jeudi 3 mai 2012

Le soir où l'exploseur a failli exploser



Hollande a gagné aux points. Il suffit de voir le triomphe des observateurs de gauche, et la prudence de ceux de droite (groupies et état major UMP exceptés) : un sobre "Haute tension" en titre du Figaro, quand Libération clame en une : "Hollande préside le débat".

Hollande a donc gagné, ne serait-ce qu'en n'étant pas "explosé". Mais Hollande aurait pu mettre Sarkozy KO, l'"exploser" lui. Il aurait suffit que quelques mois en arrière, il ne cautionne pas servilement sa "politique" étrangère. On a "entendu" le silence feutré du dialogue sur le Mali où Sarkozy a osé l'énormité "la France est l'ancienne puissance coloniale et ne peut intervenir directement". Aucune réplique de Hollande, quelques mois seulement après les bombardements intensifs sur Abidjan, capitale d'une "ex"-colonie, pour en déloger le Président élu, reconnu par l'instance souveraine de son pays !

À ce point, Hollande - non plus que Sarkozy - n'est pas entré dans l'Histoire ! "Les réactions majoritairement violentes de la jeunesse africaine contre l’intervention de la France en Côte d’Ivoire et en Libye, fût-ce sur la demande du Conseil de sécurité, ont bien montré [...] que l’Afrique a désormais mal à la France. Ce mal doit être diagnostiqué et soigné avant qu’il ne soit trop tard", note Jean Baptiste Sipa sur Cameroonvoice.

Que dire face à cela quand Hollande persiste, et signe sa gémellité sarkozienne - dans une interview donnée à Christophe Courtin du Messager. Extrait, sur Cameroonvoice :

Cameroonvoice : "Il y a un peu plus d’une année, la France intervenait militairement en Côte d’Ivoire et en Libye, en même temps. Une bonne partie de la société civile et des intellectuels camerounais, à tort ou à raison, y voyaient une résurgence de l’arrogance et de l’esprit colonial français. Au Cameroun, la rue africaine était pro Gbagbo. Qu’en pensez-vous ?"

F. Hollande : "Dans les deux cas, la France est intervenue dans le cadre d'un mandat défini par le conseil de sécurité des Nations-Unies, pour protéger les populations civiles, ainsi que les ressortissants français, dans le cadre de la Côte d'Ivoire. Je suis favorable à ce que les Nations-Unis fassent prévaloir, chaque fois que cela est possible et nécessaire, le principe de "responsabilité de protéger". Ce principe doit toutefois être appliqué avec discernement, l'ingérence n'étant pas toujours le meilleur chemin de la stabilisation, pensons à l'Irak par exemple. Sur le fond du dossier ivoirien, je rappelle que l’ensemble des partis ivoiriens s’étaient mis d’accord, à Pretoria en 2005, pour que l’Onu accompagne le processus électoral puis, en 2007, en certifie les résultats.

Les Nations unies ont rempli cette mission, au premier tour, sans que personne y trouve à redire. Je regrette que les résultats certifiés par les Nations Unies au second tour n’aient pas été acceptés par Laurent Gbagbo. Le respect du vote est un principe fondamental, sans lequel il ne peut y avoir de démocratie. Je sais que le travail des Nations Unies a été contesté, mais pour ma part
[...]". Cf. l'interview sur Cameroonvoice.

On le voit, Hollande ne fait ici que rabâcher - on espère naïvement - la propagande sarkophile (répercutée par la presse, allant de la manipulation de l'Onu aux interprétations élargies de ses résolutions) !

Il ne pouvait donc pas aller jusqu'à exploser l'exploseur, qu'il a soutenu sans réserve dans des entreprises qui ont ruiné le crédit de la France au plan international. Pas un mot non plus du Niger concernant le nucléaire au cours du débat... Mais qu'en savent la plupart des Français ?

Il faudra pourtant bien tôt ou tard que le nouveau Président - un point qui a manqué cruellement dans son "moi, Président de la République" - regarde en face ce passif le plus lourd de la France dans le bilan sarkozien...

On votera certes pour Hollande : s'il n'a fait que soutenir Sarkozy quand il faisait bombarder Abidjan pour installer son ami Ouattara, Hollande n'a fait montre que d'une approbation passive (à l'instar de la plupart des opposants français socialistes ou centristes), là où l’exploseur a agi. Il sera donc plus facile pour Hollande de corriger la politique de plus en plus visiblement catastrophique de la France dans ses "ex"-colonies...


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