mardi 29 novembre 2011

Un militaire témoin des circonstances du coup d'Etat du 11 avril raconte...



Fidèle à Gbagbo jusqu’au bout, un militaire en exil : « Les secrets de l’assassinat de Tagro »

Interview réalisée par Gérard Koné. Extrait du Nouveau Courrier du 24/11/11 :

"Un pur produit de l’Empt et de l’école des Forces armées, celui qui se présente sous le nom de Commandant Somodieu, a servi à la Garde républicaine. Détaché à la sécurité du président, il a combattu contre l’armée française à la résidence de Cocody, en avril dernier. Exilé au Ghana depuis quelques mois, il a risqué sa vie pour venir rétablir les faits, notamment les derniers instants du 11 avril et surtout «les circonstances exactes» de l’assassinat du ministre Tagro. «Les Ivoiriens ont soif de savoir la vérité, ce qui s’est réellement passé. Il y a beaucoup de choses qu’on leur a cachées», confie-t-il.

Pourquoi avez-vous décidé de garder l’anonymat quand bien même vous voulez divulguer certaines informations ?

J’ai décidé de garder l’anonymat, il faut que je sois sincère avec vous, je suis bel et bien sur la liste des personnes recherchées, qui doivent être entendues par le tribunal militaire. C’est pour cela que j’ai décidé de garder l’anonymat.

Vous étiez dans quel corps de l’armée ?

J’étais militaire, anciennement de la Garde républicaine à Treichville. Beaucoup d’Ivoiriens, y compris même mes proches, pensent que l’armée a trahi. Laissez-moi dire aux Ivoiriens que l’armée, les Fds n’ont pas trahi. Ils ont mené le combat qu’il fallait. C’est Dieu qui a le dernier mot, il faut que les Ivoiriens sachent cela. Et Dieu n’est pas un dieu injuste, c’est un Dieu de justice. Je vous le répète, il ne sert à rien de baisser les bras, demeurez en prière, la situation va se régulariser bientôt.

Mais vous dites que les Fds n’ont pas trahi, alors que les actes posés par plusieurs de vos supérieurs trahissent vos propos.

Vous savez nos supérieurs ont eu à poser des actes ou à faire des déclarations, pendant et après la crise. Mais sachez une chose et tout le monde le sait, les Fds n’ont pas abandonné les Ivoiriens encore moins le président Gbagbo. Nous avons combattu jusqu’à ce que le président Laurent Gbagbo lui-même nous a demandé, entre le 9 et le 10 avril 2011, d’arrêter le combat et c’est pourquoi, nous avons arrêté. Beaucoup de choses se sont passé entre le 27 mars et le 11 avril.

Pourquoi cette période spécifique du 27 mars au 11 avril ?

Parce que c’est à partir du 27 mars que les Frci ont tenté à plusieurs reprises et par tous les moyens de prendre la commune du Plateau, sans succès. Et pourtant, ils avaient avec eux l’armée française, les soldats onusiens et les mercenaires burkinabés, maliens et nigérians. Nous combattions contre au moins 4 forces armées coalisées.

Lors de la bataille d’Abidjan, où étiez-vous ?

Nous avions mission de sécuriser la commune du Plateau. Mais mon détachement était prédisposé dans les environs de la Place de la République au Plateau, avec en ligne de mire les combattants ennemis qui venaient de Treichville. Les Frci et leurs soutiens français et onusiens ont vainement tenté de franchir le Pont Félix Houphouët-Boigny. Ils avaient en face d’eux une armée professionnelle et déterminée. A partir de la Carena, nous avons bouclé tout le périmètre du Plateau. Les soldats français et les Frci qui se sont hasardés dans la zone, s’ils sont encore vivants, peuvent témoigner. Ils avaient pour mission de prendre la Présidence, mais ils n’ont pas pu s’en approcher, durant une semaine de rude combat, disons jusqu’au 5 avril. Où les supérieurs nous ont demandé de rejoindre la résidence du président Gbagbo. Parce que c’est là-bas que les derniers combats, les derniers combats les plus rudes, allaient se faire.

Vous aviez rallié la résidence du Chef de l’Etat le 5 avril. Que s’est-il passé par la suite ?

C’était tout simplement effroyable, atroce et criminel. Pour ces jours passés là bas, il fallait véritablement être quelqu’un sans cœur qui supporter les atrocités perpétrées par l’armée française et les soldats onusiens. N’eût été l’intervention de l’armée française, les Frci ne pouvaient jamais, jamais entrer à la résidence du président Gbagbo. Parce que nous avions les armes et les hommes pour nous défendre. Au passage, j’aimerais saluer la mémoire de tous ces étudiants et civils martyrs qui ont fait le sacrifice de leurs vies, pour l’instauration de la démocratie. Je reviens pour dire que nous avions des hommes et le courage, l’armement nécessaire pour combattre, même pendant deux ans les Frci n’allaient jamais prendre le dessus sur nous. Mais c’est l’armée française qui bombardait la résidence du président Gbagbo, malgré la présence de plusieurs centaines de civils aux mains nues dans le périmètre.

On parle de plusieurs civils tués lors des bombardements de l’armée française.

Il y a eu assez de civils qui ont été tués. L’armée française s’est rendu coupable d’un véritable crime de guerre, crime contre l’humanité en massacrant avec ses hélicos de combat des centaines de civils dans le périmètre présidentiel. Aujourd’hui, quand on voit que des mandats d’arrêts internationaux sont lancés contre telle ou telle autre personnalité proche du président Gbagbo, nous sommes tout simplement écœurés. Mais demandez au commandant Vetcho, demandez au commandant Tonnerre, au commandant Oustaz, pourquoi ont-ils tué le ministre Tagro ? Pourquoi?

Là, vous portez des accusations formelles ?

Affirmatif. Je les accuse, ils savent ce qui s’est passé. Le ministre Désiré Tagro est sorti avec une écharpe blanche à la demande du président Gbagbo qui disait ceci et je cite : «c’est moi que la France cherche, cessez de combattre je vais me rendre». Et c’est là que nous avons baissé les armes, ce n’est pas parce qu’ils ont pris le dessus sur nous. Mais ces trois commandants ont assassiné purement et simplement le ministre Tagro, alors qu’il avait le drapeau blanc. Ils ont tiré dans la mâchoire du ministre Tagro et abattu presque tous les soldats qui étaient là et qui avaient cessé de combattre et n’avaient pas d’armes. Moi je me suis jeté dans un caniveau. C’est ce qui a fait que peut-être je ne suis pas mort. Non satisfaits des crimes perpétrés à la résidence et aux alentours de la résidence, et alors que le ministre Tagro tenait un drapeau blanc en signe de cessez-le-feu, ils l’ont purement et froidement assassiné. C’est un crime de guerre et les auteurs que nous connaissons tous, doivent être poursuivis.

Mais ce ne sont quand même pas les trois commandants qui ont tiré ensemble sur le ministre…

Oui, effectivement. C’est le commandant Oustaz qui a tiré sur le ministre, demandez à Vetcho, Tonnerre et les autres. Ils le savent. Nous avions cessé tout combat à la demande du président. Et le ministre Tagro après avoir échangé avec l’Ambassadeur [de France, Jean-Marc Simon, ndlr], a eu la garantie de ce dernier qu’aucun coup de feu ne serait tiré, contrairement à sa première tentative de sortie de la résidence. Effectivement, il s’est avancé jusqu’au portail, et c’est là que les Frci ont été priées de faire mouvement vers la résidence. Moi, j’étais dans un caniveau pas loin de la scène. Les premiers à s’être présentés au niveau des commandants, ce sont les trois que j’ai cité. Et c’est là que deux coups de feu ont été tirés par l’un des commandants, en l’occurrence Oustaz, et un coup a atteint le ministre à la mâchoire qui s’est affaissé.

Pourtant les combats avaient cessé ?

En tout cas, à la résidence du président, nous combattions contre l’armée française qui pilonnait nos positions, bombardait la résidence présidentielle. Des civils venus défendre aux mains nues la démocratie sont morts. Par moment, le président Gbagbo sortait pour nous saluer et rentrait. C’est quand ordre nous a été donné de cesser de combattre, qu’eux ils sont rentrés.

De qui parlez-vous ?

Des soldats de l’armée française bien sûr. Et c’est quand ils ont sécurisé d’après eux, tout le périmètre qu’ils ont laissé place aux Frci. Les soldats français et quelques soldats onusiens ont été les premiers à entrer dans l’enceinte de la résidence. Si vous avez constaté le gilet pare-balles et le casque que portait le président Gbagbo, appartiennent à l’armée française. Donc quand l’armée française s’est assuré qu’elle a neutralisé tout le monde, c’est en ce moment là qu’elle s’est retirée et a fait appel aux Frci. Ils pouvaient tuer le président Gbagbo, mais ça faisait partie du plan de Dieu. Donc, ils ne pouvaient pas le tuer.

Comment avez-vous donc quitté la résidence du président Gbagbo alors que les soldats français étaient un peu partout ?

Je vous le dis Dieu est miséricordieux. Il n’a pas voulu que je reste dans cette crise. J’ai plongé directement dans un caniveau. C’est en ce moment là qu’ils ont pris le président Laurent Gbagbo et ils partaient avec lui. Moi, je rampais doucement dans le caniveau pour éviter d’être vu. Et pendant que je rampais, un soldat français m’a vu. Mais je ne sais pas pourquoi, il ne m’a pas tué ni livré aux autres. Peut être que ça faisait partie du plan de Dieu. Mais lui et moi nous nous sommes regardés et il m’a fait signe de partir. Mais je n’ai pas été le seul à être sauvé par ces soldats, plusieurs de mes frères d’armes ont été discrètement exfiltrés par des soldats français, par la même voie. Vous savez, les soldats français sont des êtres comme nous, ils savaient la réalité en Côte d’Ivoire, mais en tant que militaires, ils n’avaient pas d’autres choix que d’obéir. Mais c’est vrai que du regard des civils, ils sont aussi coupables que leurs dirigeants. En tout cas, à l’extérieur de la résidence, il y avait plus de 60 chars français postés un peu partout. On se demandait même à un moment donné s’ils n’étaient pas venus pour raser toute la résidence du président Gbagbo. Il y avait des AR-MIX, des bombardiers, des hélicoptères Puma, Gazelle qui sillonnaient dans les airs du périmètre présidentiel. Il y a eu trop de massacres pour que ces gens-là ne soient pas poursuivis et jugés.

Comment vous vous êtes retrouvé en exil ?

Des éléments des Frci sont allés trois fois à mon domicile pour me chercher. Ils ne m’ont pas eu, alors ils ont assassiné froidement mon oncle et mes deux petits frères. Et ensuite, ont pillé toute ma résidence. Après donc être sorti de la résidence du président Gbagbo, je me suis terré jusqu’à la mi-août, où j’ai officiellement quitté le pays pour le Ghana voisin. Officiellement je ne fais plus partie de l’effectif de l’armée. Je fais partie des près de 4000 soldats qui sont aujourd’hui en exil. Je préfère être vagabond que de d’être emprisonné injustement par le régime. Nous n’avons qu’accompli notre mission régalienne de défendre l’Etat agressé.

Vous dites être au Ghana. Le régime d’Abidjan vous soupçonne de fomenter un coup d’Etat.

Il n’y a pas de coup d’Etat en préparation au Ghana. Dieu, il est souverain. Les Ivoiriens crient, les Ivoiriens pleurent. Dieu entend les pleurs, les cris des Ivoiriens. Au moment opportun, Dieu agira ! Mais ils sont venus au pouvoir normalement, pourquoi ferait-on un coup d’Etat contre eux ? Mais on ne peut pas empêcher ce régime de penser ce qu’il veut, de soupçonner tout le monde de vouloir faire un coup d’Etat. Mais quand le voleur rentre chez toi, il a toujours peur, il est anxieux. Il se dit que le propriétaire des lieux peut le surprendre un beau matin. C’est ce qui fait que le régime a si peur. Non, nous ne préparons pas de coup d’Etat, c’est Dieu qui mènera le combat !

Vous parlez avec tant d’assurance…

Oui, oui ! Dieu est un Dieu de justice. Aujourd’hui, il n’y a pas un seul Ivoirien qui peut lever le doigt pour dire qu’il est à l’aise. La Côte d’Ivoire est dans un état critique. [...]

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samedi 26 novembre 2011

La mise à mort de l'université ivoirienne



Conférence de presse sur la mise à mort de l'université ivoirienne le 28/11/2011
à 18h30 à L'Harmattan, 21 rue des Ecoles à Paris


vendredi 25 novembre 2011

Livre : Côte d'Ivoire, le coup d'Etat


Exclusif – Gbagbo raconte lui-même son 11 avril

Extrait du Nouveau Courrier
du 23/11/11 :

"Le livre est intitulé «Côte d’Ivoire : le coup d’Etat». Il est écrit par le journaliste d’investigation Charles Onana et préfacé par l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki. Et il apparaît d’ores et déjà comme un livre-événement, tant les révélations et les rappels utiles y sont foisonnants. Le livre contient également des documents et des courriers inédits que Charles Onana a réussi à se procurer, provenant notamment de ministres français. Déjà en vente en France, «Côte d’ivoire : le coup d’Etat» sera-t-il autorisé à la vente en Côte d’Ivoire ? Il faudrait pour cela que des libraires ou des distributeurs aient le courage de le commander… Le Nouveau Courrier publie ici des «bonnes feuilles» de ce livre. Il s’agit du témoignage du président Laurent Gbagbo, qu’il a pu faire parvenir à Charles Onana depuis sa réclusion, et qui va, à coup sûr, déranger des milieux internationaux très haut placés. Ses accusations contre l’armée française, qui a selon lui tiré sur de jeunes manifestants Ivoiriens pour les disperser ou les empêcher de rallier sa résidence, et qui a visiblement profité d’une conversation téléphonique pour le localiser dans la résidence et bombarder sa chambre, sont très claires. Elles montrent une petite partie de ce qu’il a à dire, et constituent une alerte pour tous les hommes de bonne volonté. En effet, le pouvoir Ouattara et la Sarkozie doivent absolument comprendre qu’une éventuelle élimination physique du témoin gênant de Korhogo serait" [...]

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Et que dit RSF ?


Trois journalistes de « Notre Voie » et deux responsables de la FESCI arrêtés

Extrait du Nouveau Courrier du 24/11/11 :

"César Etou, rédacteur en chef et directeur de publication du quotidien d'opposition Notre Voie, et son collègue Boga Sivori, du même journal, ont été arrêtés ce jeudi 24.11.11 à Abidjan pour "offense au chef de l'Etat", suite à un article dénonçant l'achat par le régime Ouattara d'une flotte de voitures de luxe en temps de récession économique. Leur confrère Didier Dépry, également de "Notre Voie", a été arrêté pour "atteinte à l'économie nationale" en raison de la publication d'un article affirmant que le franc CFA serait dévalué.

Toujours ce jeudi," [...]

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Et pendant ce temps les ministres, ex-ministres et autres représentants du pouvoir français continuent de défiler en Côte d'Ivoire...


PS : info signalée par Saper Aude : commentaire ci-dessous, RSF "consternée".


mercredi 23 novembre 2011

Kadhafi. Retour sur la fin d'un ex-allié de l'Occident



"Larmes compliquées pour Khaddafi"

Par Mohammed Tourama. Extrait du Nouveau Courrier du 20/11/11 :

"Mouammar Khaddafi est mort, après que des avions de l’OTAN avaient arrêté son convoi en le bombardant. De toutes les versions qui circulent sur les derniers moments du Guide de la Jamahirya libyenne, personne ne conteste que ce soit l’intervention de l’OTAN qui fut l’élément déterminant dans son arrestation, et dans ce qui apparaît de plus en plus clairement comme son exécution. Le CNT aura été assisté jusqu’au bout. Nous autres ivoiriens n’avons pu nous empêcher de penser à ce qui aurait pu arriver à Laurent Gbagbo, lui-même arrêté par les services spéciaux d’un pays étranger dont le gouvernement s’est ensuite égosillé à faire croire le contraire, alors que sa propre radio – en l’occurence Radio France Internationale – l’avait annoncé en ces termes au début de l’après-midi de ce fatidique 11 avril 2011. Hamed Bakayoko avait alors affirmé à toux ceux qui voulaient l’entendre que le président Gbagbo n’avait eu la vie sauve que grâce à l’insistance d’Alassane Ouattara de ne pas lui faire de mal – bien trop tard pour tenter de se racheter une image d’homme soucieux du sort de ses adversaires, d’autant que le sang de Désiré Tagro entre autres témoignera pour l’éternité de la violence meurtrière de ce jour.

Revenons-en à Khaddafi. La façon de mourir a souvent déterminé le sens d’une vie. La notion de martyr est l’expression la plus aboutie de cette réalité, en cela que l’identité d’une personne est redéfinie par sa mort, souvent lorsque celle-ci est couplée à la hauteur de l’idéal que cette personne cherchait à atteindre, le but qu’elle avait assigné à son existence. Ainsi Patrice Lumumba existera-t-il à jamais dans les consciences comme le martyr des indépendances africaines, car il avait compris et dit plus haut que tout le monde que la coquille de ces indépendances-là était vide, une manière de perpétuation des rapports de dominant à dominé qui était incompatible avec l’épanouissement des Africains et des Africaines. Son assassinat le 17 janvier 1961, alors qu’il était dans sa trente-sixième année, était un complot dont les ramifications s’étendaient de la Maison Blanche à Washington aux intérêts miniers belges assis à Bruxelles et dont la colonne vertébrale était le Katanga. C’est aux responsables katangais, au premier rang desquels Moïse Tshombé que la sale besogne fut déléguée d’abattre leur frère africain.


Quelque chose de profond sur l'état actuel du monde

Après Lumumba, il y a eu en Afrique de nombreux leaders qui ont dénoncé avec force l’impérialisme et le néo-colonialisme. Quand on s’en réfère aux révélations de Robert Bourgi le mois dernier sur la réalité des flux financiers qui existent entre le pouvoir français et ses vassaux africains [et à celles de Mike Jocktane aujourd'hui], on se rend compte que des termes tels que « impérialisme » ou « néocolonialisme » sont des manières de glorifier ce qui relève parfois du pur racket mafieux. Néanmoins, Robert Mugabe par exemple s’est illustré par ses dénonciations sans fard de l’attitude britannique vis-à-vis de son gouvernement. Anthony Blair, premier ministre britannique entre 1997 et 2007, en avait fait un ennemi presque personnel. L’ensemble de la presse britannique avec le reste de leurs confrères occidentaux, ainsi que les milieux universitaires et celui des ONG considéraient Mugabe comme un dictateur ayant affamé son peuple. Le problème de cette attitude est qu’elle n’est pas entièrement infondée – Robert Mugabe a bien entraîné son pays dans un conflit ruineux et mal préparé au Congo-Kinshasa, aux côtés de Kabila père quand ce dernier se défendait des attaques coordonnées du Rwanda et de l’Ouganda à la fin des années 1990. Mugabe s’est ensuite lancé dans une réforme agraire controversée. Et c’est là où les choses se compliquent : cette réforme agraire aurait dû se faire avec le soutien de la Grande Bretagne, ancienne puissance coloniale, aux termes des accords de Lancaster House de décembre 1979 qui présidèrent à l’indépendance du Zimbabwe. Ce soutien ne vint jamais, et la réforme agraire en question fut bancale, pour dire le moins. On peut critiquer Mugabe pour avoir entrainé son pays dans un conflit ruineux, mais il est difficile de le faire à la suite de Tony Blair, qui a toujours soigneusement évité de mentionner le fait que son pays s’était défaussé de ses responsabilités historiques vis-à-vis de son ancienne colonie, et était donc co-responsable du sort actuel des Zimbabwéens.

Khaddafi n’a pas fui son pays ; le fait que la mort l’ait trouvé à Syrte témoigne d’un certain courage, d’un certain panache qui permet de dire que les fanfaronnades de l’homme n’étaient pas que du bluff. Après, il est difficile d’oublier le rôle du défunt chef libyen dans la déstabilisation de l’Afrique de l’Ouest dans les années 1990, avec la complicité active de cet autre "homme de paix", Blaise Compaoré. Il est compliqué de passer par pertes et profits le traitement réservé aux candidats africains à l’immigration vers l’Europe par les autorités libyennes sous Khaddafi, quand on sait qu’au même moment le Guide était le plus chaud partisan des Etats-Unis d’Afrique.

L’unanimité avec laquelle les dirigeants occidentaux ont salué cet assassinat, alors qu’il y a à peine quelques années ils l’accueillaient dans leurs palais avec le plus grand faste, dit quelque chose de profond sur l’état actuel du monde. Cela ne veut pas dire qu’il faille que nous Africains, par «représailles», glorifiions le Guide non plus. Au contraire, nous gagnerions à sobrement tirer les leçons de duplicité, voire de triple jeu international mises à jour par la mort de Khaddafi. Nous pouvons à la fois critiquer l’action de Khaddafi"... [...]

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mardi 22 novembre 2011

"Européens, quand on parle de l’Afrique, tendez l’oreille…", par Théophile Kouamouo



Extrait du Nouveau Courrier du 21/11/11 :

"L’irremplaçable Frantz Fanon, s’adressant aux Noirs en son temps, disait : «Chaque fois que vous entendez quelqu’un dire du mal des Juifs, tendez l’oreille, car il parle aussi de vous». Aujourd’hui, nous osons le paraphraser en soufflant, cette fois-ci, à l’oreille des Européens : «Quand on parle de l’Afrique, tendez l’oreille, on parle de ce qui vous attend…» Provocation ? Pas du tout. Il est vrai que de manière traditionnelle, nous observons les réalités mondiales en présupposant qu’il existe une sorte de voile étanche entre le Nord et le Sud, les nations riches et les pays pauvres. Quand nous évoquons l’économie de la France, nous la comparons naturellement à celles de l’Allemagne, de l’Italie et des Etats-Unis. Nous avons, sans nous en rendre compte, intégré le présupposé de Francis Fukuyama sur «la fin de l’Histoire», et nous partons du principe que les émeutes de la faim, les guerres et autres calamités ont définitivement déménagé. On ne saurait plus les trouver qu’aux marges du monde, et plus singulièrement en Afrique, «la vraie, la maudite, l’Afrique noire», comme le disait Albert Londres, un des pères du journalisme contemporain.

Et pourtant, les derniers développements de l’actualité devraient faire réfléchir les Européens, et les amener à tourner leurs regards vers «le continent de la moindre importance», selon l’expression du journaliste Stephen Smith, auteur de «Négrologie», pamphlet racialiste. Que vivent en ce moment des pays comme la Grèce ou l’Italie, si ce n’est tout simplement ce que l’Afrique a commencé à subir il y a un quart de siècle, c’est-à-dire les fameux plans d’ajustement structurel ? Brossons la situation à grands traits. Des pays extrêmement endettés, bannis par les marchés financiers, qui sont obligés d’adopter des programmes d’austérité, de faire subir une cure d’amaigrissement à leurs services publics, voire de les brader pour une poignée de cacahuètes à de grands groupes financiers. C’est ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, au Cameroun ou au Mali à la fin des années 1980 et au début des années 1990. C’est ce qui se passe aujourd’hui en Grèce, en Italie, et demain en Islande, en Espagne voire en France. Comme hier en Afrique, les plans d’austérité européens se caractérisent par des licenciements massifs et des attaques en règle contre la classe moyenne, paupérisée mais au final incapable d’un sursaut organisé – hier ici, aujourd’hui là-bas.


Quand les peuples innocents paient l’addition

En Afrique hier comme en Europe aujourd’hui, la question de l’origine de la dette, de la responsabilité de l’endettement, a été et est escamotée par la «bien-pensance», alors qu’elle est centrale. Avec le recul historique, on peut analyser les programmes d’ajustement structurel des institutions de Bretton Woods comme une vaste tentative de sauver les dictatures africaines alliées de l’Occident et les réseaux transnationaux qui ont profité du prétexte de la guerre froide pour surendetter les pays-clients dans le cadre des projets mirifiques appelés les «éléphants blancs», qui ont alimenté bien des comptes en Europe. Les responsables du chaos ont pour la plupart été épargnés, et les peuples innocents ont payé l’addition. Aujourd’hui, un audit de la dette grecque est réclamé par des analystes sérieux et pourtant ignorés. «La dette publique contractée par les colonels grecs entre 1967 et 1974 est-elle légitime ? La dette publique contractée pour les J.O. d’Athènes de 2004, alors que les coûts initiaux ont été multipliés par 10 pour le plus grand profit des spéculateurs, est-elle légitime ? La dette publique contractée pour financer le plan de sauvetage des banques grecques en 2008 et 2009, dont le montant est, comme dans tous les pays européens, un véritable secret d’État, est-elle légitime ? La dette publique (les 140 milliards de prêts de l’UE et du FMI), contractée en 2010 et 2011 pour sauver les grandes banques européennes de la faillite, est-elle légitime ? L’augmentation des déficits publics et donc de la dette publique, due au refus de diminuer le montant des dépenses d’armement pour satisfaire les marchands de canon américains et européens, est-elle légitime ?», s’interrogent ainsi Jean-Jacques Chavigné et Gérard Filoche dans une tribune publiée par le site Internet de l’hebdomadaire français Marianne.

En Afrique hier, et en Europe aujourd’hui, les crises financières sont, pour la nébuleuse que l’on appelle très évasivement «les marchés», des occasions d’imposer ses hommes à la tête des gouvernements des pays affaiblis. Hier, les «technocrates» ayant fait carrière au sein des institutions de Bretton Woods étaient imposés comme Premiers ministres dans plusieurs pays africains. Comme la Côte d’Ivoire, où Alassane Ouattara a fait son irruption sur la scène politique, devenant le premier et le seul chef de gouvernement sous le «roi» Houphouët-Boigny, bradant les entreprises publiques, fermant les internats, diminuant les salaires des enseignants, faisant payer aux pauvres la mauvaise gouvernance d’une nomenklatura qu’il a vite fait d’intégrer en épousant la patronne de l’agence immobilière des «biens mal acquis». Aujourd’hui, on évoque l’OPA des «hommes de Goldman Sachs» sur l’Europe politique, alors que cette banque a été en première ligne dans la spéculation contre l’euro.

Les Européens sont prévenus. L’ajustement structurel n’est que le début de la soumission politique à la «gouvernance mondiale», qui n’est rien d’autre qu’une tyrannie planétaire expérimentée pour l’instant en Afrique. Hier, on déniait à la Côte d’Ivoire le droit de décider, par référendum, de modifier (ou pas) sa Constitution pour permettre à Alassane Ouattara d’être éligible à la présidence de la République. Aujourd’hui, on trouve inadmissible que les Grecs puissent décider, par référendum, des options économiques de leur gouvernement. En Grèce comme en Italie, les nouveaux Premiers ministres sont accusés d’avoir été imposés par les marchés et l’Union européenne, notamment le couple franco-allemand, à leurs peuples. En Afrique, combien de chefs de gouvernement, combien de chefs d’Etat, ont-ils donc été imposés par les moyens du chantage, de la rébellion armée et de l’asphyxie financière ? De nombreux Européens, y compris de gauche, n’ont vu dans la très longue guerre ivoirienne que la manifestation de conflits ethniques sauvages, ou de «l’ivoirité», et ont applaudi l’arrivée sanglante au pouvoir de Ouattara comme une sorte d’épiphanie. Demain, ils expérimenteront, chez eux-mêmes, et de manière tragique, les mécanismes de manipulation de l’identité et"... [...]

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jeudi 17 novembre 2011

Deux articles du "Nobs-Temps réel" mis en parallèle



"Syrie. Les enjeux inavoués de la Ligue arabe" : ici.

"Nous prônons un salafisme nouveau" : ici.

Une ligue arabe largement composée de régimes islamistes alliée de l’Occident, et une opposition syrienne à forte coloration salafiste.

La Syrie, dernier gros bastion laïque arabe, aux jours où se sont clairement alliés l’Occident et l’islamisme sunnite (des classiques comme les saoudiens aux salafistes et al Qaïda en passant par leur voix Al Jezeera et sa base qatari) — la Syrie laïque se trouve avoir aussi des accointances avec l’Iran chiite. La Syrie tombée, l’attaque de l’Iran serait facilitée par une telle base.

Une redistribution des cartes qui dévoilerait (?) le plan Bush parti de l’Afghanistan comme ayant en point d’aboutissement l’Iran. Où l’alliance avec les islamistes sunnites ferait partie du plan et expliquerait le dézingage systématique des régimes laïques — Irak, Libye, Syrie — accompagné de l’appui à la répression violente de toute "révolution" contre des islamistes sunnites (Bahrein).

Une coalition où les sous-traitants occidentaux (Sarkozy-Cameron) d’Obama/Clinton/plan Bush s’appuient sur la base (en arabe "al Qaïda") arrière islamiste sunnite pour une attaque d’une autre ampleur que celles qui ont précédé : l’Iran. Il n’en faudrait pas moins qu’une telle coalition.

Quand on sait que le même sous-traitant, Sarkozy, qui installe pour le compte des US les islamistes en Libye se montre anti-Turcs et anti-voile en Europe (mais apparemment pro ailleurs), on est conduit à penser qu’Huntington aurait donc vu juste avec son "clash des civilisations", plus sarkozien encore que bushien…

Tout cela en s’efforçant de garantir contre les peuples les grands intérêts financiers (cf. le dernier coup d’Etat occidental en Côte d’Ivoire pour installer l’agent du FMI), intérêts que servent tant les sous-traitants occidentaux que les régimes islamistes.

Bref nous serions proches de lendemains qui chanteraient…

Mais faut-il faire le lien entre ces deux articles (et d’autres) ?…

C’était juste des questions…


mercredi 16 novembre 2011

Il était à Bouaké en novembre 2004 et a vu…


Un militaire français accuse le gouvernement Chirac


Par Théophile Kouamouo. Extrait du Nouveau Courrier du 16.11.11 :

"Qu’est-ce qui s’est réellement passé en novembre 2004, dans la base militaire française, lors de l’opération Dignité de l’armée ivoirienne ? Qui a donné l’ordre de tirer ? Et pourquoi les pilotes biélorusses n’ont-ils pas été inquiétés par l’armée française, alors qu’ils avaient été arrêtés ? Sept ans après, un militaire français qui faisait partie des effectifs de la Licorne fait des révélations à couper le souffle.

Pour l’instant, il ne révèle pas son identité. Mais il est prêt à témoigner devant la Commission d’enquête parlementaire sur la Côte d’Ivoire réclamée par les députés communistes et du Parti de gauche en France, si jamais elle était finalement créée. Ce qui ne serait envisageable qu’en cas de victoire d’alternance parlementaire en France durant l’année 2012, après la présidentielle qui vient. Mais Rémi (nom d’emprunt) est formel. «Oui, je suis bien un militaire français, toujours en activité. Oui, j’étais en poste en Côte d’Ivoire, plus particulièrement à Bouaké et Tomboukro d'octobre 2004 à janvier 2005». Rémi en est persuadé : les principaux responsables de l’attaque du camp des militaires français de Bouaké, le 6 novembre 2004, ce sont les dirigeants français de l’époque. Il raconte : «J'étais à Bouaké ce 6 novembre 2004, j'étais à l'Ecole Descartes trois jours avant le bombardement. J'ai vu les Sukoï tournoyer dans le ciel de Bouaké pour détruire les télécommunications et les maisons des différents chefs de la rébellion ivoirienne. J'ai vu les caissons de bombes à sous-munitions qu'ils ont déversés dans la région de Bouaké. J'ai vu les avions faire un premier passage de reconnaissance juste au-dessus de l'école Descartes, je les ai vus une seconde fois pour cette fois-ci déverser leurs roquettes. Je devrais sans nul doute faire parti de ces 9 camarades soldats qui ont perdu la vie ce jour là. J'ai vu et compris la détermination de ces hommes pour détruire et tuer des Français. Au vu des évènements politico-judiciaires qui se sont ensuivis et la manière dont ces soldats ont été traités pour rentrer dans leur patrie dans le plus grand secret judiciaire, il ne m'est d'aucun doute sur les raisons pour lesquelles les magistrats saisis de ce dossier peinent. Cette attaque avait pour but de déstabiliser Laurent Gbagbo (…) et la décision est venue du plus haut sommet de l'Etat français. Je n'ai aucun doute là-dessus».

Interrogé par Le Nouveau Courrier, Rémi explique l’évolution de sa position, ainsi que de celles de nombreux autres militaires français survivants. «Au départ, dans les premières heures qui ont suivi cette attaque, nous étions persuadés que c'était au sein de l'entourage militaire du Président Gbagbo que cet ordre d'attaquer l'école Descartes venait. Mais les jours qui ont suivi, malgré notre colère et notre peine, nous avons vu le gouvernement français ne prendre aucune décision quant à la capture des deux pilotes biélorusses et voyant également leur attitude face à ce dossier qui aurait dû mettre tous les moyens humains, politiques et judiciaires. Aucun d'entre eux n'a bougé le petit doigt pour en savoir davantage sur cette histoire. Je n'ai plus beaucoup de contact avec les militaires français qui étaient à Bouaké à cette période, mais ce que je sais, c'est que beaucoup étaient partagés quant aux responsabilités de cet ordre d'attaque. Je pense que l'on peut raisonnablement parler de 50 - 50. 50% pensent que c'est une tentative de déstabilisation interne au gouvernement Gbagbo, 50 % pensent que c'est une fausse information qui a été donné aux autorités ivoiriennes pour faire une action de déstabilisation sans être directement incriminé. C'est vers ce point de vue que je me tourne car il y a trop de point noirs quand à la gestion et la communication dans ce dossier», affirme Rémi. Qui, en filigrane, laisse comprendre que les deux courants d’opinion sont persuadés que le président Gbagbo est la personne qu’il fallait déstabiliser dans cette sombre affaire.

Particulièrement troublé par son aventure ivoirienne, et révolté par l’omerta qui règne en France, Rémi confie au Nouveau Courrier : «Il est évident que même si je dois perdre mon statut de militaire dans cette affaire, je suis prêt à témoigner de ce que j'ai vu et vécu durant cette période de ma vie». Les politiques français, de droite et de gauche, prennent tous des accents pathétiques quand ils évoquent les soldats «morts pour la France», à l’image de Nicolas Sarkozy le 11 novembre dernier, qui a associé à son hommage les soldats tués en Côte d’Ivoire. Mais peut-on les croire quand ils barrent la route à la vérité sur les événements de novembre 2004, que les soldats survivants et les parents des victimes attendent"… […]

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lundi 14 novembre 2011

Les relations internationales dans la crise ivoirienne - par Michel Galy*



Extrait du Nouveau Courrier.

"L'aventure coloniale de la France, plus exactement du régime sarkozyste, ne peut se considérer qu'à la seule lumière du 11 avril 2011, et ne peut se réduire à une thèse du complot. Il faut au contraire mobiliser les ressources de la science politique, notamment des relations internationales, pour mettre cette crise en perspective – quitte à forger de nouveaux concepts, devenant par ce détour comparatiste comme Georges Balandier, de nouveaux outils d'analyse, et pourquoi pas de militantisme.

On pourrait ainsi poser une dimension panafricaine comme un axe essentiel de l'analyse, non seulement dans le post conflit et les conditions de la régulation des guerres africaines par des élections, mais aussi quant à l'opinion africaine elle même et son vecteur, les nouveaux médias.

J'ai insisté pour ma part, dès 1989, sur l'importance de cette «guerre nomade» qui a touché peu ou prou une demi douzaine de pays ouest-africains, et qui fait retour, bien sûr de manière instrumentalisée, vers la Côte d'Ivoire en 2002. Liberia, Sierra Leone, Guinée… Le conflit actuel a impliqué, ne serait-ce que comme base arrière, le Burkina et le Mali : rappelons l'importance de cette dimension internationale, maintenant bien connue (même si les financements ne le sont pas) pour la rébellion – alors que le gouvernement Chirac la déniait pour ne pas appliquer les accords de Défense, pourtant explicites.


Les forces des Nations unies en question

Il est une autre dimension d'un comparatisme interafricain, qu'a mis en évidence Bertrand Badie, qui concerne les pays en post conflit, et qui s'essaie à comprendre l'importance des conditions à une élection représentative. Qu'il y ait ou non une intervention internationale préalable (comme l'opération britannique Pallistair, en juillet 2000 contre le RUF en Sierra Leone), les forces des Nations unies ont joué un rôle de moyenne durée dans le retour des combattants à la paix : d'abord par l'imposition d'une sécurité relative, dans la démobilisation et le désarmement, puis dans un retour à la vie civile quelque imparfaits qu'aient pu être ces dispositifs. «On achète du temps» , me répondait , dans l'Eastern province, un responsable d'une ambassade occidentale, à Kenema, en 2005 – supposant que le tissu social se reconstituait de lui même, et sans doute mieux qu’avec l’ingénierie sociale des agences et projets. Mais d’autres pays, en particulier en Afrique subsaharienne, peuvent être considérés sous cet angle comparatiste : comme l’Angola, l’Afrique du Sud, le Mozambique, le Burundi, etc…

Retour à la sécurité, désarmement, redéploiement de l'administration d'Etat, retour des combattants à la vie civile, apaisement – sans doute le plus difficile, «des cœurs et des esprits» : de toute évidence, ces conditions n'ont pas été remplies au nord de la Côte d'ivoire selon un rapport de 2O1O de… l'ONUCI, étonnement enterré par cette organisation…


Les rebelles ivoiriens comparables à ceux de Taylor et de Foday Sankoh

Ayant été un des très rares observateurs indépendants à avoir «fait du terrain» en Sierra Leone et au Liberia (sur ce dernier point il faut rendre hommage au professeur Voho Sahi, un des très rares ivoiriens à avoir connu, et écrit, sur ce pays – ministre de la culture actuellement en exil à Accra), mais aussi grâce à une collaboration avec des humanitaires, dans les zones dites CNO pendant plusieurs mois en 2010, je dois dire que le pluralisme de la presse et l'exercice du pouvoir d'Etat n'étaient en rien effectifs- ce qui explique largement la suite des éventements. Contrairement à l'image fallacieuse qu'en ont donné des medias occidentaux complaisants, les «rebelles qui sourient» étaient bien comparables au NPLA de Taylor ou au RUF de Foday Sankoh: parfois, selon ce «nomadisme guerrier» que j'évoquais, il s’agissait littéralement des mêmes.

Et leurs pratiques tout, sauf pluralistes : ce que j ai nommé «gouvernance par la violence» s’articule en effet avec un monopole quasi totalitaire de la radio et télévision rebelle tandis que dans les zones CNO se combinent très curieusement trois pouvoirs ; celui des «maîtres de guerre» dont la violence armée sert à l ‘extraction, la captation et l’exportation des ressources (coton, diamant, cacao, etc…) ; celui de l’administration d’Etat, pouvoir de représentation inefficace, mais symbolique ; plus curieusement, celui des humanitaires, se substituant à un Etat inexistant au risque de servir de caution ou pire de substitut étatique : ainsi de Médecins sans frontières (MSF) après 2002 à Bouaké. Rappelons la dimension internationale de cette prédation de « biens mal acquis », notamment de biens immobiliers au Burkina (le fameux quartier «millionnaire») ou en France, ainsi que de comptes bancaires dont le recensement reste à faire , notamment de la part d’association comme Sherpa ou Amnesty, si elles tiennent à prouver leur indépendance… Une action sous l’angle des droits de l’homme d’un côté, de biens mal acquis de l’autre (à étendre aux bénéfices des privatisations sous la primature Ouattara, et de l’héritage financier houphouétiste) pourraient concerner, voire déstabiliser devant l’opinion publique mondiale des dirigeants ivoiriens actuels…

Un deuxième axe, plus diachronique, pourrait applique au cas ivoirien, les théories de l’historien italien Chalchi Novati, dont on connaît peu en France les analyses (cf. le colloque de Milan, édité aux Editions L’Harmattan) et qui rapporte la situation actuelle de la domination actuelle de nombre de pays africains à l’importance du legs colonial, dans les structures et les esprits, dans la gouvernance depuis les anciennes métropoles coloniales, dans la manipulation perpétuelle des médias et in fine, dans les interventions armées. J’y ajouterai, pour avoir fréquenté, à mes risques et périls, le monde militaire, la doctrine souvent implicite de la «souveraineté limitée» exprimée discrètement depuis en 2004 ; il faut le dire sans ambages : si l’utilisation de militaires asiatiques et africains pour réprimer ceux qui veulent d’une façon ou d’une autre ceux qui veulent échapper au «nouvel ordre mondial» (et dans la géopolitique franco-africaine, le «tournant chinois» du régime Gbagbo est un facteur aussi important qu’ailleurs les concessions pétrolières, cf. le Congo) n’est pas nouvelle (on pense aux recherches sur les responsabilités africaines dans la traite esclavagiste du regretté Professeur Niangoran Bouah), l’importance prise pendant toute la crise ivoirienne par la «Force Licorne» montre bien qu’il ne peut y avoir d’indépendance, et même d’Etat , en la présence de forces armées occidentales, qu’il y ait des bases permanentes ou non. Raison pour laquelle il est urgent, du côté des indignés du monde occidental , de convaincre l’opinion et la gauche classique de la pertinence de la thématique du «retrait immédiat des armées françaises d’Afrique» : les régulations se feraient alors spontanément, d’autant que les forces de l’Union africaine sont inexistantes, et que celle des Nations unies ne sont pas autonomes et servent, comme à l’époque coloniale de supplétifs vite dépassés par des conflits qui leur échappent , ainsi que le montre le cas sierra léonais.


De novembre 2004 à avril 2011, le jeu des alliances s’est transformé

Ce retour en arrière que j ai nommé la «tentation coloniale» s’oppose en effet à l’abstention de la gauche modérée, notamment du Parti socialiste, ainsi que l’illustra l’épisode Jospin : empêchant le président Chirac d’intervenir militairement, il favorisa la fin du régime Bédié, et d’ailleurs son exfiltration. Cette abstention, ou «ni ingérence, ni indifférence», pourrait être un des enjeux de 2012, ce qui supposerait à la fois autocritique et désolidarisation de la gauche de gouvernement par rapport à la politique étrangère sarkosyste.

En ce qui concerne les alliances, objet classique de la diplomatie réaliste – c’est-à-dire étatique, en relations internationales, une erreur a été de croire pouvoir dupliquer celles des Grands Lacs et rééditer sur le plan militaire celles de 2004 et de la mise en échec d’une «mise sous tutelle» par le «groupe de contact». Les temps ont changé, et les dirigeants aussi : Jacob Zuma, dont la défection précipita le coup d’Etat d’avril n’est pas Thabo Mbeki – et le temps n’est plus aux interventions militaires loin des frontières, encore moins contre l’armée d’un pays occidental. Afrique du Sud et Angola ne sont donc pas passés à l’acte, contrairement au Burkina Faso et à la France. Une des surprises de 2004 avait été le refus des USA d’approuver la mise sous tutelle, qui aurait signifié indirectement la primauté des traités internationaux sur la Constitution d’un pays donné, ce que les diplomates américains ne sauraient accepter (à l’inverse, l’investiture de M. Ouattara s’est explicitement basée sur ce principe, le président du Conseil constitutionnel s’étant déjugé sous ce motif).

La diplomatie sarkosyste a donc investi, tirant leçon des échecs passés, toutes les structures internationales – jusqu’à la CPI actuellement, où sous des dehors policés, se passent des luttes au couteau. Là où des esprits conspirationnistes soupçonnent un universel et imaginaire complot, il y a bel et bien des menées concrètes et datées auprès des Nations unies, Union européenne, Union africaine, Cedeao, Cpi, etc… Il faut savoir que pour ses anciennes colonies, la diplomatie française est dans les institutions en question celle d’un «pays référent» qui prépare les résolutions et influence les débats. Mais de même le ralliement de tel ou tel pays ne peut se comprendre seulement par des menaces, pressions ou achat de vote selon telle ou telle technique – qui ont effectivement existé : personnellement je serais curieux de savoir comment le président Zuma, par exemple, a été « retourné » à l’Elysée, et en échange de quelles concessions…


Rivalités sournoises et impasse de «l’Afrique digne»

Le Burkina, quant à lui, a mené depuis 1989 des déstabilisations successives en Afrique de l’Ouest depuis 1989 : Liberia, Sierra Leone, avant la Côte d’ivoire ; de même le Sénégal , au-delà de Wade, a toujours été le rival régional de ce pays, ce qui explique la «joie maligne» de le voir en difficulté, et concrètement son appui à Guillaume Soro et Alassane Ouattara ; tandis que le Nigeria, aux élections pourtant contestées et contestables, s’immisce dans les affaires ivoiriennes sous le masque de la CEDEAO, dans une rivalité du bloc anglophone manifeste contre un pays francophone autrefois prospère. En sens inverse, ce début d’alliance de ceux qui se sont auto dénommés «l’Afrique digne» tendait à rassembler autour de la Côte d’ivoire de Laurent Gbagbo le Rwanda, l’Angola, le Cap Vert et la Gambie, dans une résistance de principe aux menées des anciens colonisateurs – sans que pour autant une résistance militaire commune puisse faire basculer les rapports de force, comme dans le conflit des Grands Lacs des années 90.

L’interventionnisme occidental et singulièrement français, a bien des masques depuis 150 ans ; l’étonnant est qu’il s’avance aujourd’hui sous couvert de la démocratie, des droits de l’homme et de la lutte contre les «dictatures» ; ces beaux principes ne fonctionnent d’ailleurs que dans ce que Sartre aurait appelé la «mauvaise foi» patente : le salaud sartrien n’est il pas celui qui sait et se convainc à demi mot de ne pas savoir ?

Et de fait la «responsabilité de protéger», qui date seulement de 2006, est morte le 11 avril 2011 : qui peut croire intelligemment que bombarder les lieux de pouvoir d’un pays, mais aussi une université et un hôpital, enfin de tuer dans Abidjan des centaines de civils désarmés (au chiffre encore inconnu), a quelque chose à voir avec la résolution 1975 et sa volonté affichée, au contraire, de «protéger des civils» ? Au-delà de la forfaiture par rapport aux textes que l’on a fait voter par le Conseil de sécurité, c’est bien de crimes de guerre dont il s’agit – tandis que le camp et le protégé qu’on a installé au pouvoir sont, on le sait depuis les révélations du CICR, coupable d’actes de génocide, non seulement à Duékoué, mais pendant les mois suivant le carnage d’Abidjan et l’épuration ethnique contre les peuples guéré, attié et bété en particulier.

La « formule canonique » de l’intervention coloniale semble désormais ne pas pouvoir se passer d’un habillage diplomatico-militaire, quitte à violer ses termes tout aussitôt, comme on le constate encore en Libye ces derniers temps. Corps expéditionnaire «en appui» des force onusiennes, résolution de l’Onu, suivies de celles des organisations régionales- UA et Cedeao en l’occurrence ; cette palinodie ne peut se faire que par «gouverneurs», préfets ou sous-préfets interposés, quel que soit le nom qu’on donne aux dirigeants mal élus ou dictateurs bien en cour à Paris, qui ont l’obligation de soutenir les interventions éventuelles, tandis que leurs armées servent, comme dans le temps, de supplétifs à l’intervention elle-même. Il serait trop long de décrire les dérives légales, politiques et militaires du système onusien, dont l’axe franco-coréen n’est qu’un des éléments : à la fois juge et partie, cette institution s’est d’autant plus déconsidérée qu’elle a par ses actes détruit sa propre légitimité, mis en danger ses personnels, et violé sa propre Charte – sans parler de ses propres valeurs.


Journalistes et défenseurs des droits de l’homme corrompus

La mise en condition des opinions par la presse internationales, journalistes et défenseurs des droits de l’homme corrompus, est indispensable à la manipulation des relations internationales, pour isoler et réduire les dirigeants résistants à la domination néocoloniale, puis envahir leur pays ; j’ai proposé de suivre Gramsci en voyant dans cette bataille des anciens et nouveaux médias – à laquelle dans une certaine mesure nous participons aujourd’hui, le préalable à un retour à une autre hégémonie politique. Pour autant, au-delà de la bataille idéologique et des combats politiques internes et externes, une reprise de l’entropie guerrière et du retour du «nomadisme guerrier» n’est pas à exclure : du côté libérien les Guerés, en continuité avec le pôle Krahn du Liberia, ont toutes les raisons, notamment foncières, de vouloir lutter contre la mainmise nordiste sur leurs territoires.

En conclusion, je voudrais revenir sur des recherches en cours autour du philosophe Taylor et de sa fameuse théorie de la «reconnaissance». Le tour de passe-passe qui a fait passer un régime populiste pour une «dictature» et des putschistes sanglants (au bas mot 10.000 morts depuis 2002) pour des démocrates n’est pas dû qu’à la corruption journalistique ou aux réseaux françafricains dans les médias ; le retrait diplomatique de la reconnaissance du régime Gbagbo a suivi cette délégitimation idéologique, préalables, l’un et l’autre, à la solution militaire. On peut penser, qu’à l’inverse, la résistance multiforme dans les médias, dans les institutions (une Commission d’enquête parlementaire est possible au Sénat), dans les enceintes judiciaires (ainsi des ressortissants français comme Michel Gbagbo ou Sidiki Bakaba ont été victimes de graves exactions – et peuvent en demander réparation ; actes de génocide et crimes de guerre attendent leur sanction) peuvent de manière cumulative retirer la reconnaissance internationale aux putschistes, et inverser le processus.

On savait la droite française «la plus bête du monde» ; elle confirme devenir une des plus violentes, notamment envers l’Afrique ; peut être faudrait-il de surcroît forger le terme d’ « idiots géopolitiques » concernant les conséquences de ses actes ! Mettre en place, au prix du sang, deux régimes fondamentalistes à Tunis et Tripoli ne suffit pas ; en Côte d’Ivoire permettre aux guerriers malinkés du Nord, en continuité avec les monde soudano-sahéliens et sa déstabilisation progressive (depuis la «conquête de Libye», plus de 5000 missiles échappant à tout contrôle se retrouvent au Sahel), de conquérir Abidjan et le Sud – et leurs puits de pétrole – semble pire qu’une victoire à la Pyrrhus : au lieu de conserver, contre le Nord, le fameux «mur de la forêt», ouvrir à la fois un boulevard aux menées des USA et à celle d’un Islam conquérant, c’est de toute évidence , pour installer un régime fantoche, aller à l’encontre non seulement du droit et de la démocratie , mais des intérêts français eux-mêmes – au prix de"... [...]


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*Politologue, chercheur au "Centre sur les conflits" à Paris et animateur de la revue Culture et Conflits


dimanche 13 novembre 2011

"Pris dans la tourmente à Paris : Sarkozy se moque du pouvoir Ouattara"



Par Guehi Brence. Extrait de abidjandirect — 10 novembre 2011 :

"Il voulait peut être faire mieux, pour voler au secours de son poulain d’Abidjan qui se trouve de plain-pied, dans la tourmente des réalités du pouvoir, après le temps des promesses intenables. Mais le problème est que de son côté, le roi Sarko qui tient le pouvoir d’Abidjan à bout de bras, est lui-même pris dans la tourmente de la crise financière qui continue de faire rage sur le continent européen.

La Grèce est totalement en faillite. L’Italie qu’on dit la 3e économie de la zone Euro vient à son tour de succomber. Sarkozy sait que la prochaine victime pourrait être la France. Parce que Paris n’est pas Berlin. On ne pourrait pas dire que la France est en faillite. Mais le Premier ministre François Fillon, sûrement pris de panique a vite fait de lâcher le morceau en parlant de faillite.

En fait, ceux sur qui Ouattara comptait pour diriger la Côte d’Ivoire sont financièrement au rouge. Et un rouge vif. Au point que pour faire un don à la police de Ouattara, Paris ne s’empêche pas de verser ouvertement dans un mépris des institutions ivoiriennes. La France vient d’offrir des tacots, plus clairement des «France-au-revoir» à la police ivoirienne. Un don qui porte tout le mépris que la France nourrit vis-à-vis des pays africains. Combien de temps peuvent tenir ces «cadeaux» qui vont se révéler au final, comme un véritable problème pour les agents de la police nationale ? En tout cas, des «Chine-toc» valaient bien mieux. Car des Chinois n’auraient jamais fait un tel don qui charrie autant de mépris. Surtout que Sarkozy a déjà montré le chemin aux Africains, en appelant la Chine au secours de l’Europe.

Malheureusement pour la Côte d’Ivoire, Ouattara n’est pas Gbagbo. Il est bien évident que la France n’aurait pas fait un geste d’un tel mépris à la Côte d’Ivoire de Gbagbo. Les ivoiriens continueront donc de subir l’Empire Sarko, même 50 ans après. Et pourtant, il y a bien longtemps que ce pays n’a subi une telle «coopération» méprisante. Ce don qui continue de faire tilt dans l’esprit de certains ivoiriens qui l’avaient pourtant suivi de bonne foi, a même été accompagné à Abidjan par Claude Guéant, l’un des «sécurocrates» de l’Elysée, ministre de l’intérieur de la France. Mais plus préoccupé par la sécurité du palais d’Abidjan.

La visite a été l’occasion pour lui de faire le point de la situation sur le terrain. Bien sûr avec les conseillers militaires français qui pullulent au palais. Sans oublier le commandant de la Force Licorne qui, en réalité, est le vrai patron des armées en Côte d’Ivoire. Des rumeurs de coup d’État sont constamment relayées par la presse proche de Ouattara pour couvrir les pires exactions que continuent de commettre les Frci, son armée. Un proche de Blé Goudé vient d’être enlevé dans une opération digne d’une République policée, car même l’autocrate Houphouët n’a pas servi cela à ses opposants.

Sarkozy couvre et soutient alors en Côte d’Ivoire, des crimes qui pourraient faire chuter n’importe quel gouvernement des pays occidentaux de culture démocratique. Ici, il veut transformer le bourreau en victime. Mais l’histoire et les faits sont têtus. L’homme qui refuse de faire le deuil du colonialisme et de la Françafrique, continue de vivre l’époque du nègre «Y a bon banania.» Il veut en plus utiliser la Cpi pour faire chanter le Président Gbagbo. Mais ce disque commence par être rayé, parce qu’il est faux. Car Gbagbo ne sera jamais Taylor. Le monde entier sait qu’on lui a fait une guerre à laquelle il a été obligé de faire face dans un cas de légitime défense. Le reste n’est que pure intimidation et chantage. Et comme le mensonge n’est jamais venu à bout de la vérité, la justice de Sarkozy et de Ouattara a du mal à se mettre en place.

Dans l’histoire de la Cpi, le Président Gbagbo reste bien le seul dont le cas pose problème à l’Occident. Le monde découvre de plus en plus le tissu de mensonges avec lequel la France a couvert la crise ivoirienne. Sarkozy qui est totalement à la peine dans son pays fait mains et pieds pour occulter cette vérité. On sait qu’il a quasiment mis tous les médias hexagonaux à ses ordres. France 24, Rfi, Tv5 monde et autres répètent chaque jour, ce que Paris veut entendre dans la crise ivoirienne.

Et même en France, Sarkozy apparaît finalement comme un pur produit de publicité. Les français découvrent enfin qu’ils ont plus affaire à un président flambeur que travailleur. Ami des couche-tard et des riches du Cac 40, le peuple français se rend compte qu’il s’est offert une rock-star, toujours dans les médias.

A la fin de son quinquennat, que laisse-t-il à la France? Rien. On sait qu’il n’a pas été voté pour développer l’Afrique. Mais il a voulu faire le bonheur des Africains contre leur gré. En cinq ans, il s’est taillé sur le continent l’image d’un chef de guerre. Évidemment, une telle image"… […]


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samedi 12 novembre 2011

En sept mois, on n'a pas trouvé de pioche


Le 29 octobre 2010, France3 nous repassait à l’occasion de l'approche de l’élection ivoirienne son sempiternel "document exclusif" sur l'affaire Kieffer, mettant à nouveau en cause le beau-frère de la femme de... etc., en nous montrant le terrain où aurait été enterré le journaliste...


Le même éternel "scoop", où l'on revoyait le non moins éternel "témoin", le "militaire ivoirien Alain Gossé", au grade toujours non-défini dans l'armée ivoirienne mais "au service" de Gbagbo, nous redire de quoi braquer le collimateur sur le candidat à l'avant veille du scrutin !

Le tout à l'appui des mêmes sempiternels conditionnels. Où le reportage en venait à mettre en cause explicitement le pouvoir ivoirien : "selon nos sources", il aurait refusé au juge Ramaël de fouiller ledit terrain.

Et le reportage de nous montrer trois gendarmes à vélo, supposés être devant le terrain vague où serait enterré Kieffer, conformément à ce qu'a dit Gossé qui "nous avait mis en garde sur une probable présence policière".

Depuis sept mois, on est fondé à penser que lesdits gendarmes à vélo ne sont plus en poste devant ledit terrain... Mais apparemment, on n'a toujours pas trouvé de pioche pour creuser...


Ce que doivent faire les victimes de Ouattara - Houdin & Ceccaldi



Vidéo - Le Gri-gri international - 9.11.11

Si vos proches ont été victimes d'exactions, envoyez votre dossier à Maitre Ceccaldi :

Premiers élements à fournir : nom, prénom, date et lieu de naissance, endroit où le décès a eu lieu. Des élements précis, des faits.

Maître Ceccaldi
21 Avenue de Suffren
75007 PARIS

mail: cpi.ci2011@yahoo.fr


vendredi 11 novembre 2011

Témoignage / Alafé Wakili, DG de L’Intelligent d’Abidjan parle de Désiré Tagro



Feu Desiré Tagro (décédé le 12.04.11, inhumé le 5.11.11) : ex-ministre de l'intérieur - avant qu'il ne tombe entre les mains des sbires de Ouattara.


Par Alafé Wakili. Extrait de L'intelligent d'Abidjan :

"Décédé le 12 Avril 2001, Désiré Assignini Tagro a été inhumé le week-end dernier. Quelques amis et personnalités étaient discrètement à sa levée de corps, et ont participé à ses obsèques. Alafé Wakili, DG de L’Intelligent d’Abidjan (IA), a accepté de répondre à nos questions, pour lever le voile sur certaines choses. Tout en précisant qu’il prépare un livre sur la question et bien d’autres choses.

Comment avez-vous connu le ministre Désiré Tagro ?

J’habitais un immeuble au Dokui qu’il fréquentait, et je le croisais quand il venait rendre visite à des personnes qu’il connaissait. Ensuite, je l’ai approché une fois quand il était au ministère de la Justice. Je n’avais pas eu de rapports directs avec lui, même quand il était porte-parole. C’est à partir de l’accord de Ouagadougou et de sa nomination au ministère de l’Intérieur, que j’ai eu l’occasion de le rencontrer plus souvent. Ce n’était pas une relation ancienne, mais plutôt une relation de travail et d’opportunité.

Racontez-nous votre première rencontre formelle avec lui…

Nous étions dans la période, après la signature de l’Accord de Ouaga, qui avait été signé pour 8 à 9 mois. Dès son premier message à la Nation, le Premier ministre Guillaume Soro a invité à faire fi du fétichisme des dates. J’ai alors estimé que nous étions partis pour une transition qui nous conduirait jusqu’à 2010. L’Intelligent d’Abidjan a creusé le dossier et mené des investigations, qui ont permis de savoir que Désiré Tagro et le Premier ministre étaient en désaccord sur la question. Puis il y a eu l’affaire de l’installation des préfets, des sous-préfets, et bien d’autres dossiers. L’Intelligent d’Abidjan prenait des positions pas favorables à la Primature. C’est alors qu’un patron de presse décédé (paix à son âme), a approché Désiré Tagro, pour lui demander s’il me connaissait, et si c’est lui qui me poussait à écrire. Le ministre de l’Intérieur a dit qu’il ne me connaissait pas, mais souhaitait me rencontrer. Il était au courant qu’on disait qu’il me manipulait pour écrire contre Guillaume Soro. Des gens passaient lui demander des moyens pour moi. Il appréciait certes les articles, mais Désiré Tagro souhaitait me rencontrer pour me donner des informations plus exactes, et éventuellement mieux me connaître, pour assumer et endosser les articles qu’on le soupçonnait de susciter. Il voulait vraiment être commanditaire, pour éviter qu’on ‘’gâte’’ son nom, alors qu’il ne l’était pas. C’est ainsi qu’un matin, nous sommes allés à son domicile. Il m’a encouragé pour le travail que l’IA faisait, alors que le journal n’était pas de leur bord. En tout cas, selon lui, l’Intelligent d’Abidjan n’était pas sur la liste des journaux estampillés pro-Gbagbo. Il voulait savoir mes motivations et mon pedigree. Il a promis des moyens, tout en disant qu’il n’a pas un budget de souveraineté, comme le Premier ministre Guillaume Soro ; que si je voulais de l’argent, il me conseillait de rejoindre Guillaume Soro. Désiré Tagro se plaignait de ce que l’entourage de Guillaume Soro lui reproche de vouloir être Premier ministre et répondait ceci : « Mais je ne peux pas être Premier ministre de Laurent Gbagbo. Même si je suis d’Issia et que lui est de Gagnoa, je suis quand même Bété ! Comment peut-on écrire que je veux être Premier ministre ; ce n’est pas possible. Le Premier ministre ne doit pas se saisir de cela, pour ruser avec Ouaga». Par la suite, nous nous sommes rencontrés souvent pour faire le point de la situation. Il m’a affecté deux gardes du corps, et a sécurisé la rédaction de l’Intelligent d’Abidjan, puisqu’à cette période, les rédactions faisaient l’objet d’attaques. L’Intelligent d’Abidjan paraissait anti-Ouaga, anti-Soro, ou pro-Tagro, il a donc estimé, qu’il ne fallait pas prendre de risque.

Combien d’argent vous a-t-il donné pour tout ça ?

L’argent n’est pas l’essentiel ; comme je l’ai dit, les écrits n’ont pas commencé pour de l’argent. Les écrits partaient du principe qu’avec l’accord de Ouaga, le Premier ministre Guillaume Soro bénéficiait d’un état de grâce, et que Laurent Gbagbo pouvait lui permettre tout pour cette raison. A ce titre, il devait aller vite à l’identification, au lieu de chercher à résoudre les questions de développement. Quand les Ivoiriens auraient leurs papiers et que l’élection se ferait, le candidat élu construirait alors des écoles, des hôpitaux et des routes. Selon L’Intelligent d’Abidjan, telle n’était pas la vocation de Guillaume Soro, encore moins l’esprit de l’accord de Ouagadougou. L’accord de Ouagadougou n’était pas un accord pour gouverner et développer le pays, mais pour sortir de la crise. Il ne fallait pas le faire durer. D’ailleurs, quand la période de grâce est passée, vous avez bien vu que Laurent Gbagbo a failli remettre en cause, un acquis important de Ouaga : l’enrôlement avec l’extrait de naissance. Alors que Ouaga avait réglé la question de l’enrôlement et de l’identification. Mais le fait de n’avoir pas commencé par cela immédiatement, a fait ressortir les craintes, et retardé tout le processus. Il y a eu la double dissolution, et les élections n’ont pas permis de sortir de la crise, malgré les quatre ans de Ouaga, qui n’ont pas permis de liquider vraiment tous les contentieux et les ressentiments. C’est ce que nous craignions et nous dénoncions ! Nous le faisions pour la Côte d’Ivoire. Pas pour Désiré Tagro, mais il s’est trouvé que le ministre de l’Intérieur partageait cette façon de voir.

Votre journal dénonçait les questions d’identification, parlait des fraudeurs, et voici que vous aussi, êtes épinglé pour faux et usage de faux, est-ce parce que vous gêniez ?

Mais qui est-ce que je gênais par mes révélations ? En tout cas, l’IA défendait la position de Marcoussis et de Ouaga sur l’identification. Donc, il devait y avoir une sorte d’amitié pour les cas éventuels de fraude. Mais patatras, voici que je suis épinglé. L’affaire est encore un peu pendante à la justice. Donc, je ne vais pas y aller dans le fond, même si j’ai tous mes papiers ivoiriens sans problème aujourd’hui.

Quel rôle Désiré Tagro a joué dans vos déboires ?

Jusqu’au bout, Désiré Tagro a essayé d’empêcher qu’on m’arrête. Et au FPI, les anti-Tagro riaient de ce Bété, qui protégeait les étrangers, dont des amis étaient des fils d’étrangers. D’ailleurs, le ministre de l’Intérieur se plaignait du procès qu’on lui faisait toujours au sein du parti, pour avoir signé l’accord de Ouagadougou, alors qu’à l’époque, les FN lui reprochaient également de saboter le même accord. Désiré Tagro était emmerdé de part et d’autre. Donc la pression était forte sur lui contre moi, et il a fini par céder. Durant un mois, j’avais été convoqué à la police judiciaire et même à la gendarmerie. L’enquête suivait son cours sur plainte d’individus anonymes. Suivez mon regard… Les charges n’étant pas suffisantes, je n’avais pas encore été arrêté. Désiré Tagro suivait l’enquête. Il voulait avoir le cœur net sur ce qu’on disait, et laissait donc faire. Pendant ce temps, il continuait à me recevoir souvent. Ne me reprochant rien, et étant en plein dans ma campagne pour l’UNJCI, je n’ai pas voulu embarrasser le ministre de l’Intérieur avec cette histoire que je considérais comme un petit problème. Je partais donc répondre aux convocations de la police, sans mes avocats, et je retournais. Cela s’est passé à plusieurs reprises. Je n’ai même pas dit un mot à Ben Soumahoro, qui pouvait pourtant s’en ouvrir à Laurent Gbagbo pour déplorer et dénoncer les tracasseries dont j’étais l’objet. Et je pense que cela aurait pris vite fin. En fait, moi-même, je voulais que tout soit tiré au clair, pour que je cesse de subir le chantage de certaines personnes. J’étais serein, et je n’ai donc demandé l’aide de personne. On a trouvé que j’étais gonflé, et qu’il fallait me montrer que je ne suis rien. Moi, je ne voulais pas négocier des choses, pour éviter d’être un président faible et redevable à qui que ce soit si j’étais élu à la tête de l’UNJCI. Comme si la police judiciaire et la gendarmerie semblaient avoir peur de prendre le gros morceau que je suis, mon dossier a été transféré aux Renseignements généraux. Il me semble qu’il s’agissait un peu de dessaisir Désiré Tagro, et de faire suivre l’affaire directement par Laurent Gbagbo, dont certains conseillers comme Kadet Bertin et Alcide Djédjé voyaient d’un mauvais œil, ma prétention à diriger l’Unjci. On me soupçonnait de vouloir mettre l’association à la solde d’Alassane Ouattara et du RDR. Ils avaient fait un rapport disant que ma campagne était financée par le RDR. Les RG étaient à mes trousses. Je devais être arrêté un jeudi, puis un vendredi. Mais des interventions multiples y compris celles de Désiré Tagro et plusieurs ministres ont empêché que je sois arrêté le week-end.

Et pourtant c’est dans le bureau de Désiré Tagro que vous avez été arrêté et vous avez parlé d’un guet-apens, l’IA l’a même critiqué, que s’est-il passé ?

Ce lundi-là, à la veille de l’élection de Barack Obama, Désiré Tagro reçoit des pressions, parce qu’il empêche qu’on m’arrête. Le chef de l’Etat lui-même monte au créneau et le met en demeure de me trouver, car Laurent Gbagbo aurait appris que j’ai fui le pays. Le lundi matin, on m’attend à la police ; je refuse d’y aller sachant qu’on voulait m’arrêter. Je me mets en lieu sûr et je demande à mes interlocuteurs de se fatiguer pour me chercher, et me trouver, s’ils veulent me prendre. Le cabinet de Tagro m’appelle en vain. Son entourage me cherche. La République est en branle. Désiré Tagro appelle alors Ben Soumahoro, pour lui dire de me convaincre de venir à son bureau et non à la sûreté. Il lui promet que c’est dans son bureau que mon P.V serait signé, et que je rentrerai ensuite chez moi. Pour rassurer Ben Soumahoro, il lui demande de m’accompagner s’il veut. Avec toutes ces assurances, Ben Soumahoro me demande de sortir de ma cachette. Je me rends au Plateau et je suis introduit aussitôt dans le bureau de Désiré Tagro. Il me dit : mais Alafé, tu veux me créer des problèmes. Ton affaire avec Tapé Koulou (paix à son âme), devient sérieuse. On me menace. Tout le week-end, le chef de l’Etat m’a appelé pour me parler de toi, et a menacé de m’entendre si tu fuis le pays, ou si on ne t’arrête pas. Je ne comprends rien ». Le ministre me demande de ne pas m’inquiéter et qu’il ferait tout pour me protéger, puis appelle le directeur des Renseignements généraux, le commissaire Goulehi, qui attendait à son secrétariat. Au directeur des Renseignements généraux, il dit : « vous lui faites signer son PV et vous m’appelez pour les instructions ». Je dis au ministre, j’espère que ce n’est pas pour m’arrêter. Et Désiré Tagro, me rassure et me dit de ne pas m’inquiéter. En allant à la sûreté, je n’ai pas accès à mon véhicule. Je suis conduit dans une Peugeot 205 banalisée de la police, assis à l’arrière entre le commissaire et un autre élément. On me demande de ne plus téléphoner. On me reprochait de faire trop d’interventions. Donc il fallait m’isoler et mettre fin aux interventions et pressions intempestives, venant de partout. Finalement, je suis arrêté. De la sûreté, je suis conduit à la DST où je passe ma première nuit. Tout le monde connaît la suite.

Cela fait pratiquement trois ans jour pour jour, aujourd’hui. Avez-vous revu après Désiré Tagro et Laurent Gbagbo ?

Je n’avais pas envie de voir Désiré Tagro. A quoi cela sert de fréquenter un ministre de l’Intérieur si cela ne peut pas vous mettre à l’abri de l’injustice et de l’arbitraire ? Si Désiré Tagro n’avait pas fait le choix de sauver son fauteuil, et était resté sur les principes, cette affaire serait-elle arrivée ? Je crois que lui non plus n’avait pas envie de me voir. Mais à deux ou trois reprises, il a rencontré Ben Soumahoro et a demandé après moi. Il a dit qu’il allait trouver un moment pour qu’on règle nos contentieux et pour que les malentendus soient dissipés. Après avoir tout fait pour me protéger, Désiré Tagro a fini par être contaminé par la colère du président Laurent Gbagbo. Il est alors devenu plus royaliste que le roi, et s’est mis à la manœuvre. Refusant d’être dessaisi du dossier, il l’a alors récupéré et géré avec zèle. C’est symptomatique des dérives de la volonté du prince. Quand dans la période, Ben Soumahoro, après avoir parlé avec Simone Gbagbo, est allé voir Désiré Tagro, pour lui reprocher d’avoir abusé de sa confiance en le poussant à me promettre que je ne serai pas arrêté, le ministre de l’Intérieur lui a répondu ceci : «grand frère, tu cherches à rencontrer le président. Si tu le vois, ne lui parle pas d’Alafé. Le président me charge de te dire que cette affaire est bonne pour nous. Quand ça va se calmer, on va trouver une solution, mais ce n’est pas le moment.» Effectivement, la veille, Ben Soumahoro était avec Simone Gbagbo, pendant au moins deux heures. La première dame lui a avoué son impuissance devant la situation; elle a conseillé qu’il parle au président lui-même, tout en ajoutant que ce n’était pas le moment. Pendant qu’il partait de la résidence, Laurent Gbagbo est apparu. Il a été chaleureux comme d’habitude, comme si de rien n’était. Ayant encore en tête, les paroles de Simone Gbagbo, Ben Soumahoro n’a pas voulu aller plus loin, préférant rencontrer le lendemain Désiré Tagro. Pendant ce temps, mon élément filmé n’était pas encore passé à la télévision, et une bataille féroce se passait autour du sort qu’il fallait me réserver. Le jour de mon procès, c’est le procureur Tchimou qui a fait des confidences à Ben Soumahoro. Des magistrats révoltés se battaient pour avoir le dossier, ils étaient prêts à déclarer un non lieu, à me libérer ; mais pour éviter toute surprise, l’affaire avait été ficelée à ce niveau par le parquet. Laurent Gbagbo, je l’ai rencontré en Mai 2009, quelques mois après ma sortie à l’occasion d’une audience accordée au Gepci conduit par le président Denis Kah Zion. Il m’a salué chaleureusement et m’a demandé les nouvelles de l’Université. Pour lui, la Maca, c’était une école de formation, une université. Il a demandé si j’avais pu visiter sa cellule. La page était tournée pour lui.

Mais vous avez quand même revu Désiré Tagro après…

Oui, je l’ai vu lors de la crise de l’école de police. Nous avions une position pro-Koulibaly qui dérangeait certains de ses proches. Qui m’ont contacté et proposé de le rencontrer. Nous étions en Juin 2010. J’ai rencontré un homme angoissé et stressé. Un homme révolté contre Mamadou Koulibaly. Un homme apeuré, qui me reprochait de l’attaquer au profit de Koulibaly, et de vouloir me venger pour ce qui m’est arrivé. Je lui ai dit que je ne fais que mon travail. Il m’a expliqué sa version de l’affaire de l’école de police. Il a dit qu’il en a marre des coups bas du FPI, que son objectif était la victoire de Laurent Gbagbo et qu’après, il demanderait à partir; que Mamadou Koulibaly était un homme léger, qui voulait les faire perdre, qu’il ne reprochait rien en tant que ministre de l’Intérieur ; que malgré les réserves du FPI sur Ouaga, le parti avait fait bloc autour de lui contre Koulibaly. Le ministre Désiré Tagro était dans la paranoïa. Il pensait que j’avais un enregistreur caché. Il a parlé du coup d’un journaliste qui l’avait piégé et avait enregistré ses propos à son insu. Des propos qu’il est allé faire écouter à Mamadou Koulibaly. Il a palpé mes poches, a pris mes portables et les a éteints, tout le temps qu’on a causé. Mais ce qui semblait le déranger, c’était au moment où il me rencontrait, l’absence d’un soutien ferme et radical de Laurent Gbagbo qui était à l’époque au Maroc. Ce soutien viendra au retour du chef de l’Etat, qui tout en ménageant Mamadou Koulibaly, refusera de brûler Désiré Tagro, en confiant l’enquête à Tchimou sur proposition de Désiré Tagro. Cet épisode a été déterminant dans sa loyauté et son appui à Laurent Gbagbo jusqu’au bout. Cette affaire lui avait fait perdre de sa superbe, et le secrétariat général de la présidence après l’élection contestée. C’était sa sortie du système Gbagbo. Mais la crise est intervenue, et elle l’a encore repositionné. Concernant nos rapports personnels, je lui ai rendu gratitude au cours de l’entretien, pour ce qu’il avait fait pour empêcher qu’on m’arrête. Mais j’ai déploré qu’il n’ait pas apporté assistance au pensionnaire de la Maca que j’ai été pendant 45 jours. Il a dit qu’il estimait que ce n’était pas nécessaire, que son devoir était de m’empêcher d’être à la Maca. N’ayant pas réussi cela, c’était, selon lui, hypocrite de m’envoyer des gens et des choses. Quand je partais, il m’a remis une enveloppe de 5 millions de FCFA. Pas pour le défendre dans le journal, mais pour rembourser mes frais d’avocat. En matière d’argent, il tenait souvent ses engagements. Il disait en avoir assez pour les siens. Mais affirmait ne pas être hyper riche. Il refusait de prendre des engagements qu’il ne pouvait pas tenir. Par la suite, il n’a pas souhaité me rencontrer à nouveau, car des gens autour de lui, ne souhaitaient pas ce retour en force. Je suis donc resté dans mon coin, sans contact avec lui, jusqu’à l’élection, et tout le temps que la crise a duré.

Que retenez-vous de l’homme ?

Laurent Gbagbo l’aimait bien. C’était un homme direct et entier. Un grand bosseur, qui a mal pris pendant longtemps les mauvais rapports qu’il avait avec le Premier ministre Guillaume Soro. Il était souvent inaccessible, et aimait jouer les mystérieux, les policiers. Il disait à Laurent Gbagbo des choses que les autres ne pouvaient pas lui dire. Laurent Gbagbo aimait bien cet homme de vérité et de loyauté. Mais Laurent Gbagbo était le seul et vrai chef du système. Ceux qui paraissaient forts, comme Blé Goudé, Simone Gbagbo, Alcide Djédjé ou même Désiré Tagro, ne l’étaient que par la volonté du chef et avec son accord. Laurent Gbagbo savait dire non, et était intuitif. Dans la crise entre Soro et Tagro, Laurent Gbagbo a senti qu’il fallait continuer malgré tout avec Soro Guillaume contre les mises en garde de Tagro. Il n’avait pas d’autre choix, selon lui. Désiré Tagro s’est alors rangé à la vision de Laurent Gbagbo, alors qu’il avait un plan B, qui consistait à aller plaider la paix avec la France, en éjectant Guillaume Soro. Désiré Tagro proposait à Laurent Gbagbo de faire par le biais de (encore lui), Compaoré la paix avec Sarkozy et la France, en sacrifiant Guillaume Soro et en proposant au RHDP de trouver un Premier ministre RHDP. Mais il n’a pas pu emballer Laurent Gbagbo avec cette idée, qui ne voulait pas apparaître comme un irresponsable, après avoir entraîné contre le gré de bien de gens, et même de son camp ; l’ancien chef de l’Etat ne voulait plus d’aventure. Par exemple, dans l’affaire de la double dissolution, Laurent Gbagbo a mis Désiré Tagro devant le fait accompli. Un jour pour montrer le zèle des autres autour de Laurent Gbagbo, Désiré Tagro m’a raconté l’anecdote suivante : « on était en réunion et Laurent Gbagbo parlait. Je l’ai alors arrêté. Sokoury Bohui a réagi aussitôt pour déplorer que je coupe le chef de l’Etat, et pose des préalables. Selon lui, quand le chef de l’Etat parle, on ne doit pas le couper. Mais le président m’a autorisé à parler. J’ai dit que c’est Laurent Gbagbo, qui nous a appris qu’il faut un ordre du jour, et un PV pour toute réunion. Là nous n’avons ni ordre du jour, ni un rapporteur. Le président a apprécié, et un ordre du jour a été donné, un rapporteur a été désigné». Voilà Tagro ! Un homme entier, vrai et direct ! En fait, il rappelait à Laurent Gbagbo, feu Boga Doudou. Savez-vous que plusieurs observateurs estiment que si Maître Boga Doudou n’avait pas été tué, les tergiversations du camp Gbagbo entre Marcoussis, ou non et tout le reste jusqu’à Ouaga, n’auraient pas eu lieu ; et qu’une solution plus rapide à la crise aurait été trouvée. Moi, j’ai réglé mon problème personnel avec Désiré Tagro. Je pense qu’il n’a pas eu une bonne et juste mort. S’il était en vie, il aurait pu donner mauvaise conscience à tant d’acteurs du processus actuel. Mais qui sait : peut-être, sa connaissance profonde du processus aurait pu aider à faire avancer la réconciliation." [...]

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Et si on en parlait ?


C’est aussi dans la boîte de Pandore ouverte par Sarkozy & Cie en Libye...



"Les liens entre l’arabité et l’africanité: le cas des noirs de Libye"

Par Moulzo / Afriques en Lutte. Extrait de San Finna — 9 novembre 2011 :

"Sayouba Sawadogo, universitaire originaire du Burkina Faso qui s’intéresse aux liens entre l’arabité et l’africanité évoquait le 14 septembre 2011 sur Radio Canada International (dans l’émission Tam Tam) le sort des noirs en Libye et pas seulement depuis la chute de Mouammar Kadhafi. Le racisme à l’égard des noirs est très important dans les pays arabes et on n’en parle que très peu d’après l’universitaire, c’est un sujet tabou depuis toujours. La Libye n’échappe pas à cet état de fait car bien que Kadhafi ne cesse de revendiquer son africanité, sa relation avec les noirs d’Afrique est ambigüe. En effet, parlant des immigrés africains en route vers l’Europe, Kadhafi déclarait avant sa chute « nous ne savons pas si l’Europe restera un peuple uni ou sera détruit comme cela s’est fait avec les invasions barbares ».

Il ne faut pas oublier en effet qu’il y a beaucoup de noirs non originaires d’Afrique subsaharienne dans les pays du Maghreb et ces derniers se considèrent comme arabes mais il est rare de voir des noirs dans les instances dirigeantes des pays arabes, y compris dans leurs représentations diplomatiques à l’étranger. Voici un extrait d’un texte de 1988 de Louis Blin intitulé « Les noirs dans l’Algérie contemporaine » : « Les Noirs ayant séjourné dans des pays arabes ont souvent de tristes souvenirs à raconter… On peut citer quelques faits parmi d’autres : à Oran ou à Tlemcen, des familles de vieille souche bourgeoise ont encore leur famille de domestiques noirs attitrée ; dans les films algériens tournés au Sahara, tels que ceux de Mohammed Lakhdar Hamina, aucun Noir n’apparaît, ce qui est un oubli probablement inconscient mais révélateur ; des étudiants algériens refusent de partager leur chambre en cité universitaire avec des Noirs, et même de passer des mémoires de fin d’études avec enseignant originaire d’Afrique noire, préférant un Français moins diplômé ; en 1979, le taux de scolarisation dans les cinq départements de I’Oranais s’élevait à 85 %, mais à 50 % seulement pour les Noirs, et les étudiants noirs algériens n’étaient que 5 sur 8000 à l’université d’Oran ; en général, les parents refusent de voir leurs enfants se marier avec plus foncés qu’eux, la pâleur du teint étant recherchée de façon quasi obsessionnelle. ». Certes, Il ne s’agit pas dans ce texte de la Libye mais de l’Algérie mais le racisme dans les pays arabes est bien réel, ce qui se passe actuellement en Libye n’est que la version extrême et décomplexée de ce racisme. Le noir est d’ailleurs souvent associé à l’esclave dans beaucoup de pays arabes et le terme pour désigner l’homme noir est souvent « esclave ». Dans la conscience collective de beaucoup de pays arabes, l’homme noir est un sous homme. M. Savadogo n’hésite d’ailleurs pas à parler de racisme culturel dans certains pays arabes.

En Libye, le racisme exacerbé à l’égard des noirs n’est donc pas une nouveauté. Considérés depuis toujours comme des sous hommes corvéables à merci, les immigrés africains installés en Libye souvent de façon provisoire souffrent en silence depuis de nombreuses années. La chute de Kadhafi n’a fait que révéler au grand jour la haine féroce à l’égard des immigrants africains, haine contenue tant que le dictateur libyen était aux amarres car ce dernier utilisait les immigrés comme un argument vis-à-vis des Européens, faisant de la Libye le dernier rempart contre l’immigration africaine. De plus, parce que Kadhafi utilisait les pétrodollars libyens pour financer gouvernements et politiques de l’Afrique subsaharienne et surtout pour l’avancée de l’union africaine dont il rêvait d’être le Roi, les Libyens ont ressenti comme une grande injustice le fait que les richesses de leur pays aillent financer les ambitions du dictateur en Afrique noire. A cela s’ajoute le fait que Kadhafi a effectivement recruté des mercenaires parmi lesquels des africains noirs mais pas seulement. Il y avait aussi de Libyens noirs originaires du sud ainsi que des arabes d’autres pays. A la chute de Kadhafi, les noirs vont devenir les principaux boucs émissaires et les exécutions ciblées de noirs par les forces du Conseil National de Transition vont devenir la règle. Une véritable épuration ethnique accompagne l’avancée des rebelles dont certains n’hésitent pas à crier tout haut : « plus de noirs en Libye ! ». Traqués, les noirs subsahariens se réfugient dans des camps de fortune en attendant une improbable évacuation. Bien évidemment, peu d’hommes politiques africains ont dénoncé ce racisme à l’égard des noirs en Libye. Et très peu de pays feront l’effort d’aller chercher leurs ressortissants.

Aucune révolution ne peut se construire sur la base du racisme. Il appartient aux nouvelles autorités de la Libye, ainsi que les pays d’Europe qui ont soutenu la rébellion de le rappeler en permanence pour ne pas être complices de ce climat de terreur et de haine"… […]

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jeudi 10 novembre 2011

Censures. Autocensures. Manipulations. Impunité



"Non à la subversion de l’histoire africaine"

Par Théophile Kouamouo. Extrait du Nouveau Courrier :

"C’était il y a sept ans. Le président français de l’époque, Jacques Chirac, accusait son homologue ivoirien Laurent Gbagbo d’avoir ordonné l’attaque d’une base-vie de l’armée française à Bouaké en plein milieu d’une offensive de l’armée ivoirienne à Bouaké, fief des rebelles occupant la moitié du pays depuis plus de deux ans. Sans aucune autre forme de procès, Paris choisissait de détruire toute l’aviation ivoirienne, d’occuper les aéroports du pays, et de tirer sur des milliers de jeunes Ivoiriens – occasionnant officiellement 64 morts.

Le bombardement de Bouaké et l’expédition coloniale d’Abidjan, en 2004, constituent un beau matériau, qui sera «travaillé» demain par les historiens africanistes. Ils témoignent, en effet, d’un certain nombre de réalités centrales de la relation franco-africaine de ce début de vingt-et-unième siècle. Premièrement, ils sont le signe de ce que nous appellerons de la culture de l’impunité d’un personnel politique hexagonal à qui il est accordé une sorte de blanc-seing total dès qu’il s’agit du continent noir. En novembre 2004, neuf Français ont été tués, dans des conditions jamais élucidées. Les gouvernements successifs de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy ont étouffé l’affaire, détruisant les preuves pouvant conduire à la manifestation de la vérité, faisant disparaître les principaux suspects, utilisant sans vergogne le secret-défense pour se protéger… Cela n’a causé aucun scandale de grande ampleur en France. En novembre 2004, des dizaines d’Ivoiriens désarmés ont été tués dans une violence inouïe par la force Licorne. Ceux qui ont ordonné de tirer sur eux, souvent à partir d’hélicoptères les transformant en torches vivantes, n’ont pas été le moins du monde inquiétés. Les milliers de blessés de ces «jours de feu» n’ont jamais été indemnisés. L’impunité totale donc, à une époque où les pays occidentaux, dont la France, vendent sur la scène internationale des thèmes comme la manifestation impérieuse de la vérité, le devoir de rendre des comptes et la «responsabilité de protéger» comme des absolus non négociables.


La machine à étouffer

Cette impunité n’est politiquement soutenable que parce qu’une «machine à étouffer» bien rodée et quasi-unanime fonctionne à plein régime. A part Amnesty International, les grandes organisations internationales de défense des droits de l’Homme «oublient» de mentionner le massacre de dizaines d’Ivoiriens par l’armée française d’il y a sept ans. Sur un plateau de la chaîne de télévision Telesud, Florent Geel de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) a même réfuté le terme de massacres, parlant de «provocations» et «d’Ivoiriens qui ont tué d’autres Ivoiriens», comme si cela changeait ou excusait quoi que ce soit. Serviles accompagnateurs des stratégies de puissance de leurs Etats, de nombreux médias occidentaux perdent leur esprit critique dès lors qu’ils «couvrent» un sujet international «sensible». Censures. Autocensures. Manipulations. Dès le début, la fable racontée par le pouvoir chiraquien sur novembre 2004 à Bouaké ne tenait pas la route. Cela n’a pas empêché la quasi-totalité des médias hexagonaux de pratiquer, comme l’écrivait Daniel Schneidermann, le «journalisme en uniforme». Ils ont tous tu la réalité des massacres de l’Ivoire jusqu’à ce que Canal + brise l’omerta – et renonce à rediffuser son document « Quatre jours de feu » sous des pressions diverses. Aujourd’hui encore, quand Amnesty International évoque le rôle problématique de l’armée française le 11 avril dernier et rappelle novembre 2004 dans un rapport, quand la Cour pénale internationale évoque des plaintes contre la Force Licorne, à côté de celles visant les FDS et les FRCI, les médias «internationaux» ne relaient pas. Aujourd’hui, quand certains quotidiens français se résolvent à publier des enquêtes sur les mystères de Bouaké, ils le font autant pour ne pas se faire accuser de connivence que pour brouiller les pistes à travers des récits tellement complexes que le lecteur-citoyen, découragé, s’y perd.


Un embargo sur l’histoire du continent

Plus profondément, les ombres de Bouaké nous interpellent sur un phénomène fondamentalement préoccupant. La subversion permanente de l’Histoire africaine. Si l’on suit la logique de l’enquête de Mediapart [...], et qui confirme en partie des révélations que nous avons faites en mai 2010, quand nous diffusions le contenu du «mémo» de l’avocat des victimes françaises Jean Balan, le bombardement de Bouaké a été «voulu» par les dirigeants français, qui cherchaient un prétexte pour renverser Gbagbo. Un auto-goal, en quelque sorte. Une sordide manœuvre de manipulation qui, si elle avait été racontée à l’opinion africaine et mondiale, aurait mis en lumière un certain nombre de faits fondamentaux. Premièrement, ce qui apparaît comme le «sacrifice» de neuf de ses soldats montre à quel point la France officielle tenait au maintien de la rébellion ivoirienne, et au trépas politique de Laurent Gbagbo. Deuxièmement, une puissance qui ment, dissimule, tue, provoque le chaos en novembre 2004 sur des bases fallacieuses peut-elle être considérée, en décembre 2010, comme sérieuse et au-dessus de tout soupçon quand elle embarque la communauté internationale dans un combat singulier contre Laurent Gbagbo, au profit d’Alassane Ouattara"... [...]


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