« À l'instar des plaies du néocolonialisme passées sous silence en Occident, les blancs étaient ils conscients des horreurs de l'esclavage ? » twitte afrosapiens.
Bonne question, dont la réponse me semble être globalement « non » !
Comme pour le néocolonialisme, nombre de ceux qui savent, de ceux qui ont su, s’indignent, se sont indignés.
Un exemple célèbre, le « vœu de Champagney » :
On sait qu’en 1789, les villages et villes de France eurent à rédiger des « cahiers de doléances » pour la convocation des États généraux. Les habitants de Champagney incluent dans leur cahier un article unique en son genre (l'article 29), condamnant la traite des Africains et réclamant son abolition.
Le texte de cet article :
« Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies, sans avoir le cœur pénétré de la plus vive douleur, en se représentant leurs semblables, unis encore à eux par le double lien de la religion, être traités plus durement que ne le sont les bêtes de somme. Ils ne peuvent se persuader qu'on puisse faire usage des productions des dites colonies si l'on faisait réflexion qu'elles ont été arrosées du sang de leurs semblables : ils craignent avec raison que les générations futures, plus éclairées et plus philosophes, n'accusent les Français de ce siècle d'avoir été anthropophages, ce qui contraste avec le nom de français et encore plus celui de chrétien. C'est pourquoi, leur religion leur dicte de supplier très humblement Sa Majesté de concerter les moyens pour, faire des sujets utiles au royaume et à la patrie. »
(Document B-4213 aux archives Départementales de la Haute-Saône à Vesoul)
On est au temps où l’information a gagné les campagnes. Et il apparaît alors qu’il y a une France autre que celle qui est prise en otage…
On ne peut s’empêcher de le penser en voyant un vol d’hirondelles s’envoler des yeux d’un Ferrat…
Même s’il y a, hélas, les otages volontaires, qui lèvent une « rébellion » là, et qui ici rejoignent les troupes d’une « identité nationale » dont le « siphonnage » n’a fait qu’appuyer la banalisation qui fait naturellement retour dans les urnes à côté du « à quoi bon » — « on est fatigué » dit-on en d’autres termes.
Mais l’espoir n’est jamais totalement éteint. Il peut même donner des signes dans les urnes !
... Il suffit de changer quelques termes du vœu de Champagney pour l’appliquer au néocolonialisme et à la Françafrique. On peut en dire autant d’autres pays…
Mais l’espoir n’est jamais totalement éteint. Il peut même donner des signes dans les urnes !
... Il suffit de changer quelques termes du vœu de Champagney pour l’appliquer au néocolonialisme et à la Françafrique. On peut en dire autant d’autres pays…



J'ignorais tout de ce précieux document que tu exhumes là...
RépondreSupprimerUn texte intéressant à plus d'un titre, tout d'abord parce qu'il a été rédigé par des petits gens du petit peuple, échantillon de la population (de l'époque) que l'on peut croire éloigné des concepts d'humanisme, de fraternité...puisque ces mêmes concepts ont été portés par des intellectuels qui d'ailleurs se sont parfois dévoyés (cf. Voltaire)
Ensuite, bien qu'étant pré-révolutionnaire, ce texte est aussi, du moins je le perçois ainsi, un puissant plaidoyer chrétien puisque c'est au nom de leur foi religieuse que ces "miséreux" condamnent la traite des noirs. L'idée du boycott des produits des colonies qui émergent de ce texte me semble assez novatrice voir révolutionnaire.
Enfin là où les habitants de Champagney font preuve d'une extrême lucidité, & toi aussi tu l'as souligné, c'est les conséquences des actes des esclavagistes qui évidemment ne représentaient pas la majorité des sujets du royaume de France (tiens tiens comme les financiers & les intrigants de la Françafric de notre époque) sur les générations futures.
Beau texte, merci pour le partage.
Ps: La première partie de la question qui est à l'origine de ce billet induisait évidemment la réponse négative, mais ça je pense que tu l'avais deviné.
La réponse négative à ta question rhétorique ne faisait bien sûr aucun doute.
RépondreSupprimerLe "vœu de Champagney" vient comme confirmation de la réponse induite par ta question. Et comme interrogation sur la profondeur séculaire et le malheur d'une prise en otage non seulement des peuples opprimés et bafoués mais de "l'opinion publique" captive d'intérêts qu'elle ignore largement.
D'où l'intérêt de l'explosion de la communication virtuelle actuelle et de la marche de fourmis de nos minutieuses répercussions blogueuses.
D'où peut-être aussi, en contrepartie, les réactions agacées et censureuses qu'elles peuvent subir - y compris, du coup, de certains des bernés séculaires pouvant être vexés d'avoir eu et d'avoir encore à jouer les dindons d'une telle farce tragique.