jeudi 6 mai 2010

Du "sociétalisme" au "pipol"



"Sociétalisme". C'est le terme par lequel il me semble falloir qualifier cette voie de garage par laquelle on enferre la gauche dans des problématiques qui ne mangent pas de pain ("sociétalisme", terme que j'ai évoqué en commentaire). Cf. aussi ici.

Les problématiques "sociétalistes" tournent autour de questions de société dont les solutions "libérales" sont censées caractériser "la gauche"... qui du coup met un point d'honneur à jouer les avant-gardistes en s'alignant sur des solutions qui ne dérangent plus la droite "conservatrice" depuis belle lurette, et qui n'ont jamais dérangé la droite "moderne".

Ces combats se confondant facilement avec des combats socialistes, la gauche s'y laisse aisément piéger. Et tant qu'elle en est à ces combats réputés "pensée 68" que lui impose l'agenda médiatique, elle est toujours à même de s'aligner sur les positions les plus antisociales en matière de droits sociaux acquis... pourvu que l'honneur soit sauf sur les questions sociétales.

C'est ce qui explique le juste coup de gueule de Mélenchon, devenu "buzz", face au jeune journaliste lui posant une question sociétale type : "vaut-il mieux des bordels que des prostituées 'libérales'" ?

Qui n'a pas compris la distinction socialiste / sociétaliste se laisserait piéger à une telle question. Qui, parmi les visionneurs de la vidéo-buzz, n'a pas compris cette distinction, juge incompréhensible le coup de gueule de Mélenchon - se disant : "après tout c'est une question qui vaut d'être posée !" Et quand Mélenchon réplique "on s'en fout," le sociétaliste se dit, moitié scandalisé : "oh ! il se fout de la condition des prostituées", quand Mélenchon est simplement en train de dire que lorsque ces questions sociétales deviennent des cœurs de débats, on a tout simplement embourbé le débat politique. Or en regard du débat politique, il est sain de répondre comme Mélenchon a répondu : personne de sensé ne fonde un engagement politique en se demandant s'il préfère aller au bordel ou au bois de Boulogne !

En posant cette question sociétale que Mélenchon venait de dénoncer comme telle - elle avait fait la une de tel journal ! -, le jeune journaliste vient de remplir son office d'apprenti communicateur "pipol". Entre une question sociétale de cet ordre et la Zahia des bleus en une d'un magazine célèbre, la frontière est celle qui ne sépare plus le "sociétalisme" du pipol.



Et nombre de socialistes et de journaux réputés de gauche n'en ont aucune conscience, accaparés qu'ils sont par les questions sociétales qu'un certain agenda leur impose au même titre que la vie privée de la famille royale élyséenne...

Et lesdits socialistes accaparés par l'agenda médiatique, de se croire avant-gardistes quand ils proposent les solutions réputées "libérales" héritées de 68 à ces problématiques pour lesquelles la droite "moderne" a adopté depuis beau temps... les mêmes solutions, tandis qu'elle appuie silencieusement (hors du regard de la presse préoccupée de sociétalisme) tel ou tel des traficotages boursiers ruinant des pays entiers, auxquels la gauche sociétaliste se range sans difficultés !

Autre exemple, plus ancien : les débats interminables sur le pacs, pacs auquel la droite s'est rangée en quelques mois. Voilà des débats qui ont pourtant accaparé la gauche, lui mobilisant pour des mois une énergie d'enfonceurs de portes ouvertes sociétales... pour des solutions qui au fond ne mangent pas de pain, et que la droite "libérale" "moderne" fait de toute façon toujours siennes toute seule.

Les illustrations télévisuelles de ce que ces enfoncements de portes ouvertes par la gauche ne sont que des enfoncements de portes ouvertes sont foison... et passent inaperçues. Quelle télé propriété de grands groupes dont la gauche est censée combattre les méfaits sociaux ou l'incivisme (évasion fiscale) ne fait pas ses choux gras en nous tirant des larmes en faveur de solutions sociétales bienveillantes (genre présentations d'amours homosexuelles entravées par le conservatisme, ou au contraire libérées par la générosité des publicités visant là une nouvelle cible de marché) ?

Pour le même type d'agenda sociétaliste, mais d'actualité brûlante, et sur lequel tout le monde ou presque est d'accord, suivez mon regard...

Or c'est sur cela qu'un Mélenchon met le doigt - rendant enfin son rôle à la gauche en la différenciant là où elle est différente. Car quel est le vrai problème dans la crise actuelle : les questions concernant du choix du bordel, les histoires à la Zahia, celles des rumeurs élyséennes... ou celles de l'incivisme de ceux qui dirigent les médias qui nous imposent ces problématiques-là tout en payant leurs impôts a minima sous régimes de complaisance et en spéculant sur le sac de riz ou la dette des pays pauvres ? À ce point la Grèce pourrait ouvrir les yeux de la gauche... si celle-ci était moins accaparée par des problèmes sociétalistes ou pipol.

Ils ne sont pas nombreux ceux qui pointent ces questions là...



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