mardi 1 novembre 2011

En "marge" du G20 à Cannes



Où trouver l’argent pour reconstruire la Côte d’Ivoire ?

Par Théophile Kouamouo. Extrait du Nouveau Courrier - 31/10/11 :

Peur sur l'Europe ! Jeudi et vendredi prochains, le G20 se réunira à Cannes, ville balnéaire française, située sur la Côte d'Azur. On peut d'ores et déjà être sûrs d'une chose : l'atmosphère sera très éloignée du glamour du festival de cinéma qui s'y déroule chaque année. Et pour cause. Cannes sera, d'une certaine manière, le lieu de l'humiliation de l'Union européenne et du triomphe de la Chine, à laquelle il sera demandé de voler au secours des anciennes notabilités de l'économie mondiale, menacées par un effondrement qui, ironie de l'Histoire, semble partir d'une des places fortes de la civilisation occidentale historique : la Grèce.

Les Chinois ne boudent pas leur plaisir. Par la bouche de leur vice-ministre des Finances, ils indiquent n'avoir pas encore "décidé" d'investir dans le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Ils seront, disent-ils, attentifs aux "détails techniques pour y voir clair". Impériaux, ils demandent aux Européens "de prendre leurs responsabilités et de mettre de l'ordre chez eux". Vu d'Afrique, tout cela rappelle la fermeté à la limite de la dureté des responsables politiques européens face à la situation économique exsangue du continent qui a ouvert la voie aux très douloureux programmes d'ajustement structurels (PAS) il y a environ un quart de siècle. La roue tourne, assurément. Et l'Afrique doit tirer toutes les leçons de cette "révolution".

En Côte d'Ivoire aussi, l'on ne saurait éluder la réflexion sur cette nouvelle donne. Même si cette réflexion dérangera forcément les dirigeants d'un pays qui apparaît très clairement comme un "dominion" français et occidental, reconquis à coups de bombes par Nicolas Sarkozy, qui tient visiblement à se poser en nouveau Napoléon. Alors qu'Alassane Ouattara s'en va quasi-mensuellement en France et aime à s'afficher avec tout ce qui représente la droite et le patronat de l'Hexagone, l'on ne peut s'empêcher de poser une question : les besoins financiers nécessaires à la reconstruction du pays des Eléphants sont-ils encore à la mesure de l'ex-colonisateur et de ses alliés occidentaux ? Alors que nos anciens (et nouveaux?) maîtres s'en vont chercher eux-mêmes leur secours auprès d'une Chine dont ils nous déconseillaient fortement les capitaux avant-hier, pouvons-nous encore raisonnablement penser qu'ils détiennent les clés de notre avenir économique ?


Mensonges politiciens et réalité du terrain

Poser sérieusement ces questions, c'est admettre de renoncer à la mythologie grotesque du "argent-diamant-or". Cette propagande vieille de près de deux décennies qui tentait de convaincre la Côte d'Ivoire de ce que, parce qu'il sortait "de la cuisse du FMI" et était l'ami – ou plus honnêtement l'obligé – d'un certain nombre de décideurs politiques et économiques occidentaux, Alassane Ouattara ferait tomber sur le pays une soudaine pluie de milliards et permettrait de déverser sur la Côte d'Ivoire des trésors jusqu'ici interdits parce que le "prédestiné"(selon l'expression du philosophe Yacouba Konaté) n'avait pas encore pris la place qui lui revenait à la tête du pays. "Je suis un banquier, je sais où trouver l'argent", affirmait ainsi pendant la campagne électorale, l'ancien Premier ministre d'Houphouët-Boigny.

Il est aujourd'hui au pouvoir. Et l'argent n'est pas là. Si l'Université de Cocody, pillée méthodiquement par ses partisans en avril 2011 – et jusqu'à bien après, selon des témoignages concordants – demeure fermée, si les étudiants ivoiriens sont bien partis pour connaître deux années blanches de suite, c'est parce qu'il n'y a pas d'argent. Si des manœuvres toujours plus imaginatives sont mises en place pour étaler sur plusieurs semaines la rémunération de certaines catégories de fonctionnaires, c'est parce qu'il n'y a pas d'argent. On pourrait énumérer pendant longtemps toutes les preuves manifestes de la préoccupante pénurie de liquidités qui fait souffrir la Côte d'Ivoire, loin de la langue de bois emplie de fausse satisfaction qui dégouline des communiqués officiels.

Que faire pour trouver l'argent ? Il faut déjà se convaincre que le régime Ouattara ne peut raisonnablement pas courir plusieurs lièvres à la fois. Il ne peut se laisser aller à sa folie vengeresse, tenter de monopoliser artificiellement l'espace politique… et arriver à une croissance économique durable. Les investisseurs, locaux comme étrangers, sont rationnels. En l'absence d'un consensus national sur les questions politiques fondamentales, ils prendront des risques mesurés. D'autant plus que l'âge du capitaine ne permet pas d'imaginer un règne infini, que les rapports de force véritables pourront s'exprimer à n'importe quel moment, et que le positionnement partisan de la "communauté internationale" fait de la France, par exemple, un acteur de la politique nationale, et expose naturellement ses entreprises à de possibles retours de bâton. Les ruses et les campagnes de communication partisanes orchestrées par des lobbies internationaux amis de l'actuel régime ne sont, dans le contexte actuel, que des malheureuses cautères sur des jambes de bois. Petite question anticipatrice. Comment Ouattara imposera-t-il donc au pays la cure d'austérité réclamée par ses amis bailleurs de fonds alors qu'il apparaît comme le persécuteur d'au moins la moitié des Ivoiriens ?


Les choix de survie

Au-delà d'une indispensable détente politique interne reposant sur des bases solides, la Côte d'Ivoire sera bien obligée, à un moment donné, de revoir fondamentalement son modèle économique et ses options diplomatiques. Ouattara n'est pas le mieux placé pour négocier ce virage, mais il faudra se résoudre à regarder autant vers l'Est et les pays émergents, que vers un Ouest fatigué aujourd'hui, plus disposé à recevoir qu'à donner. Par ailleurs, alors que les bailleurs de fonds traditionnels sont obsédés par l'abandon par l'Etat ivoirien de l'ensemble des leviers et des moyens de production, voire de mobilisation conséquente de fonds à travers une fiscalité forte, il faut bien se demander si ce n'est pas un Etat investisseur, ayant renoncé aux dogmes menteurs de l'économie libérale orthodoxe qui pourra être le pilier d'un vrai miracle économique qui passera forcément par"... [...]


Lire la suite sur Le Nouveau Courrier...


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire