

On comprend mieux les très violentes attaques lancées contre la réforme de la filière cacao et contre les personnalités qui la défendent.

On comprend également les menaces répétées dont ont fait l'objet les rares personnes capables de décrypter l'opération en cours. Ce genre de manipulation, contrairement à ce que l'on pourrait penser, ne nécessite qu'un nombre très réduit de personnes partageant le secret.

Au plus une dizaine de personnes chez Armajaro, AIG Fund, Refco, disposent des éléments complets du puzzle. Il est évident également qu'au niveau ivoirien, Victor Nembelissini a disposé de la quasi totalité des cartes et des enjeux. D'ailleurs, il avait prévu un départ définitif pour les Etats-Unis à la fin décembre de cette année.

Pour le reste, des bribes d'informations sur l'enjeu réel ont dû être diffusées à un certain nombre d'acteurs ivoiriens, qui ont été « rémunérés » en miettes mais qui ne disposaient pas de la finalité réelle de l'opération.

Ainsi, il est probable, sans toutefois en avoir la certitude, que le ministre des Finances, Bouhoun Bouabre a été impliqué dans l'opération sur la base de son âpreté au gain, mais la technicité de l'opération exclut qu'il ait été mis dans la totalité du secret.

De même, son directeur de cabinet est impliqué à la marge.

Il est évident qu'Henri Amouzou a plus été utilisé dans cette opération, il en est de même pour l'Anaproci qui a eu un rôle d'élément déstabilisateur, mais qui n'ont pas perçu la totalité des enjeux en cause.

En revanche, il est a peu près certain qu'ADM, du moins les actionnaires reliés à la famille Diouf et Mimran, ainsi qu'Yves Lamblin et son banquier African Merchant Bank ( Jean-Luc Lecorre) ont été « initiés » à des degrés qui restent à définir.

Les acteurs « politiques » proches du PDCI ou du RDR ne paraissent pas être des acteurs directs de cette déstabilisation de la Côte d'Ivoire. Ils ont agit plus par opportunisme en fonction des circonstances que comme des maîtres d'œuvre de l'opération. Les mutins, du moins pour les hommes impliqués dans les opérations sur le terrain en Côte d'Ivoire, paraissent ne pas avoir disposé de la totalité des cartes et semblent plus avoir été manipulés qu'être des acteurs concepteurs. Ils ont profité d'une opportunité importante de financement sans trop s'inquiéter ou s'interroger sur l'origine réelle des fonds dont ils disposaient.

Néanmoins, les initiateurs de l'opération ont joué indirectement sur un terreau favorable et ont tout a été fait pour les mettre en avant de telle manière que l'arbre masque la forêt. La subtilité de l'opération montée par Armajaro et AIG Fund est telle que les acteurs et les appuis indirects ont disposé dès le début de l'opération en décembre d'une marge d'autonomie considérable. Elle a été d'autant plus grande que leurs actions sur le terrain ivoirien entraient parfaitement en phase avec les objectifs financiers poursuivis par Armajaro et AIG Fund.

Il est aussi évident que des gouvernements étrangers et notamment une frange de l'Administration américaine a été mise au courant d'une partie de l'opération.

Il suffit de savoir que lors des opérations précédentes de déstabilisation d'un Etat, AIG Fund a demandé un blanc-seing et a présenté, une partie de ses objectifs, à l'Administration américaine.

Selon la même source, l'Ambassadeur de France en Côte d'Ivoire [...]"

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mardi 10 janvier 2012

"Le village du squelette"


Découverte supposée des restes de Kieffer. Les villageois se souviennent de l'enterrement du squelette exhumé : l'homme était noir...




Affaire Kieffer : à Yaokro, «village du squelette», les FRCI intimident les populations

par Gérard Koné, envoyé spécial à Zéga et à Yaokro. extrait du Nouveau Courrier n° 412 du 10/01/12 :

Yaokro, une bourgade d’une centaine d’habitants essentiellement composés de Baoulé et de ressortissants béninois (à qui se sont ajoutés ces dernières années des Dioula et Burkinabé) a vu son quotidien basculer subitement, avec la mystérieuse découverte du squelette le plus célèbre de la décennie, celui supposé de Guy André Kieffer.

Dans ce village, allogènes béninois et allochtones baoulé sont surpris de cette «banale» affaire de restes humains, qui a pris subitement des allures d’affaire d’Etat. Le jeune Kouamé, gérant de cabine, ne cache pas sa gêne et sa stupéfaction

devant cette affaire. «Mais personnellement, nous sommes surpris. Sinon ce corps-là, celui qui a été exhumé, a été enterré je crois en 2004 ou 2005 devant tout le monde. C'est-à-dire devant l’ex-commandant de brigade de Saïoua et ses éléments qui avaient fait le constat d’usage en son temps, devant les chefferies bété de Zéga, baoulé et béninoise de Yaokro. Le sous-préfet lui-même était présent. En tout cas, cela ne s’est pas fait en cachette. Aujourd’hui, les gens viennent exhumer les restes de ce corps et nous apprenons autre chose. Franchement, le corps en question n’avait pas l’allure d’une personne de race blanche à l’époque. Si les choses ont changé, c’est autre chose», nous confie-t-il discrètement. Avant de nous faire savoir que le village a reçu ordre de ne parler à quiconque concernant cette affaire. Des consignes ont été formellement données en ce sens : toute personne qui souhaiterait avoir des informations devrait être orientée chez le chef du village.


«Ce sont les Blancs qui ont la technologie, mais ils ne peuvent pas nous tromper»

Pendant que nous échangions discrètement, une femme s’approche de nous et échange en langue baoulé avec le jeune. Avant de nous interroger : «Cette affaire-là est si sérieuse ?» Nous tentons de lui expliquer qui était Guy André Kieffer. Elle tombe des nues. «Franchement, le corps qui avait été enterré sur les bords de la rivière n’avait rien d’un Blanc. C’est parce que le commandant de gendarmerie de l’époque (de Saïoua dont dépend Yaokro, ndlr) est décédé et en plus, les archives avec la crise-là ont dû être saccagées. Sinon tout était à la gendarmerie. Ici, nous-mêmes avons été surpris quand on a appris que les restes qu’ils sont venus prendre là appartenaient à un Blanc. Bon, ce sont eux qui ont la technologie, ils savent comment ils ont su. Mais ils ne peuvent pas nous tromper. A moins que ce Kieffer là soit d’origine noire», explique-elle. Avant de nous avertir que les villageois ont peur de parler de cette affaire, depuis que des éléments des Frci surveillent le village et surtout la rivière Gorée, là où un squelette humain aurait été exhumé.

En tout cas, une ambiance lourde pèse désormais sur le gros campement de Yaokro. Allou Kouamé, chef du village de Yaokro que nous avons vu furtivement de passage sur sa moto, a laissé entendre qu’il ne savait pas grand chose de cette histoire. «Un corps qui avait été enterré ici, il y a plusieurs années, ce sont ces restes que les gens sont venus chercher. Ils disent qu’ils avaient des informations sur son identité. Ils sont venus avec les Frci, ce sont les Dahomey (Béninois, ndlr) qui les ont aidés à déterrer le corps (les restes humains, ndlr). Nous n’avons rien à voir avec cette affaire. Et moi je suis serein. Quand on me demande, je dis ce que je sais, c’est tout », lâche-t-il, avant de nous inviter chez lui pour plus d’informations. Puisque sa notabilité l’y attend déjà.


Le chef du commando FRCI au chef baoulé : «Dites aux gens de ne pas parler aux journalistes»

Quelques minutes après la brève entrevue avec le chef du village et dans le souci d’en savoir davantage, notamment sur le fameux témoin qui aurait conduit les hommes de Ramaël à ce mystérieux squelette, nous nous aventurons vers le domicile du chef. Grande est notre surprise de constater que son domicile est désormais gardé par des éléments Frci, armes au poing. Nous prenons le risque d’arriver quand même sur les lieux. A peine nous a-t-on fait asseoir que nous entendons le chef du commando Frci dire au chef du village qu’ils sont là parce qu’on leur a fait savoir que des journalistes allaient venir les interroger. «Dites aux gens de ne parler à personne, surtout si quelqu’un se présente et vous dit qu’il est journaliste. Il faut qu’il ait la permission du commandant à Issia d’abord», fait-il savoir au chef du village. Le message est assez clair, les journalistes à la recherche d’informations doivent avoir un sésame du commandant des Frci d’Issia avant de faire leur travail. Nous prétextons discrètement [...]"

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lundi 9 janvier 2012

Découverte présumée des ossements de G.-A. Kieffer


"S’ils font tant de bruit, c’est parce qu’ils sont convaincus que c’est le squelette de Kieffer" : passages en boucle, agitation médiatique d'anciens faux scoops tel un fameux "officier ivoirien" (au grade, "major", inconnu dans l'armée ivoirienne) accusant "le clan Gbagbo"... Parmi d’autres faux scoops, tous démentis depuis, sur d'autres "témoins", contradictoires, avec chacun son lieu différent d'enterrement "vu de ses yeux". Jusqu'à la dernière manip., en cours sur nos médias.



"Le grossier montage du régime Ouattara et de la France"

Par Coulibaly Zié Oumar. Extrait de Notre Voie n° 4029 du Lundi 9 Janvier 2012 :

"Où va-t-on dans l’affaire Kieffer ? Depuis 7 ans, le juge français Patrick Ramaël court et se laisse mener en bateau. Le dernier rebondissement dans cette affaire politico-mafieuse, c’est l’annonce de la découverte «spectaculaire» des restes du journaliste franco-canadien, Guy André Kieffer, à Issia, à 400 km d’Abidjan, au centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Après avoir, depuis 2004, bêché les terres de la forêt et les sites aux alentours d’Abidjan, un mystérieux témoin, sorti une fois encore d’on ne sait où, a filé la piste d’un campement baoulé de Yaokro, dans la sous-préfecture de Saïoua, dans le département d’Issia. C’est là, dans la broussaille, que, selon le juge Patrick Ramaël, le squelette de Kieffer a été découvert.

Sauf que, dans cette affaire, l’opération s’est faite selon une procédure aux antipodes des règles administratives traditionnelles en vigueur. En effet, l’opération d’exhumation des restes de Kieffer a été menée en catimini. Selon nos informations, le juge français a été accompagné à Yaokro par un détachement de soldats de l’Onuci et des Frci. L’exhumation a été faite par les jeunes du village avec qui les soldats de l’Onuci ont, auparavant, pris part à un match de football. De bonnes sources, ni le maire de Saïoua, ni le sous-préfet de Saïoua, dont dépend Yaokro, ni le préfet du département d’Issia, ni le préfet de l’ex-région du Haut Sassandra installé à Daloa, ni le procureur du tribunal de Daloa, qui a autorité sur Issia, ni la gendarmerie n’ont été associés à cette opération d’exhumation. Ce qui montre son caractère mafieux. Pourquoi les représentants légaux de l’Etat de Côte d’Ivoire, dans cette partie de la Côte d’Ivoire, n’ont pas été associés à l’opération ? L’exhumation devait, à tout le moins, se faire en leur présence, vu l’intérêt médiatique et politique que Paris et Ouattara donnent à cette affaire. Pour n’avoir pas observé cette démarche administrative, l’on est en droit de douter de la véracité de cette découverte.


Les restes de Kieffer ont-ils été déportés ?

Oui, on peut le dire sans risque de se tromper qu’il y a un gros doute sur cette découverte. Pourquoi ? Notre confrère Le Nouveau Courrier, dans sa parution de samedi, a rendu publics les propos de Bernard Kieffer, le frère de Guy-André. Celui-ci a affirmé que c’est «sur la foi d’informations qu’il a obtenues voilà quelque temps» que le juge français s’est rendu à Saïoua. Toujours selon Bernard Kieffer, «le juge n’avait pu aller vérifier le témoignage sur l’emplacement du squelette, car c’était en pleine zone contrôlée par le camp Gbagbo».

La première information qu’on peut tirer de cette affirmation du frère de Kieffer pour justifier - maladroitement du reste - la découverte d’Issia, est que le juge Ramaël disposait de cette information depuis longtemps, du temps de la présidence du président Laurent Gbagbo.

La deuxième information est que le juge français aurait refusé de s’y rendre parce que la zone d’Issia se trouve dans une zone contrôlée par le camp Gbagbo. L’analyse à faire, à ce niveau, c’est que le juge Ramaël a de tout temps collaboré avec les autorités de la Côte d’Ivoire de l’époque. Le procureur de la République d’alors, Tchimou Raymond, a été toujours à sa disposition. L’homme de loi avait même, à sa demande, pu interroger le ministre d’Etat, ministre du Plan et du Développement du gouvernement Gbagbo, Paul Antoine Bohoun Bouabré, Simone Gbagbo, l’épouse du chef de l’Etat, des militaires et gendarmes cités dans l’affaire, des proches conseillers de Laurent Gbagbo dont Bertin Kadet, mais aussi Michel Légré, ami et confident de Guy-André. Le juge Ramaël et son équipe ont eu à effectuer ici à Abidjan, des fouilles dans la forêt du Banco, sur l’autoroute du Nord et dans bien d’autres endroits du Sud, fief de Laurent Gbagbo. Ils n’ont jamais été inquiétés. Pourquoi Ramaël n’a pas demandé aux autorités la permission de se rendre à Issia ? Si un refus lui était opposé, l’armée française est bien présente sur le territoire ivoirien. L’Onuci aussi. Tout ce monde aurait pu l’accompagner là où il voulait pour la manifestation de la vérité. Mais, il a préféré se taire alors qu’il possédait cette information capitale. C’est tout simplement suspect. Et cela sent la manipulation politique.

Cela va faire bientôt 9 mois que Ouattara est parvenu au pouvoir. Le juge Ramaël était pourtant à Abidjan en novembre dernier. C'est-à-dire 8 mois après l’arrivée d’un régime favorable à Paris. Pour autant, il ne s’est pas rendu à Issia alors qu’il disposait déjà de cette information, selon le frère de la victime. Il a fallu son dernier voyage à Abidjan où il a été accueilli par un témoignage rapporté par un confrère et accablant un proche de Ouattara, pour sortir subitement, avec fracas, la piste «gagnante» d’Issia. Tout ça renforce le doute et le sentiment de manipulation politique.


Campagne médiatique contre test génétique

Ce sentiment de manipulation est d’autant plus probant que la campagne médiatique qui a été orchestrée autour de cette découverte de squelette présenté comme celui de Guy-André Kieffer est spectaculaire. En effet, dès l’annonce de cette découverte par les services de Patrick Ramaël, la presse française fait défiler d’abord des bandes déroulantes pour donner l’information. Ensuite, des plateaux sont vite organisés pour confirmer l’information.

Selon des informations, une équipe de la presse internationale a même été convoyée, vendredi en début de soirée, pour accueillir, au niveau du corridor de Gesco, la délégation du juge Ramaël avec le supposé squelette de Kieffer. Au même moment, le même juge fait circuler l’information selon laquelle un test génétique sera fait dans la célérité pour dire si c’est vraiment Kieffer ou pas. Alors question : pourquoi faire tant de bruit si on n’est pas sûr que c’est le squelette de Kieffer ? Selon un observateur, s’ils font tant de bruit, c’est parce qu’ils sont convaincus que c’est le squelette de Kieffer. Dans ce cas, toujours selon notre observateur, ils ont transporté le squelette d’Abidjan à Issia pour accuser le ministre Bohoun Bouabré et attester que c’est le camp Gbagbo qui a tué le journaliste. Autre question : le ministre Bohoun est-il devenu subitement «bête, écervelé» pour oser tuer quelqu’un à Abidjan, transporter son corps dans sa région d’origine et le faire enterrer à quelques encablures de son village? [...]"

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