"Si j'avais fait de la politique, j'aurais mis le voile". Tel est le titre d'un article signé Mériam Cheikh, publié dans Rue89.
"Idée qui pourrait sembler étrange à ceux qui me connaissent, poursuit-elle. Je l'aurais fait non pas par conviction religieuse, ni par désir de séduire un certain électorat, ni par peur des machos des 'quartiers difficiles' où j'aurais naturellement fait campagne.
Je l'aurais mis pour désamorcer ce qui, dans le champ politique, empoisonne la vie de nombreuses femmes : la séduction.
Je ne parle pas ici de toute forme de séduction, mais de celle qui est suscitée par le pouvoir et qui se nourrit de lui. J'aurais voulu porter le voile pour empêcher l'érotisation de ma personne auprès de mes partenaires et adversaires politiques, empêcher qu'on me réduise à l'effet de séduction produit par mon physique, empêcher qu'on m'entraîne systématiquement sur un autre terrain que celui des idées politiques.
J'aurais mis le voile pour 'désérotiser' la rencontre, pour être prise au sérieux. Pour ne pas être perçue comme 'l'enchanteresse' ou la 'divine' -celle dont on dit 'elle est bonne', et pas seulement dans les cités-, dont la 'couleur exquise' et les 'courbes voluptueuses' rappellent les 'douceurs de l'Orient'.
J'aurais mis un voile pour éviter d'être prise pour la 'beurette' qu'on imagine très douée pour les jeux de langue et moins pour d'autres échanges.
J'aurais porté le voile car, pour une jeune Française d'origine maghrébine, il me paraît être l'unique moyen d'être l'équivalent de ces politiciennes blanches [...]."
L'article en entier ici.
"Idée qui pourrait sembler étrange à ceux qui me connaissent, poursuit-elle. Je l'aurais fait non pas par conviction religieuse, ni par désir de séduire un certain électorat, ni par peur des machos des 'quartiers difficiles' où j'aurais naturellement fait campagne.
Je l'aurais mis pour désamorcer ce qui, dans le champ politique, empoisonne la vie de nombreuses femmes : la séduction.
Je ne parle pas ici de toute forme de séduction, mais de celle qui est suscitée par le pouvoir et qui se nourrit de lui. J'aurais voulu porter le voile pour empêcher l'érotisation de ma personne auprès de mes partenaires et adversaires politiques, empêcher qu'on me réduise à l'effet de séduction produit par mon physique, empêcher qu'on m'entraîne systématiquement sur un autre terrain que celui des idées politiques.
J'aurais mis le voile pour 'désérotiser' la rencontre, pour être prise au sérieux. Pour ne pas être perçue comme 'l'enchanteresse' ou la 'divine' -celle dont on dit 'elle est bonne', et pas seulement dans les cités-, dont la 'couleur exquise' et les 'courbes voluptueuses' rappellent les 'douceurs de l'Orient'.
J'aurais mis un voile pour éviter d'être prise pour la 'beurette' qu'on imagine très douée pour les jeux de langue et moins pour d'autres échanges.
J'aurais porté le voile car, pour une jeune Française d'origine maghrébine, il me paraît être l'unique moyen d'être l'équivalent de ces politiciennes blanches [...]."
L'article en entier ici.

Voilà un propos qui me semble fort pertinent ! Un beau pavé dans la marre, qui ne résoud peut-être pas tout, mais qui vaut d'être entendu.
J'entends bien aussi que cette forte argumentation pourra ne pas tomber dans l'oreille des sourds qui parmi les mâles dans le reste du monde entendent bien utiliser l'ustensile pour renvoyer les femmes à un statut de minorité au nom de supposées prescriptions religieuses - de l'Iran à l'Afghanistan en passant par le Nigeria où, via les mêmes supposées prescriptions religieuses, on massacre allègrement "infidèles" ou "dhimmis"...
Le sens international premier qu'a pris l'ustensible demeure certes redoutable pour les femmes. N'en reste pas moins que Mériam Cheikh aborde les choses sous un angle dont on ne peut pas sérieusement ne pas tenir compte, rappelant fort à propos que l'on peut interroger l'idée que le voile serait une prescription religieuse (quand bien même tel intégrisme en fait une) - "porter le voile", mais "pas par conviction religieuse"...
Telle exigence mâle de dévoilement peut effectivement aussi avoir des connotations bien troubles, de ce trouble colonial en forme de demande de danse du ventre...
Rien de plus efficace que la réduction à la "case séduction", comme le dit Mériam Cheikh, pour faire taire, en matière politique, celles dont on ne convoque que le charme...
Et, en ce bicentenaire de Chopin :
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