samedi 1 octobre 2011

Pression des pouvoirs et autocensure de la presse


Décryptage sur un cas concret...

Dialogue avec Alassane Ouattara
Koné Katinan : "Voici les instructions de Gbagbo"


Interview par Théophile Kouamouo sur Le Nouveau Courrier n° 329 du 29.09.11 :

L’avertissement de Th. Kouamouo sur son blog :

"Dans la mesure où le CNP [Conseil national de la presse] d'Eugène Dié Kacou mène une guerre économique contre la presse libre ivoirienne et tente de l'affaiblir par des interdictions répétées, Le Nouveau Courrier s'est sagement "autocensuré" dans la publication de l'interview que Koné Katinan lui a donnée. La lire en intégralité ici bas, pour bien comprendre l'état d'esprit de celui dont il est le représentant et le porte-parole, Laurent Gbagbo."

L'interview et ses «compléments» (ce qui a sauté dans la version publiée est surligné en bleu, ce qui a été ajouté est surligné en vert) :

"Le porte-parole du fondateur du FPI évoque, dans cet entretien, l’initiative tardive de dialogue d’Alassane Ouattara, la centralité du rôle de Gbagbo dans la réconciliation, ainsi que l’offensive judiciaire tous azimuts déployée en ce moment.


L’actualité de ces derniers jours est marquée par la manifestation de la volonté d’Alassane Ouattara d’engager des discussions avec le FPI autour des élections législatives. Que pensez-vous de ce revirement ?

Je pense que les personnes les mieux indiquées pour répondre à cette question, ce sont les membres de la direction du FPI. Mais en tant que cadre, j’observe que ce revirement s’est fait à la suite d’un voyage que M. Ouattara a entrepris en Occident. Et comme la Côte d’Ivoire est dirigée depuis la France et l’Europe, on peut en conclure que ce sont des instructions qu’il a reçues. Je constate que cela fait plus de trois ou quatre mois que la direction du FPI a déposée – sans suite – une requête auprès de M. Ouattara. Je suppose que tout simplement ceux qui dirigent vraiment la Côte d’Ivoire lui demandent de le faire. Et il s’est exécuté.

Dans le fond, comment le FPI doit-il aborder cette question du dialogue avec Ouattara ? Quel est le regard du porte-parole et représentant du président Gbagbo ?

Comme je l’ai expliqué, ce sont des souhaits, des directives que je vais donner. Le FPI est un parti politique qui a des organes compétents qui décident. Les instructions du président Gbagbo sont en tout cas claires sur la question. Il y a un premier contentieux électoral — il concerne le scrutin présidentiel — qui n’a jamais été vidé. […] Ce n’est pas parce que l’armée française est intervenue sur instrumentalisation de Nicolas Sarkozy pour installer son ami au pouvoir que le contentieux sur la présidentielle est terminé en Côte d’Ivoire. Ce contentieux est pendant. […] C’est parce qu’il est pendant que le président de la République élu est en prison. Il faut que cette question-là soit posée et réellement discutée. On n’a pas fini ce contentieux électoral et on nous invite à aller à de nouvelles élections. Et dans les mêmes conditions ! Hier, l’armée particulière de M. Ouattara occupait le Nord du pays et n’avait pas désarmé. Aujourd’hui, elle occupe tout le pays. J’ai du mal à voir comment dans ce contexte on peut aller à des élections sans que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Selon vous, la clé d’une discussion sérieuse, c’est un dialogue entre Gbagbo et Ouattara…

M. Ouattara […] est dans une logique absurde. Il sait qu’il n’a pas gagné les élections présidentielles. Il a besoin de la légitimité du FPI pour gouverner. Et il veut que le FPI lui donne cette légitimité en faisant fi du candidat que le FPI a présenté […], et qui a été élu par les Ivoiriens. Et qui se trouve être en prison. On se bat pour l’écarter par tous les moyens du débat politique en instrumentalisant le parti qu’il a créé contre lui-même. Evidemment, c’est peine perdue. Entre Gbagbo et le FPI, il y a une telle synergie qu’on ne voit pas comment Ouattara pourrait bien procéder. Pour nous, la question préalable à toute négociation, c’est la libération du président Gbagbo et l’ouverture d’un débat politique franc autour de la question : qui a gagné les élections en Côte d’Ivoire ? On ne peut pas faire l’économie de ce débat entre Ouattara et le président Gbagbo.

Le président Gbagbo a justement lancé un certain nombre d’offensives judiciaires et politiques. Plainte contre l’armée française pour «tentative d’assassinat», demande d’une Commission d’enquête onusienne, plainte contre la candidate à la candidature socialiste Martine Aubry. Quelle est la logique qui en découle ?

Les choses sont simples. Les armes n’ont jamais conféré la légitimité, la clameur publique de la communauté internationale non plus. Quand les clameurs se sont tues, la vérité est têtue, il faut bien qu’elle sorte. L’armée française, manipulée par Nicolas Sarkozy, s’est invitée dans un conflit qui n’était pas le sien. Pendant dix jours, ele largue des bombes et des missiles sur sa Résidence officielle où se trouve sa famille y compris un enfant de deux ans. En français, cela s’appelle au moins une tentative d’assassinat. Par ailleurs, il y a eu des assassinats. Dans les alentours de la Résidence, il y a eu des personnes qui sont mortes suite au lancer de bombes et de missiles par l’armée française. Je suis ferme là-dessus. Nous présenterons les preuves au tribunal. Nous avons d’ailleurs l’intention de déposer une autre plainte contre Nicolas Sarkozy pour crimes de guerre.

En ce qui concerne Abobo, Sarkozy est parti d’un fait. Des femmes auraient été tuées à Abobo, dans un endroit contrôlé au moment des faits par deux factions rivales de la rébellion, celles d’IB et de Soro. L’armée ivoirienne était dans une position de retrait. L’armée ivoirienne ne pouvait se trouver sur le théâtre d’opérations. L’ONU a établi qu’il y a eu tueries mais n’a pas pu déterminer qui a tué. Sur la base de la clameur qui accusait le président Gbagbo, l’ONU a donné mandat à l’ONUCI et à la Force Licorne de détruire les armes lourdes dirigées contre les civils. C’est pour cela qu’il est important de savoir qui a tué ces femmes d’Abobo. Il faut situer les responsabilités ! Parce que c’est cette tuerie qui a ouvert la voie à la résolution 1975. Parce que c’est cette résolution, faussement interprétée d’ailleurs, que l’armée française est intervenue. Et a tué des Ivoiriens en 2011, après en avoir tué en 2004. Cela ne peut rester sans suites !

Pour ce qui est de Martine Aubry, il nous semble que certaines personnes éprouvent du plaisir à parler du président Gbagbo en termes désobligeants et calomnieux. Les avocats du président Gbagbo considèrent que ces propos ne peuvent pas passer inaperçus. Et ont porté plainte contre elle. Tout cela exprime quelque chose : nous exigeons le respect pour le président Gbagbo." (Lire l'interview sur le blog de son auteur, Th. Kouamouo.)


Quelques remarques :

C'est de cette façon que les pressions, fermeture ou suspension de journaux d’opposition, menaces, emprisonnements de journalistes... conduisent à une atténuation de la vérité. Les phrases de Koné Katinan "autocensurées" ci-dessus (surlignées en bleu) sont pourtant utiles à la compréhension du propos, au point d'être remplacées par une incise explicative (surlignée en vert) !

Mutatis mutandis, et toutes proportions gardées, cela ne vaut pas qu'en Côte d'Ivoire. Quid de la France ? Quid de modestes blogs sur une plateforme comme celle du Nouvel Obs ? - où relater les exactions des "Frci" du nouveau pouvoir ivoirien a valu un temps la fermeture de mon blog au motif de "publication de propos diffamatoires, notamment à l'égard d'Alassane Ouattara". Il s'agissait pourtant simplement du signalement "prématuré" d'exactions que Le Nouvel Obs (quelles pressions a-t-il pu subir lui aussi ?) a en fin de compte relatées lui-même !...

Des pressions qui finissent par pousser à "nuancer" l’énonciation des faits - sous peine, en Côte d'Ivoire actuelle, de censure totale (au temps de Gbagbo la liberté de la presse était totale). Mutatis mutandis, quid en France ?


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