lundi 24 octobre 2011

"Des voix s’élèvent pour dénoncer un assassinat de Kadhafi : qu’en attendre ?"


Lu sur San Finna, hebdomadaire bukinabè, 21 octobre 2011 :

"Suite au déluge d’images et de vidéos concernant la mort de Kadhafi, on sait à présent que l’ex-président de la Libye était en vie lorsque le CNT l’a capturé. Dès lors, et conformément au droit international, il avait le statut de prisonnier de guerre et ne pouvait être exécuté. Pourtant quelques heures apres sa capture, il était prononcé mort par le CNT. Et les explications contradictoires données quant à la cause de son décès, ainsi que les photos et vidéos de son corps publiées sur internet, laissent peu de doute quant à la fin violente qu’a connu le guide libyen. Si, comme tout porte à croire, il a été exécuté après avoir été arrêté, s’il s’agit effectivement d’un assassinat, nous sommes en présence d’un crime de guerre passible de poursuite au plan international.

C’est donc naturellement que des voies ont commencé, ici et là, à s’élever pour questionner, et obtenir clarification sur, les conditions dans lesquelles Kadhafi a trouvé la mort le 21 Octobre 2011.

En effet, le Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Rupert Colville, a demandé une enquête sur les circonstances de la mort de Mouammar Kadhafi.

« A propos de la mort de Kadhafi hier (jeudi), les circonstances ne sont toujours pas claires. Nous estimons qu’une enquête est nécessaire. Il devrait y avoir une enquête compte tenu de ce que nous avons vu hier (jeudi) … Les deux vidéos de Kadhafi publiées jeudi, une de lui vivant, une de lui mort, (…) étaient très inquiétantes ». Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Rupert Colville.

Emboitant le pas à l’ONU, Francis Perrin, le vice-président d’Amnesty International France, a également demandé à ce qu’une enquête soit menée, estimant que la mort de Kadhafi pourrait en fait être une exécution extrajudiciaire ou un crime de guerre.

« Nous avons demandé au CNT qu’une enquête exhaustive indépendante et internationale soit conduite sur les conditions de la mort du colonel Kadhafi. Est-ce qu’il a été tué avant ou après avoir été arrêté ? Si c’est après, comme certaines images semblent le montrer ou le suggérer, cela s’appelle une exécution extrajudiciaire ou un crime de guerre et c’est quelque chose qui doit faire l’objet d’une enquête et être sanctionné ». Francis Perrin, le vice-président d’Amnesty International France

Bien que réclamant action et clarification, les poids lourds de ces organisations se montrent d’une prudence à peine voilée. Une attitude qui témoigne de ce que l’affaire est des plus délicates. Comment, en effet, ne pas réagir face à une violation du droit aussi flagrante quand on se dit être une organisation défendant les droits de l’homme ? Mais comment le faire lorsque l’on sait parfaitement qu’une enquête déterrerait des cadavres que l’on préférerait laisser dans des placards ? Des enquêteurs auraient énormément de mal à convaincre qui que ce soit que les conditions dans lesquelles Kadhafi a péri étaient « normales ». Ces enquêteurs auraient toutes les peines du monde à faire avaler au monde que ce à quoi nous avons affaire est autre chose qu’une exécution extrajudiciaire et que le CNT, mais aussi l’OTAN et des puissances occidentales telles que la France et les USA, n’ont pas commis un crime de guerre.

Car c’est bien de cela qu’il semble s’agir. Un crime de guerre.

Comme l’a fait clairement savoir Moscou, cette fois-ci, l’OTAN pourrait bien avoir franchi la ligne de non retour. En effet, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a critiqué, une fois de plus, l’action de l’OTAN en Libye, questionnant la légalité de la frappe de l’OTAN sur le convoi de Kadhafi. Pour le représentant de la diplomatie russe:

« Il n’y a aucun rapport entre la zone d’exclusion aérienne et une attaque contre un objectif au sol, en l’occurrence le convoi de Mouammar Kadhafi. D’autant qu’il ne pouvait être question de protéger des civils, vu que ce convoi n’attaquait personne, on peut même dire qu’il était en fuite. »

Et concernant les circonstances extrêmement floues, pour ne pas dire plus, de la mort de Kadhafi, il a déclaré ceci :

« Lorsqu’un participant à un conflit est capturé, il faut lui prêter assistance médicale s’il est blessé, il est catégoriquement interdit de le tuer. Kadhafi a été capturé étant blessé, et ensuite, on lui a ôté la vie. Ce n’est pas par hasard que les services du Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme ont déclaré aujourd’hui qu’il fallait mener une enquête sur les circonstances de sa mort, et j’ai la conviction qu’il faut mener une telle enquête. »

Pour autant, cela signifie-t-il que l’ONU va mener une enquête approfondie et indépendante et que les coupables, si coupables il y a, seront jugés selon les règles du droit international ? Seul un utopiste pur et dur pourrait le croire ! Une enquête impartiale voudrait que l’ONU prenne en compte non seulement les actes du CNT, mais aussi ceux de l’OTAN, de la France, du Royaume-Uni et des USA. Car en vérité, comment juger le CNT sans juger l’OTAN ? Et comment juger l’OTAN sans juger la France, le Royaume-Uni et les USA ?

Seulement voila, tout le monde sait très bien que l’ONU ne remettrait jamais en question les actions de ceux qui en tirent les ficelles, de ceux qui la nourrissent, de ceux qui la dirigent.

Il en résulte donc que toute enquête, si enquête il y a, se limitera à vaguement regarder du coté du CNT, et du CNT uniquement, et à soit trouver un bouc émissaire, soit décider que la mort de Kadhafi était « normale ». On peut donc, avant même qu’elle ait commencé ou qu’elle est été décidé, dire que cette enquête, si elle a lieu, sera une parodie"... [...]


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