Lecture de deux interviews récentes du conseiller Afrique du nouveau Président français :

1) Kofi Yamgnane : "La France se sait contestée sur le continent africain, notamment par la jeunesse" - Afriquinfos.com - Jeudi 10 mai 2012
Le PS n’a jamais condamné l’intervention de la France en Libye et a mis le rôle décisif joué par l’armée française en Côte d’Ivoire sur le dos de «la défense de la vérité des urnes». Votre formation a-t-elle adopté ces positions en Libye et en Côte d’Ivoire par opportunisme politique ou elle y annonçait les couleurs d’une nouvelle lecture des relations franco-africaines ?
« Après la décision du Président de la République française dont c'est l'apanage exclusif, nos groupes parlementaires ont pris acte de l'intervention française en Libye ainsi qu'en Côte d'Ivoire. En intervenant ainsi dans ces conflits intérieurs propres à des pays souverains, la République française a répondu à la demande de la communauté internationale. Il s'agissait dans un cas, d'aider la «révolution libyenne» initiée par les Libyens eux-mêmes qui avaient décidé de reprendre leur sort en mains en construisant la démocratie politique de leur choix.
Dans l'autre cas, c'est toujours la Communauté internationale qui avait, à la demande même des différents protagonistes ivoiriens, accepté d'arbitrer un scrutin qui s'annonçait comme celui de tous les dangers. Dès lors que «l'arbitre » - l'objectif démocratique affiché étant de respecter le libre choix du peuple ivoirien- avait dit le droit en désignant un vainqueur et un vaincu, il était difficile de ne pas conduire le processus électoral jusqu'à son terme. »
C’est donc ce que dit Kofi Yamgnane — montrant ainsi que les bonnes intentions anti-françafricaines qu’il vient de proclamer au nom de François Hollande comme l’ont fait à tour de rôle tous les présidents français à leur prise de pouvoir pourraient voir leur concrétisation rapidement compromises ! (Re-belote, comme ses prédécesseurs ?).
Kofi Yamgnane, qui dit que "La France se sait contestée sur le continent africain, notamment par la jeunesse", fait-il semblant d’ignorer qu’elle l’est le plus précisément sur les deux points où il vient d’approuver sans le dire la politique de Sarkozy (ce qu'a fait auparavant le PS, vient de lui dire l’interviewer d’Afriquinfos : « Le PS n’a jamais condamné »). Voilà qui fait tache !
Le lendemain, apparemment, Kofi Yamgnane se corrige, se nuance : « Nous avons pensé que l’arbitre [la « communauté internationale »] - en fait, moi, j’ai pensé comme cela - que l’arbitre était sain et normal. Et puis, une fois qu’il a arbitré, ils ont contesté. Moi, je pensais qu’il fallait qu’effectivement que ce processus de démocratisation aille jusqu’au bout. Or, manifestement, ce n’était pas si clair que ça ».
Ah bon, il y aurait donc de l’espoir… L’extrait complet :
2) Nouvelle politique africaine, Côte d'Ivoire, Libye, Cpi… - Kofi Yamgnane (Conseiller de Hollande) : « Ce que François Hollande va faire » - Notre Voie - Vendredi 11 mai 2012
« François Hollande veut en finir avec ces méthodes surannées » qui ont prévalu sous Nicolas Sarkozy. Marquées par les interventions guerrières en Afrique (Côte d’Ivoire et Libye), et l’intrumentalisation de la cour pénale internationale (Cpi) à des fins obscures contre les dirigeants africains (cas de Laurent Gbagbo).
[…]
Interrogé par les journalistes d’Africa 24 sur le soutien du parti socialiste à la politique de Nicolas Sarkozy en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire et en Libye, Kofi Yamgnane s’est voulu clair : « Non, on n’a pas soutenu. Comprenez comment ça fonctionne la 5ème République. Le Président de la République est seul à décider des interventions militaires à l’extérieur. Il est seul. Le groupe parlementaire socialiste a pris acte de l’affaire en Libye en expliquant que ce n’est peut-être pas ça la solution. Mais peut-être que le chef de l’Etat avait-il des raisons et des renseignements que nous n’avions pas et qui lui permettait de faire ça. En Côte d’Ivoire, c’est pareil. Disons que, très sincèrement, on a pensé que les protagonistes de Côte d’Ivoire avaient demandé à l’Onu de venir arbitrer le scrutin. Nous avons pensé que l’arbitre - en fait, moi, j’ai pensé comme cela - que l’arbitre était sain et normal. Et puis, une fois qu’il a arbitré, ils ont contesté. Moi, je pensais qu’il fallait qu’effectivement que ce processus de démocratisation aille jusqu’au bout. Or, manifestement, ce n’était pas si clair que ça ». La compréhension de la situation véritable en Côte d’Ivoire et en Libye a fait son chemin dans la classe politique française. Aujourd’hui, comme l’avoue M. Yamgnane, beaucoup de politiques en France ont compris que Sarkozy n’a pas agi pour la Démocratie à Abidjan et à Tripoli. »
*
Voilà qui corrige heureusement son propos de la veille, mais laisse toutefois quelque peu sceptique ! « Nous avons pensé que l’arbitre - en fait, moi, j’ai pensé comme cela - que l’arbitre était sain et normal » Ah bon ! Était-ce de la naïveté (extrême), ou est-ce de la mauvaise foi ? Qui était donc la « communauté internationale » en forme d’ « arbitre » (sic) ? De qui était-elle la voix ? Kofi Yamgnane ne l’ignore évidemment pas : c’était Sarkozy, embarquant, comme « voix de l’Afrique » autoproclamée, tous les noms impressionnants qui résumaient à eux seuls, quand ils lui emboîtaient le pas, la « communauté internationale ».
Ce que, finalement, Kofi Yamgnane concède quelque peu : « manifestement, ce n’était pas si clair que ça ».
Ouah ! Bonne nouvelle ! En un jour, le PS a bougé. Comme quoi, il ne faut pas les lâcher. Ils savent très bien qu’ils n’ont pas été à la hauteur en ne condamnant pas le coup d’État sarkozien en Côte d’Ivoire, grimé en « arbitrage de scrutin » !… Scrutin truqué de façon éhontée et visible comme le nez au milieu de la figure, pour qui ne se voilait pas la face comme le PS ! Sachant ce qu’il savait ! Je cite Kofi Yamgnane — concernant les bombardements français en Libye : « Vous savez que l’Union africaine (Ua), qui était à l’époque présidée par Son Excellence le Président Obiang N’Guema de la Guinée Equatoriale, avait une solution négociée à proposer concernant la Libye. Ils ont formé une délégation pour aller en Libye. Sarkozy leur a dit : je vous interdis de monter dans l’avion parce que si vous passez l’espace aérien libyen, je vous flingue. Et bien, cela s’appelle de l’irrévérence, de l’irrespect. On ne parle pas comme cela à des pays qui sont souverains. »
Le PS bouge ? Bonne nouvelle. Il s’agit à présent qu’il bouge jusqu’au bout. Qu’il dénonce clairement la dictature instaurée par l’ « arbitre », à commencer par demander (publiquement, ce serait mieux,) la libération des prisonniers politiques, de celle du Français Michel Gbagbo, dont le seul acte politique qui lui est reproché est d’avoir reçu lors de sa naissance le nom de son père, à son père captif à La Haye pour s’être opposé à la forfaiture qui a emporté son pays dans la dictature en passant par tous les responsables détenus arbitrairement.
À des conditions de ce genre, les déclarations d’intention anti-françafricaines du nouveau pouvoir français commenceraient à devenir concrètes, et donc crédibles.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire