vendredi 19 mars 2010

En humeur de cobaye



J'ai vu en pointillé l'étrange émission proposée mercredi 17 mars par France 2, intitulée "La Zone Xtrême", reprenant l'expérience effectuée aux États-Unis de 1960 à 1963 par le psychologue américain Stanley Milgram. Des "cobayes" humains sont amenés à infliger des décharges électriques progressivement de plus en plus dangereuses à un de leurs semblables, en obéissance à l'injonction de l'expérience, du jeu...


Motivation : montrer jusqu'en quelles zones peut aller la télé et son pouvoir, et notamment dans le cadre de la télé-réalité. En ressort un malaise diffus tant il est profond et diversifié.

Un aspect du malaise qui semble avoir peu été perçu, en tout cas pas signalé comme tel, se trouve dans le paradoxe de la dénonciation de la mise en cobaye... par une mise en cobaye : impression que l'émission ne fait pas mieux que ce qu'elle dénonce, allant jusqu'à dévoiler l'échappatoire de survie qu'est le mensonge de quelques-uns de ceux (80 %) qui se sont laissé avoir : ils auraient "su d'avance que ce n'était qu'un jeu" avancent certains, échappatoire que l'émission réfute, extraits à l'appui.

Et de souligner à l'envi qu'envoyer des décharges électriques de 400 volts par obéissance piégée aurait été le fait de quiconque, à 80 %. Certes ! Mais les piégés sont ceux qui ont été mis en cobaye, et pas les concepteurs du piège, par exemple ! Et quiconque des milliers de téléspectateurs n'a pas été piégé n'aura évidemment pas à vivre le malaise des quelques-uns qui l'ont été ! Quand en outre le débat a glissé à la comparaison avec résistance et collaboration, on mesure un peu le malaise !

Et cet aspect du problème, problème du concept-même, n'a pas semblé émerger...

Ça laisse en humeur étrange, "in the mood"...
... In the mood (of a guinea-pig)...


Take five (guinea-pigs)


Between races (of guinea-pigs)

"Pour que Dave Brubeck swingue (balance), il faudrait qu'il pende au bout d'une corde", aurait répondu Art Blakey à une question sur Brubeck...

Là est sans doute l'origine de l'idée étrange des concepteurs de l'émission mettant en scène des cobayes pour nous prouver que les (autres) émissions de télé-réalité mettent en scène des cobayes : les concepteurs n'ont manifestement jamais été cobayes eux-mêmes, ils n'ont jamais swingué au bout d'une corde...

Désarmais les cobayes, à leur façon, ont swingué, eux : le son de leur musique en restera sans doute différent... à quel prix ! Car les quelques "cobayes" qui n'ont pas marché, ou qui n'ont pas marché jusqu'au bout, sont là pour prouver qu'il est possible de ne pas se plier à n'importe quelle injontion.



Quelle impulsion électrique antécédente détermine tel ou tel aiguillage, la soumission ou le refus ? Quel préalable pavlovien derrière le bon choix ? Quelle souffrance préalable à tel ou tel embranchement ? Ou quelle pendaison à quelle corde ? Celle au bout de laquelle n'ont pas pendu les concepteurs ?

... Celle au bout de laquelle Art Blakey devine que le grand-père (ou le père) blanc de Brubeck n'a pas pendu ? Produisant en leurs jazz respectifs des sons différents...


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