
À l’heure où sévit à nouveau Venance Konan, la plume du quotidien gouvernemental ivoirien et désormais d’un Slate/Afrique devenant voix de Ouattara, la mémoire se réactive. V. Konan a déjà été la voix du pouvoir ivoirien — pas le même qu’aujourd’hui : il servait alors le pouvoir de Bédié. Et à ce titre, V. Konan était alors le fer de lance de la constestation de l’"ivoirité" de Ouattara.
Alors que l’Afrique se mobilise pour Gbagbo, autour de la Côte d’Ivoire et de sa diaspora — des milliers de personnes le 18 juin dernier à La Haye dans le silence des grands médias —, V. Konan appelle les patriotes ivoiriens à "oublier Gbagbo" !
Où la mémoire se réactive : je retrouve dans de vieux fichiers de mon ordinateur des notes que j’y déposais en décembre 1999 et janvier 2000 (à l’époque où V. Konan promouvait l’ivoirité)… Je n’avais alors pas de blog. Je livre mes réflexions d’alors telles quelles :
29.12.99
Coup d'Etat [de Noël 1999] en Côte d'Ivoire. Tout le monde pris de court — avant. Et tous les incendiaires qui jouent — après — les pompiers sur l'air de "je vous l'avais bien dit", et qui paniquent plus ou moins tous à présent. Les Etats-Unis, qui ont orienté tout le monde avec la campagne US - FMI en faveur de Ouattara, fragilisant un pouvoir d'une façon qui s'avère avoir été efficace. Et le tandem armée-RDR/Ouattara qui pousse ses pions. Incendiaires, les journaux français, agitant ce qu'ils semblaient espérer en voulant se démarquer de l'horreur rwandaise qu'ils ont largement promue. La France de même en plusieurs de ses lieux de pouvoir, qui prétend, après être prise de court, avoir voulu marquer sa politique de fin du pré carré, tout en manœuvrant peut-être, via Dupuch, pour remettre de l'ordre. Ainsi, tous pompiers à présent, ou affolés comme les US, qui après n'avoir condamné qu'à demi-mot ce que leur discours antécédent avait promu, sanctionnent à présent économiquement ce qu'ils perçoivent sans doute comme leur échappant. Echaudés déjà par l'affaire Kabila, qu'ils ont poussé jusqu'à le voir les lâcher.
8.01.00
Le coup d'Etat survenu à Noël vient souligner et accentuer une réalité douloureuse, aux plans économique et maintenant politique. Dans un contexte économique difficile — près de 40% du budget ivoirien consacré à la dette (39, 48% pour le budget 2000 qui avait été adopté avant le coup d'Etat), baisse du cours du cacao (principale ressource de la Côte d'Ivoire, dont elle est le premier producteur mondial),... — les tensions politiques se sont accrues ces derniers mois. Cela notamment depuis le mois d'août 1999, où à son retour des Etats-Unis, l'ex-n°2 du FMI, Alassane Ouattara, ancien Premier Ministre, était élu à la tête du parti libéral — Rassemblement des Républicains (RDR) — par les militants. Il se déclarait alors candidat à l'élection présidentielle prévue pour octobre 2000, malgré un débat juridique sur son éligibilité, qui atteignait jusqu'à son propre parti avec la démission pour cette raison de sa cofondatrice Jacqueline Oblé (depuis le coup d'Etat, le juge qui avait lancé contre M. Ouattara un mandat d'arrêt à ce sujet a prononcé le non-lieu). Alassane Ouattara et le RDR étaient soutenus explicitement malgré le débat ivoirien d'alors, par le FMI, les Etats-Unis, puis certains milieux français relayés par des journaux comme Libération ou Le Monde, qui présentaient régulièrement M. Ouattara comme le "leader de l'opposition" : les tensions se sont accentuées encore au gré de ce soutien que Bernard Debré (ex-ministre français de la coopération) taxait d'ingérence occidentale (Le Figaro, 25.11.99). C'est au terme de ces tensions, ajoutées à la crise économique, qu'intervenait le coup d'Etat "de Noël" — puisque c'est désormais son nom — par lequel le général Robert Guéi prenait le pouvoir suite à une mutinerie de soldats réclamant des primes qui leur étaient dues. Après un temps d'euphorie, expression d'une espérance populaire de voir changer une situation attribuée largement au gouvernement précédent et à l'ex-président, Henri Konan Bédié, ainsi qu'au PDCI (Parti Démocratique de Côte d'Ivoire — ex-parti unique fondé par le "père de l'indépendance", Houphouët Boigny), parti au pouvoir depuis l'indépendance, accusé aussi de dérive autoritaire ; après cette phase brève, les militaires auteurs du coup d'Etat timidement condamné par les instances de la communauté internationale, ont vu l'enthousiasme retomber dès la première semaine de janvier 2000, le gouvernement de transition qu'ils mettaient en place ne satisfaisant que le RDR. Le principal parti d'opposition, le FPI (Front Populaire Ivoirien — socialiste) a tout d'abord refusé de participer au gouvernement dans les conditions qui lui étaient proposées, dénonçant par la voix de son dirigeant, Laurent Gbagbo, un "gouvernement RDR". Une partie de l'armée a fait sienne son mécontentement, obligeant le général Guéi à des explications. Quant au parti jusque là majoritaire, le PDCI — dont le RDR est une dissidence —, désorienté par le coup d'Etat, il s'estime non représenté au gouvernement. A cela s'ajoute l'émergence de dissensions politiques entre les militaires, envisageant un moratoire sur le remboursement de la dette, et le RDR, qui libéral, refuse de voir la Côte d'Ivoire se couper ainsi des instances financières internationales. Et se font jour, les premières arrestations d'opposants, essentiellement anciens adversaires de M. Ouattara, tel l'ex-RDR Mamadou Ben Soumahoro, qui avait en son temps douté de l'éligibilité de M. Ouattara ; et de la sorte, l'emboîtement du pas de la dérive autoritaire que l'on reprochait au gouvernement précédent. En outre des tensions "ethniques" islamo-chrétiennes sont apparues, M. Ouattara étant musulman, les autres dirigeants politiques étant chrétiens. C'est ainsi, malgré l'espoir d'une lutte promise contre la corruption, une Côte d'Ivoire très fragilisée qui entre dans l'an 2000, gouvernée par une coalition issue d'un coup d'Etat, formée d'une junte et d'un seul parti satisfait, parti jusque là minoritaire (le RDR obtenait 11% des voix aux dernières élections, les législatives de 1995) ; jusque là aussi, soutenu à l'extérieur pour ses orientations libérales, mais jusqu'à quand ? Des sanctions (modérées) ont été portées notamment par la France.
Alors que l’Afrique se mobilise pour Gbagbo, autour de la Côte d’Ivoire et de sa diaspora — des milliers de personnes le 18 juin dernier à La Haye dans le silence des grands médias —, V. Konan appelle les patriotes ivoiriens à "oublier Gbagbo" !
Où la mémoire se réactive : je retrouve dans de vieux fichiers de mon ordinateur des notes que j’y déposais en décembre 1999 et janvier 2000 (à l’époque où V. Konan promouvait l’ivoirité)… Je n’avais alors pas de blog. Je livre mes réflexions d’alors telles quelles :
29.12.99
Coup d'Etat [de Noël 1999] en Côte d'Ivoire. Tout le monde pris de court — avant. Et tous les incendiaires qui jouent — après — les pompiers sur l'air de "je vous l'avais bien dit", et qui paniquent plus ou moins tous à présent. Les Etats-Unis, qui ont orienté tout le monde avec la campagne US - FMI en faveur de Ouattara, fragilisant un pouvoir d'une façon qui s'avère avoir été efficace. Et le tandem armée-RDR/Ouattara qui pousse ses pions. Incendiaires, les journaux français, agitant ce qu'ils semblaient espérer en voulant se démarquer de l'horreur rwandaise qu'ils ont largement promue. La France de même en plusieurs de ses lieux de pouvoir, qui prétend, après être prise de court, avoir voulu marquer sa politique de fin du pré carré, tout en manœuvrant peut-être, via Dupuch, pour remettre de l'ordre. Ainsi, tous pompiers à présent, ou affolés comme les US, qui après n'avoir condamné qu'à demi-mot ce que leur discours antécédent avait promu, sanctionnent à présent économiquement ce qu'ils perçoivent sans doute comme leur échappant. Echaudés déjà par l'affaire Kabila, qu'ils ont poussé jusqu'à le voir les lâcher.
8.01.00
Le coup d'Etat survenu à Noël vient souligner et accentuer une réalité douloureuse, aux plans économique et maintenant politique. Dans un contexte économique difficile — près de 40% du budget ivoirien consacré à la dette (39, 48% pour le budget 2000 qui avait été adopté avant le coup d'Etat), baisse du cours du cacao (principale ressource de la Côte d'Ivoire, dont elle est le premier producteur mondial),... — les tensions politiques se sont accrues ces derniers mois. Cela notamment depuis le mois d'août 1999, où à son retour des Etats-Unis, l'ex-n°2 du FMI, Alassane Ouattara, ancien Premier Ministre, était élu à la tête du parti libéral — Rassemblement des Républicains (RDR) — par les militants. Il se déclarait alors candidat à l'élection présidentielle prévue pour octobre 2000, malgré un débat juridique sur son éligibilité, qui atteignait jusqu'à son propre parti avec la démission pour cette raison de sa cofondatrice Jacqueline Oblé (depuis le coup d'Etat, le juge qui avait lancé contre M. Ouattara un mandat d'arrêt à ce sujet a prononcé le non-lieu). Alassane Ouattara et le RDR étaient soutenus explicitement malgré le débat ivoirien d'alors, par le FMI, les Etats-Unis, puis certains milieux français relayés par des journaux comme Libération ou Le Monde, qui présentaient régulièrement M. Ouattara comme le "leader de l'opposition" : les tensions se sont accentuées encore au gré de ce soutien que Bernard Debré (ex-ministre français de la coopération) taxait d'ingérence occidentale (Le Figaro, 25.11.99). C'est au terme de ces tensions, ajoutées à la crise économique, qu'intervenait le coup d'Etat "de Noël" — puisque c'est désormais son nom — par lequel le général Robert Guéi prenait le pouvoir suite à une mutinerie de soldats réclamant des primes qui leur étaient dues. Après un temps d'euphorie, expression d'une espérance populaire de voir changer une situation attribuée largement au gouvernement précédent et à l'ex-président, Henri Konan Bédié, ainsi qu'au PDCI (Parti Démocratique de Côte d'Ivoire — ex-parti unique fondé par le "père de l'indépendance", Houphouët Boigny), parti au pouvoir depuis l'indépendance, accusé aussi de dérive autoritaire ; après cette phase brève, les militaires auteurs du coup d'Etat timidement condamné par les instances de la communauté internationale, ont vu l'enthousiasme retomber dès la première semaine de janvier 2000, le gouvernement de transition qu'ils mettaient en place ne satisfaisant que le RDR. Le principal parti d'opposition, le FPI (Front Populaire Ivoirien — socialiste) a tout d'abord refusé de participer au gouvernement dans les conditions qui lui étaient proposées, dénonçant par la voix de son dirigeant, Laurent Gbagbo, un "gouvernement RDR". Une partie de l'armée a fait sienne son mécontentement, obligeant le général Guéi à des explications. Quant au parti jusque là majoritaire, le PDCI — dont le RDR est une dissidence —, désorienté par le coup d'Etat, il s'estime non représenté au gouvernement. A cela s'ajoute l'émergence de dissensions politiques entre les militaires, envisageant un moratoire sur le remboursement de la dette, et le RDR, qui libéral, refuse de voir la Côte d'Ivoire se couper ainsi des instances financières internationales. Et se font jour, les premières arrestations d'opposants, essentiellement anciens adversaires de M. Ouattara, tel l'ex-RDR Mamadou Ben Soumahoro, qui avait en son temps douté de l'éligibilité de M. Ouattara ; et de la sorte, l'emboîtement du pas de la dérive autoritaire que l'on reprochait au gouvernement précédent. En outre des tensions "ethniques" islamo-chrétiennes sont apparues, M. Ouattara étant musulman, les autres dirigeants politiques étant chrétiens. C'est ainsi, malgré l'espoir d'une lutte promise contre la corruption, une Côte d'Ivoire très fragilisée qui entre dans l'an 2000, gouvernée par une coalition issue d'un coup d'Etat, formée d'une junte et d'un seul parti satisfait, parti jusque là minoritaire (le RDR obtenait 11% des voix aux dernières élections, les législatives de 1995) ; jusque là aussi, soutenu à l'extérieur pour ses orientations libérales, mais jusqu'à quand ? Des sanctions (modérées) ont été portées notamment par la France.
Merci pour tes anciennes analyses sur la situation de l'époque qui n'est que le passé du présent.
RépondreSupprimerEn effet, St-Ralph ; j'ai trouvé intéressant de mettre en ligne ces réflexions que j'avais oubliées.
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