mardi 9 février 2010

Ambivoilence



Entre dévoiement du voile et voisinage d'une autre voie...


René Magritte, Les amoureux

Si dans les années '60, il eût été inconcevable de donner un autre sens au voile des femmes que celui d'un signe archaïque de soumission, la fin des années '70 et le début des années '80, signant l'échec des voies se réclamant du marxisme, ont marqué un tournant.

Depuis l'Iran et l'Afghanistan percent alors des renvois dos à dos de l'Ouest capitaliste et de l'Est soviétique. L'échec patent des révolutions socialistes et laïcistes dans le tiers monde ouvre une voie "révolutionnaire"... en forme de repli archaïque !

L'Iran de l'abandon des cravates, à l'allure soixante-huitarde, et des barbes, aux allures non moins libérées... est aussi celui du voile, signe féminin de ce que les deux signes mâles, barbe et chemises sans cravate, ont peut-être un sens autre, qui n'est pas perçu d'emblée.

Et le voile fera son chemin... ambivalent, entre signe archaïque pour les anciens laïques des révolutions nationales et socialistes d'un côté, et de l'autre étendard de nouveaux lendemains révolutionnaires pour ceux et celles qui y scellent l'échec des anciennes espérances.

Ce faisant, rien n'enlève la signification archaïque que véhicule à terme ce signe d'un passage de relai révolutionnaire des anciens combats indépendantistes.

Un repli, sous cet angle, qui fait écho et prétexte au repli des anciens empires sur un passé qui ne passe pas. Repli parfois conscient ! - sur "le rôle de positif de la colonisation" et le refus de "la repentance qui est une forme de la haine de soi" ! Repli le plus souvent inconscient - sur des mythes mal dévoilés, comme celui de la "hiérarchie des races", entre les "black black black" et autres "sous-hommes", quand la laïcité est promue identité nationale en forme de clochers dans nos campagnes / mugir ces féroces soldats (qui, soit dit en passant, entendaient alors défendre lesdits clochers contre les révolutionnaires entonnant "La Marseillaise")...

Où le voile apparaît comme un signe intuitif de désespoir, n'entendant plus porter, dans bien des cas, le sens de soumission qui fut d'abord le sien, ni même les espérances révolutionnaires évanouïes, mais marquant un simple repli identitaire défiant un autre repli identitaire, celui qui vient de voir s'évaporer un grand débat dans un séminaire ministériel...

Où il faudrait réentendre Angela Davis...

Là, y'a pas de lézard...







2 commentaires:

  1. Comme quoi, il faut toujours balayer devant sa porte avant...

    Belle démonstration, très bien menée. Ce post enrichi considérablement mes intuitions sur les problématiques du repli "identitaire".

    Vraiment un de ces 4 il faudra que tu me révèles d'où tu tires toute ton inspiration, c'est bluffant!!!
    ;)

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  2. Merci pour l'appréciation.
    Pour l'inspiration tu pourras m'en dire autant !

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