Par A. Atchadé sur Le Nouveau Courrier n° 327 :
Pas très sérieuses, pas tout à fait indépendantes, voire peu pertinentes, ce sont les critiques d’ordinaire adressées aux agences de notation financière. On l’a vu encore cet été lorsque Standard & Poor s’est avisé de dégrader la note de la dette américaine (choc ! horreur !) avec les dégâts collatéraux que l’on sait sur l’économie dite réelle.
«L’UE devrait enquêter sur l’irrationalité des agences de notation !», s’est exclamée Libération, donnant un aperçu de l’onde de choc qui continue à se propager depuis la crise des sub-primes de 2008.
Cependant, les mêmes critiques pourraient tout aussi bien s’appliquer à d’autres organisations qui règnent en maître sur un marché différent mais pas si éloignées, celui de la défense des droits de l’Homme, à des agences dont la fonction première est de «vendre» leurs rapports et qui doivent les moyens de leur survie à la distribution (médiatique) de bons et de mauvais points aux États ou groupements politiques soigneusement sélectionnés. D’un côté, donc, le cercle autoproclamé des vertueux démocrates, donneurs de leçons au grand cœur (et tous, en chœur, nous somment d’abonder dans leur sens), « indignés », « offusqués», exigeant «que la lumière soit faite», soulignant toujours «la nécessité d'une enquête pour situer les responsabilités et sanctionner les coupables». (On notera simplement que l’on tire les conclusions avant l’enquête).
De l’autre, comme en Côte d’Ivoire, un petit nombre d’irréductibles qui n’a rien compris à la nouvelle donne, un petit cercle d’activistes, présenté comme une véritable menace à la paix parce qu’il exige l’application du droit et de la Constitution.
Combat prétendu moral d’un côté, combat bassement politique de l’autre et au milieu le ventre mou, de la société dite civile, les consommateurs du JT que les agences ébaubissent quotidiennement de sanglantes répressions et de dictateurs sans vergogne.
Pas très sérieuses ?
Après avoir dégradé à tour de bras la valeur des autorités gouvernementales de Côte d’Ivoire en les ramenant au rang d’obligations pourries (en les assimilant à des gastéropodes madrés, accrochés contre vents et marées au pouvoir), les agences n’ont pas bougé le petit doigt pour dénoncer l’usage de la violence et le droit à la vie des populations lors des bombardements sur Abidjan. Sur ces morts-là, motus et bouche cousue.
Pourquoi diantre ce choix? Noircir le camp de Laurent Gbagbo était une façon d’interdire une solution politique qui aurait permis de sauver la Côte d’Ivoire de la guerre, que les agences avaient estimé, pur hasard, quasi certaine (voire nécessaire pour certaines d’entre elles).
Le marché des droits de l’Homme tout comme celui des agences de notation fonctionne essentiellement sur la «réputation». C’est la «qualité» de leurs notations qui constitue le nerf de la guerre. Mais sur le fond, elles communiquent très peu sur leurs méthodes de travail ou bien en des termes délibérément vagues. Des entrevues ? Des ouï-dires ? Prophéties auto réalisatrices ? Quelle est la part de l’enquête de terrain, celle qui prend des mois, qui se construit patiemment, dont les conclusions sont pesées ? Finalement, tout comme pour les agences de notation financière, nous assistons à une dynamique perpétuelle d’alignement digne d’un marché oligopolistique très concentré, comme en témoignent les multiples rapports de ces organisations sortis en l’espace de quelques jours au mois d’août.
Pas tout à fait indépendantes ?
Il n’y a pas à dire en Côte d’Ivoire, ces agences ont joué leur rôle, avec leur panoplie habituelle : appels à sanction, anathèmes, images non identifiables, voire détournées, victimes imputées forcément au « camp Gbagbo » et les sempiternelles prestations d’«experts» et autres bureaucrates des droits de l’homme sur les plateaux TV.

Ces organisations se présentent toutes comme indépendantes. Le sont-elles dans les faits ? Les ressources d’Amnesty proviennent «essentiellement» de dons du public. Soit. Tout est dans le «essentiellement».
HRW quant à elle a accepté un don de 100 millions de Dollars US du milliardaire George Soros. Re-soit, car celui-là ne cache même pas son agenda politique : imposer son idée de la démocratie de l’extérieur en faisant obstacle au principe de souveraineté nationale (Plus terre à terre, il aurait par ailleurs mis à disposition de son «ami» Alassane Ouattara, un jet privé. Ah ! HRW, quand tu nous tiens…)
Le site d’International Crisis Group nous informe que l’organisation recueille des fonds de gouvernements (environ 50 pour cent). Là, on ne cherche même plus à se cacher derrière la feuille de vigne de la vertu.
Mais voilà, face aux rapports, le choc d’images lancinantes : Pascal Affi N’Guessan et Michel Gbagbo humiliés, Simone Gbagbo dont on tire les cheveux. Ces images que les agences de notation ne contrôlent pas ont changé radicalement la perception de la vraie nature du coup d’Etat perpétré en Côte d’Ivoire.
Alors que la situation actuelle inquiète même ceux qui l’ont voulue, les acteurs du secteur n’ont pu (voulu) détecter la nocivité du nouveau régime. Et les voici acculés à soutenir le pouvoir en place en se disant que les choses pourraient être bien pires. Leur crédibilité en a pris un coup puisqu’elles n’ont rien vu venir : leur poulain était noté triple A à la veille (voire même au lendemain) des massacres de Duékoué. Mais sur la durée ?
Aurons-nous droit aux multiples enquêtes et auditions des bureaucrates des droits de l’Homme, des comptables de l’horreur, des grattes-papier aux méthodologies douteuses comme celles qui ont été menées après le scandale des sub-primes qui a dévasté la finance internationale ? D’autant que comme pour les agences de notation financière, elles s’entêtent parfois dans leur parti-pris, en témoigne ce communiqué de HRW où l’on commence d’abord par encenser le nouveau maître des lieux, avant de s’aventurer à ouvrir le rideau sur une réalité peu réjouissante faite de rackets et d’exactions.
Peu pertinentes ?
On reproche beaucoup aux droits de l’Homme, d’être un concept purement occidental. Et cette prétention à l’universalité ! Une idéologie qui ferait le lit de valeurs que les Etats-Unis et l’Europe chercheraient à imposer par la ruse (quand ce n’est pas par la force) au reste du monde.
Mais en réalité, ce ne sont pas tant les idées que l’utilisation abusive qui en est faite par ceux qui affirment les défendre qui posent problème.
« J’ai donné l’ordre de prendre les mesures nécessaires pour empêcher l’usage d’armes lourdes contre la population civile », se targue le secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, alors que les hélicoptères de l’ONU et la force Licorne lâchent deus tonnes d’obus sur Abidjan pour ouvrir un boulevard aux troupes d’Alassane Ouattara. Comment ne pas ressentir le malaise que cette instrumentalisation suscite ? 3000 morts pour un fauteuil. En réalité le véritable scandale n’est-il pas là ? Dans ces 3.000 morts qui ont été refoulés dans les interstices de l’Histoire. Pour ces morts pas d’enquête, pas de rapport, pas même une note en bas de page, juste ce chiffre rond. Juste le silence et l’oubli au nom de la réconciliation. Parce que ceux qui se sont arrogé le droit de parler de droits de l’Homme et donc de dire le bien et le mal, non seulement se sont tus mais ont cautionné le massacre.
Pas très sérieuses, pas tout à fait indépendantes, voire peu pertinentes, ce sont les critiques d’ordinaire adressées aux agences de notation financière. On l’a vu encore cet été lorsque Standard & Poor s’est avisé de dégrader la note de la dette américaine (choc ! horreur !) avec les dégâts collatéraux que l’on sait sur l’économie dite réelle.
«L’UE devrait enquêter sur l’irrationalité des agences de notation !», s’est exclamée Libération, donnant un aperçu de l’onde de choc qui continue à se propager depuis la crise des sub-primes de 2008.
Cependant, les mêmes critiques pourraient tout aussi bien s’appliquer à d’autres organisations qui règnent en maître sur un marché différent mais pas si éloignées, celui de la défense des droits de l’Homme, à des agences dont la fonction première est de «vendre» leurs rapports et qui doivent les moyens de leur survie à la distribution (médiatique) de bons et de mauvais points aux États ou groupements politiques soigneusement sélectionnés. D’un côté, donc, le cercle autoproclamé des vertueux démocrates, donneurs de leçons au grand cœur (et tous, en chœur, nous somment d’abonder dans leur sens), « indignés », « offusqués», exigeant «que la lumière soit faite», soulignant toujours «la nécessité d'une enquête pour situer les responsabilités et sanctionner les coupables». (On notera simplement que l’on tire les conclusions avant l’enquête).
De l’autre, comme en Côte d’Ivoire, un petit nombre d’irréductibles qui n’a rien compris à la nouvelle donne, un petit cercle d’activistes, présenté comme une véritable menace à la paix parce qu’il exige l’application du droit et de la Constitution.
Combat prétendu moral d’un côté, combat bassement politique de l’autre et au milieu le ventre mou, de la société dite civile, les consommateurs du JT que les agences ébaubissent quotidiennement de sanglantes répressions et de dictateurs sans vergogne.
Pas très sérieuses ?
Après avoir dégradé à tour de bras la valeur des autorités gouvernementales de Côte d’Ivoire en les ramenant au rang d’obligations pourries (en les assimilant à des gastéropodes madrés, accrochés contre vents et marées au pouvoir), les agences n’ont pas bougé le petit doigt pour dénoncer l’usage de la violence et le droit à la vie des populations lors des bombardements sur Abidjan. Sur ces morts-là, motus et bouche cousue.
Pourquoi diantre ce choix? Noircir le camp de Laurent Gbagbo était une façon d’interdire une solution politique qui aurait permis de sauver la Côte d’Ivoire de la guerre, que les agences avaient estimé, pur hasard, quasi certaine (voire nécessaire pour certaines d’entre elles).
Le marché des droits de l’Homme tout comme celui des agences de notation fonctionne essentiellement sur la «réputation». C’est la «qualité» de leurs notations qui constitue le nerf de la guerre. Mais sur le fond, elles communiquent très peu sur leurs méthodes de travail ou bien en des termes délibérément vagues. Des entrevues ? Des ouï-dires ? Prophéties auto réalisatrices ? Quelle est la part de l’enquête de terrain, celle qui prend des mois, qui se construit patiemment, dont les conclusions sont pesées ? Finalement, tout comme pour les agences de notation financière, nous assistons à une dynamique perpétuelle d’alignement digne d’un marché oligopolistique très concentré, comme en témoignent les multiples rapports de ces organisations sortis en l’espace de quelques jours au mois d’août.
Pas tout à fait indépendantes ?
Il n’y a pas à dire en Côte d’Ivoire, ces agences ont joué leur rôle, avec leur panoplie habituelle : appels à sanction, anathèmes, images non identifiables, voire détournées, victimes imputées forcément au « camp Gbagbo » et les sempiternelles prestations d’«experts» et autres bureaucrates des droits de l’homme sur les plateaux TV.

Ces organisations se présentent toutes comme indépendantes. Le sont-elles dans les faits ? Les ressources d’Amnesty proviennent «essentiellement» de dons du public. Soit. Tout est dans le «essentiellement».
HRW quant à elle a accepté un don de 100 millions de Dollars US du milliardaire George Soros. Re-soit, car celui-là ne cache même pas son agenda politique : imposer son idée de la démocratie de l’extérieur en faisant obstacle au principe de souveraineté nationale (Plus terre à terre, il aurait par ailleurs mis à disposition de son «ami» Alassane Ouattara, un jet privé. Ah ! HRW, quand tu nous tiens…)
Le site d’International Crisis Group nous informe que l’organisation recueille des fonds de gouvernements (environ 50 pour cent). Là, on ne cherche même plus à se cacher derrière la feuille de vigne de la vertu.
Mais voilà, face aux rapports, le choc d’images lancinantes : Pascal Affi N’Guessan et Michel Gbagbo humiliés, Simone Gbagbo dont on tire les cheveux. Ces images que les agences de notation ne contrôlent pas ont changé radicalement la perception de la vraie nature du coup d’Etat perpétré en Côte d’Ivoire.
Alors que la situation actuelle inquiète même ceux qui l’ont voulue, les acteurs du secteur n’ont pu (voulu) détecter la nocivité du nouveau régime. Et les voici acculés à soutenir le pouvoir en place en se disant que les choses pourraient être bien pires. Leur crédibilité en a pris un coup puisqu’elles n’ont rien vu venir : leur poulain était noté triple A à la veille (voire même au lendemain) des massacres de Duékoué. Mais sur la durée ?
Aurons-nous droit aux multiples enquêtes et auditions des bureaucrates des droits de l’Homme, des comptables de l’horreur, des grattes-papier aux méthodologies douteuses comme celles qui ont été menées après le scandale des sub-primes qui a dévasté la finance internationale ? D’autant que comme pour les agences de notation financière, elles s’entêtent parfois dans leur parti-pris, en témoigne ce communiqué de HRW où l’on commence d’abord par encenser le nouveau maître des lieux, avant de s’aventurer à ouvrir le rideau sur une réalité peu réjouissante faite de rackets et d’exactions.
Peu pertinentes ?
On reproche beaucoup aux droits de l’Homme, d’être un concept purement occidental. Et cette prétention à l’universalité ! Une idéologie qui ferait le lit de valeurs que les Etats-Unis et l’Europe chercheraient à imposer par la ruse (quand ce n’est pas par la force) au reste du monde.
Mais en réalité, ce ne sont pas tant les idées que l’utilisation abusive qui en est faite par ceux qui affirment les défendre qui posent problème.
« J’ai donné l’ordre de prendre les mesures nécessaires pour empêcher l’usage d’armes lourdes contre la population civile », se targue le secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, alors que les hélicoptères de l’ONU et la force Licorne lâchent deus tonnes d’obus sur Abidjan pour ouvrir un boulevard aux troupes d’Alassane Ouattara. Comment ne pas ressentir le malaise que cette instrumentalisation suscite ? 3000 morts pour un fauteuil. En réalité le véritable scandale n’est-il pas là ? Dans ces 3.000 morts qui ont été refoulés dans les interstices de l’Histoire. Pour ces morts pas d’enquête, pas de rapport, pas même une note en bas de page, juste ce chiffre rond. Juste le silence et l’oubli au nom de la réconciliation. Parce que ceux qui se sont arrogé le droit de parler de droits de l’Homme et donc de dire le bien et le mal, non seulement se sont tus mais ont cautionné le massacre.

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