vendredi 29 juin 2012

Le mantra de l'AFP


L'intitulé correct de la formule répétée dans chaque dépêche de l'AFP sur la Côte d'Ivoire est bien celui-là - le terme est de Saper Aude - : mantra.

Il n'y a pas d’autre mot pour cette formule rabâchée religieusement, et par laquelle l'AFP essaie de convaincre, à force de rabâchage, de la vérité de cette (ré-)pétition de principe.


Je cite le mantra que chacun reconnaîtra : "Née du refus de M. Gbagbo de reconnaître sa défaite à l`élection de novembre 2010, la crise a fait quelque 3.000 morts."

L'AFP essaie de convaincre... voire de se convaincre ! Car l'AFP n'en sait pas plus que quiconque : qui aurait effectivement remporté les élections si ça avait été autre chose qu'une vaste fraude organisée - ça pourrait même être Bédié !? - avec la complicité générale des cercles comme ceux où patauge l'AFP ?

Un seul moyen d'en avoir une petite idée : recompter, ce que refusent les amis de l'AFP, de Ouattara à Ban Ki-Moon (qui trouve ça injuste) en passant par Sarko & Cie.

Recompter, comme n'a cessé de le demander Gbagbo, permettrait au moins de savoir. Et pourtant, il devrait avoir tout à y perdre, lui qui est le gagnant de fait : proclamé par le conseil constitutionnel souverain de son pays. Car tout est là - le Président sud-africain Jacob Zuma l'avait résumé, au temps des pressions de Sarkozy auxquelles il a fini par céder : "il n'y a pas eu d'élection. Et si on veut appeler ça une élection, c'est Gbagbo qui a gagné."

Pas eu d’élection parce qu'aucune des conditions minimales (et onusiennes) pour une élection n'était en place : plus de la moitié du pays était sans Etat, demeurant aux mains des bandes armées, grâce auxquelles Ouattara a fait des scores plus remarquables encore que son copain Compaoré : entre 100 et 120 % selon les endroits... Et même dans ces conditions, le résultat final n’empêche pas Gbagbo de représenter encore, selon les chiffres mêmes de cette fraude, la moitié des Ivoiriens !

Le mantra de l'AFP n'y changera rien.

Mais l'effet de ce mantra, hélas, est bien plus délétère que cela, puisqu'il revient à couvrir un coup d'Etat fomenté sous les bombes franco-onusiennes au prétexte, comme le dit le mantra, "du refus de M. Gbagbo de reconnaître sa défaite"...

Le mantra revient de fait à légitimer un coup d'Etat avec toutes les exactions qui l'ont accompagné, comme les tortures que les tortionnaires (fiers de cela ! Cf. photo supra) mettaient en ligne, perpétrées au QG même du chef, Ouattara, présent dans les lieux !

Le mantra revient aussi de fait à couvrir l'ethnocide des populations de l'Ouest, dont les auteurs, connaissant la plus totale impunité, continuent de sévir, à l'abri entre autres, donc, du mantra de l'AFP, qui de fait, fait passer cela pour effet collatéral de vengeances légitimes, alors que l'euphémisme officiel même, "rattrapage ethnique", dit bien ce qu'il en est : ethnocide par substitution, où l'on présente les victimes comme des rebelles en puissance : rien que du classique !... Tandis que l'AFP continue de rabâcher son mantra, qui ne convainc personne, même pas, sans doute, l'AFP !

Last but not least, un tel mantra montre que les Ivoiriens ne savent évidemment rien de ce qu’aurait donné une élection réelle - pas de quoi favoriser la "réconciliation" avec un pouvoir dont au moins 50 % ne reconnait pas la légitimité (sans parler de son "installation" de facto par les bombes) !... Et quid de ce que sait Ouattara lui-même ?


Mandela Day


(Simple Minds - Mandela Day)...

Un blog à consulter : Nelson Degol...

Sachant que...

Gbagbo à la CPI, c'est Mandela à La Haye.


mercredi 27 juin 2012

Quelques notes retrouvées - prises au lendemain du coup d'Etat du Gal Guéi



À l’heure où sévit à nouveau Venance Konan, la plume du quotidien gouvernemental ivoirien et désormais d’un Slate/Afrique devenant voix de Ouattara, la mémoire se réactive. V. Konan a déjà été la voix du pouvoir ivoirien — pas le même qu’aujourd’hui : il servait alors le pouvoir de Bédié. Et à ce titre, V. Konan était alors le fer de lance de la constestation de l’"ivoirité" de Ouattara.
Alors que l’Afrique se mobilise pour Gbagbo, autour de la Côte d’Ivoire et de sa diaspora — des milliers de personnes le 18 juin dernier à La Haye dans le silence des grands médias —, V. Konan appelle les patriotes ivoiriens à "oublier Gbagbo" !
Où la mémoire se réactive : je retrouve dans de vieux fichiers de mon ordinateur des notes que j’y déposais en décembre 1999 et janvier 2000 (à l’époque où V. Konan promouvait l’ivoirité)… Je n’avais alors pas de blog. Je livre mes réflexions d’alors telles quelles :



29.12.99
Coup d'Etat [de Noël 1999] en Côte d'Ivoire. Tout le monde pris de court — avant. Et tous les incendiaires qui jouent — après — les pompiers sur l'air de "je vous l'avais bien dit", et qui paniquent plus ou moins tous à présent. Les Etats-Unis, qui ont orienté tout le monde avec la campagne US - FMI en faveur de Ouattara, fragilisant un pouvoir d'une façon qui s'avère avoir été efficace. Et le tandem armée-RDR/Ouattara qui pousse ses pions. Incendiaires, les journaux français, agitant ce qu'ils semblaient espérer en voulant se démarquer de l'horreur rwandaise qu'ils ont largement promue. La France de même en plusieurs de ses lieux de pouvoir, qui prétend, après être prise de court, avoir voulu marquer sa politique de fin du pré carré, tout en manœuvrant peut-être, via Dupuch, pour remettre de l'ordre. Ainsi, tous pompiers à présent, ou affolés comme les US, qui après n'avoir condamné qu'à demi-mot ce que leur discours antécédent avait promu, sanctionnent à présent économiquement ce qu'ils perçoivent sans doute comme leur échappant. Echaudés déjà par l'affaire Kabila, qu'ils ont poussé jusqu'à le voir les lâcher.

8.01.00
Le coup d'Etat survenu à Noël vient souligner et accentuer une réalité douloureuse, aux plans économique et maintenant politique. Dans un contexte économique difficile — près de 40% du budget ivoirien consacré à la dette (39, 48% pour le budget 2000 qui avait été adopté avant le coup d'Etat), baisse du cours du cacao (principale ressource de la Côte d'Ivoire, dont elle est le premier producteur mondial),... — les tensions politiques se sont accrues ces derniers mois. Cela notamment depuis le mois d'août 1999, où à son retour des Etats-Unis, l'ex-n°2 du FMI, Alassane Ouattara, ancien Premier Ministre, était élu à la tête du parti libéral — Rassemblement des Républicains (RDR) — par les militants. Il se déclarait alors candidat à l'élection présidentielle prévue pour octobre 2000, malgré un débat juridique sur son éligibilité, qui atteignait jusqu'à son propre parti avec la démission pour cette raison de sa cofondatrice Jacqueline Oblé (depuis le coup d'Etat, le juge qui avait lancé contre M. Ouattara un mandat d'arrêt à ce sujet a prononcé le non-lieu). Alassane Ouattara et le RDR étaient soutenus explicitement malgré le débat ivoirien d'alors, par le FMI, les Etats-Unis, puis certains milieux français relayés par des journaux comme Libération ou Le Monde, qui présentaient régulièrement M. Ouattara comme le "leader de l'opposition" : les tensions se sont accentuées encore au gré de ce soutien que Bernard Debré (ex-ministre français de la coopération) taxait d'ingérence occidentale (Le Figaro, 25.11.99). C'est au terme de ces tensions, ajoutées à la crise économique, qu'intervenait le coup d'Etat "de Noël" — puisque c'est désormais son nom — par lequel le général Robert Guéi prenait le pouvoir suite à une mutinerie de soldats réclamant des primes qui leur étaient dues. Après un temps d'euphorie, expression d'une espérance populaire de voir changer une situation attribuée largement au gouvernement précédent et à l'ex-président, Henri Konan Bédié, ainsi qu'au PDCI (Parti Démocratique de Côte d'Ivoire — ex-parti unique fondé par le "père de l'indépendance", Houphouët Boigny), parti au pouvoir depuis l'indépendance, accusé aussi de dérive autoritaire ; après cette phase brève, les militaires auteurs du coup d'Etat timidement condamné par les instances de la communauté internationale, ont vu l'enthousiasme retomber dès la première semaine de janvier 2000, le gouvernement de transition qu'ils mettaient en place ne satisfaisant que le RDR. Le principal parti d'opposition, le FPI (Front Populaire Ivoirien — socialiste) a tout d'abord refusé de participer au gouvernement dans les conditions qui lui étaient proposées, dénonçant par la voix de son dirigeant, Laurent Gbagbo, un "gouvernement RDR". Une partie de l'armée a fait sienne son mécontentement, obligeant le général Guéi à des explications. Quant au parti jusque là majoritaire, le PDCI — dont le RDR est une dissidence —, désorienté par le coup d'Etat, il s'estime non représenté au gouvernement. A cela s'ajoute l'émergence de dissensions politiques entre les militaires, envisageant un moratoire sur le remboursement de la dette, et le RDR, qui libéral, refuse de voir la Côte d'Ivoire se couper ainsi des instances financières internationales. Et se font jour, les premières arrestations d'opposants, essentiellement anciens adversaires de M. Ouattara, tel l'ex-RDR Mamadou Ben Soumahoro, qui avait en son temps douté de l'éligibilité de M. Ouattara ; et de la sorte, l'emboîtement du pas de la dérive autoritaire que l'on reprochait au gouvernement précédent. En outre des tensions "ethniques" islamo-chrétiennes sont apparues, M. Ouattara étant musulman, les autres dirigeants politiques étant chrétiens. C'est ainsi, malgré l'espoir d'une lutte promise contre la corruption, une Côte d'Ivoire très fragilisée qui entre dans l'an 2000, gouvernée par une coalition issue d'un coup d'Etat, formée d'une junte et d'un seul parti satisfait, parti jusque là minoritaire (le RDR obtenait 11% des voix aux dernières élections, les législatives de 1995) ; jusque là aussi, soutenu à l'extérieur pour ses orientations libérales, mais jusqu'à quand ? Des sanctions (modérées) ont été portées notamment par la France.


lundi 25 juin 2012

Prétendue opération de sécurisation à l’ouest de la Côte d'Ivoire – Ce qui se passe vraiment sur le terrain



Par Franck Toti. Extrait du Nouveau Courrier du 22/06/12 :

"Depuis plus d’une année déjà, la région de l’ouest du pays est confrontée à une insécurité chronique plus intense que le reste de la Côte d’Ivoire. Mais il aura fallu l’assassinat de sept casques bleus, début juin, pour voir le régime Ouattara lancer d’urgence une opération dite de sécurisation de la région, où il ne fait pas bon vivre. Depuis plusieurs jours, les Frci ont investi l’ouest du pays, particulièrement la région de Taï, où plusieurs attaques ayant entrainé morts d’hommes, ont été perpétrées par des hommes armés non identifiés ces derniers temps. Officiellement, selon l’Etat-major des Frci, il s’agit d’une opération de sécurisation de la zone frontalière avec le Liberia. Mais sur le terrain, le constat est tout autre. En fait d’opération de sécurisation, c’est plutôt une opération de persécution des populations, notamment des autochtones Oubis, qu’il est donné de constater sur le terrain. Des éléments des Frci, particulièrement déchainés contre les autochtones, accusés à tort de servir de bras séculiers à des prétendus «assaillants miliciens».

Ce qu’il est convenu d’appeler le «ratissage» des Frci dans cette région de Taï n’est rien d’autre que la traque d’autochtones stigmatisés comme étant des miliciens. Leur seul tort (comme toute la région de l’ouest d’ailleurs), c’est d’avoir massivement voté le président Laurent Gbagbo aux deux tours de l’élection présidentielle de 2010 qui a servi de prétexte à la guerre. Selon les informations en notre possession, la plupart des autochtones ont déserté les villages pour trouver refuge dans la ville de Taï et ses environs pour certains, et au-delà de la frontière libérienne pour d’autres. Parce qu’excédés de vivre le martyre du fait du harcèlement dont ils sont victimes de la part des Frci, des dozos et des milices burkinabè pro-Ouattara qui pullulent dans la région. Le groupe le plus connu pour ses hauts faits étant la milice d’Amadé Ouérémi, qui tient aujourd’hui toute la zone du mont Péko.

Contrairement aux informations données ça et là, les Frci [...]


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jeudi 21 juin 2012

L'intervention militaire au Mali n'est pas une solution



Par Michel Galy *

Après la Libye au Nord, la Côte d’Ivoire au Sud selon les foucades sarkozystes, le nouveau pouvoir socialiste va-t-il se lancer dans une aventure militaire en envoyant les parachutistes français à Bamako et Tombouctou ?

Ou se servir des « supplétifs » de la CEDEAO, sur la requête d'Alassane Ouattara, le président ivoirien, tout en envoyant les forces spéciales françaises traquer les islamistes et les indépendantistes de l'Azawad, au Nord Mali ?

Tout cela précédé d'une mise en condition médiatique basée sur l'indignation et peu soucieuse des conséquences géopolitiques, diabolisant certains acteurs locaux et présentant l'intervention militaire comme l'unique solution. Reste à mettre en place un habillage juridique, via l'Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations Unies - quitte à violer ou détourner la résolution à venir, certainement prise sous le motif de la « responsabilité de protéger » !

Schéma connu, où la Syrie dispute au Mali le rôle peu enviable de prochain terrain d'intervention. Tout cela pour quoi ? Pour que la presse françafricaine tresse les louanges d' « Hollande l’Africain », revendiquant par un coup de force facile un pouvoir élyséen fort, compensant symboliquement le retrait d’Afghanistan ? Pour conforter le syndicat des chefs d’États africains, inquiétés de voir le général président Amani Toumani Touré renversé et son successeur physiquement agressé ? Pour répondre aux vives inquiétudes des USA dont les pires cauchemars se concrétisent sous la forme d'un nouveau territoire pour un islamisme conquérant s'infiltrant dans tout le Sahara et descendant vers les riches gisements pétroliers du Golfe de Guinée ?

Ce schéma simpliste d'une nouvelle intervention française sur le continent africain mérite d’être éclairé par ses précédents, et évalué par ses conséquences.

S'il y avait une « guerre juste » dans les 50 interventions des corps expéditionnaires français pendant les 50 ans d’ « indépendances », cela se saurait ! Que les précédentes soient menées au nom des « intérêts français » ou de la « protection des ressortissants », ou que les bombes à venir aient un habillage juridique et revendiquent la protection d'une démocratie de plus en plus formelle, reconnaissons que pour les pays envahis et les civils sacrifiés, les précautions sémantiques ne font guère de différence...

Au contraire, des historiens analysent ces interventions, dans le droit fil de la politique pré-indépendances, comme une « guerre à l' Afrique » discontinue, qui depuis 150 ans réprime et normalise, soumet puis contient les populations du continent sur des territoires donnés et selon des modèles politiques contraignants.

Tenir un discours de gauche et mener une politique extérieure qu'on ne peut qualifier que de néo-coloniale a un nom, dans l'histoire de la gauche française : le mollétisme. Du nom de triste mémoire de Guy Mollet, hiérarque socialiste qui a réussi le tour de force, en Algérie, d'allier discours marxisant et action coloniale - déjà!

Le gouvernement précédent a de fait encouragé les revendications du MNLA touareg, en lui offrant tribune médiatique et appui diplomatique - ce qui a été vécu à Bamako comme un lâchage, si ce n'est comme une trahison, et qui semble la cause indirecte du putsch de mars dernier par le capitaine Sanogo.

L’extension de cette nouvelle « guerre nomade » africaine se ferait selon deux axes : Nord-Sud d'abord, non seulement vers Bamako, mais aussi via la CEDEAO, vers des pays comme le Burkina ou la Cote d'Ivoire dont les régimes autoritaires se voient déjà déstabilisés.

L'autre vecteur, plus immédiat et évident, serait la dissémination des « guerriers nomades », d'un coté indépendantistes touaregs, de l'autre djihadistes surarmés, vers les autres pays sahariens ; dans ce cas le Niger aux riches gisements d'uranium serait sans doute le premier visé, mais de la Mauritanie à l'Algérie, du nord Tchad au Sud de la Libye, ou encore le Burkina et le Nigeria, bien peu risquent d'être épargnés!

Le vertige de gouvernance, interventionniste et armé, de la CDEAO, s'il est plutôt risible concernant certains de ses acteurs arrivés au pouvoir par un assassinat politique ou de sanglantes rebellions (dictateurs relevant plus de la CPI que des forums onusiens) a été historiquement catastrophique sur le terrain et tragique dans ses modalités. L'Ecomog, bras armé de l'organisation ouest africaine, a pillé et tué des civils plus qu'à son tour, au Liberia et en Sierra Leone, au point d'être dans le cas de ce dernier pays considérée comme une des « factions combattantes » par l'ONU !

A la fin du régime français précédent, des stratèges du café de Flore ont été relayés par des machiavels manqués, au Quai d’Orsay ou à la Défense qui ont voulu « jouer les Touaregs » pour « liquider Aqmi » : on voit ce qu'il en a été ! Et aujourd'hui des membres des services et des milieux d’affaires verraient bien un autre Azawad au Nord Niger pour contrôler l'uranium d'Areva à un meilleur prix : qu'importe pour eux que deux Etats sahéliens, déjà minés par un ajustement qui les a laissé exsangues (mais non leurs « élites » corrompues...) s'effondrent et déstabilisent les pays limitrophes - au risque, on semble l'oublier, d'un triste sort possible pour les otages d'AQMI.

Dans cette réflexion conséquentialiste - qui aurait due être mise en œuvre pour la Libye et la Cote d'Ivoire, le pire serait sans doute une crise humanitaire d'une ampleur inédite : des Etats ne pourraient faire face aux famines, qui déjà structurelles dans la zone toucheraient jusqu'aux capitales.

Faudra t-il appeler à la rescousse les organisations humanitaires au Mali, Burkina, Niger, Algérie, Mauritanie, et bien plus loin encore pour gérer les centaines de milliers de réfugiés et déplacés que génère déjà la crise malienne et qui se compterons en millions si ce nouveau conflit gagne une demi douzaine de pays ? Action contre la Faim, par exemple, a mis en garde (cf. sur son site son « dossier Sahel ») contre de terribles risques de famine généralisée que risque de connaître une zone sahélo-sahélienne structurellement fragile. Une main qui tue, l'autre qui soigne : les humanitaires s 'épuisent à jouer cette « main gauche de l'Empire », à traiter courageusement les effets pervers d'interventions sur le long terme irresponsables

Car la guerre a ses logiques propres, qui recomposent rapidement les identités et les territoires. Qui aurait dit il y a seulement un an que le mouvement Ansar el Dine, à l'origine religieux, prendrait le pas sur le MNLA, ou que le mouvement Boko Haram du Nigeria ou des djihadistes pakistanais ou afghans se reterritorialisaient au Sud Mali ?

Des penseurs africains, notamment maliens comme Aminata Traoré, proposent des alternatives : un retrait total des corps expéditionnaires français, des bases et des forces militaires du continent est revendiqué par un mouvement pan africaniste montant comme par une gauche occidentale encore tiers-mondiste.

Quitte à aider à contre attaquer une armée malienne en pleine recomposition, plutôt que des régimes corrompus et des chefs d’État qui ont mis le feu à une partie de l'Afrique. Laissons certaines régulations se faire - ou la guerre au Mali s'étendra au Sahara, et les conséquences de ce nouveau bourbier risqueront d'atteindre l'Europe, demandant une impossible prise de risque des forces françaises, menacées sur d'incontrôlables théâtres d'opérations.

Qui écoutera un jour les polémologues ? Jouer les Cassandre n'est évidemment pas un exercice très réjouissant, surtout si le rôle doit être réitéré en vain depuis une vingtaine d'années... Avertir des fausses logiques et insister sur les effets pervers ou les catastrophiques conséquences de ses actes un pouvoir politique affolé par les groupes d’intérêts, des médias alarmistes, ou des amateurs de coups tordus est souvent inutile. L'espoir subsiste cependant d'une prise en compte des observations indépendantes, des faiseurs de scénarios pour l’intérêt général ! Utopie de ne plus être - et c'est ici le cas de le dire, ce que des textes bien plus anciens nomment déjà « vox clamantis in deserto », la voix de celui qui prêche dans le désert.


* Politologue, professeur de géopolitique à l 'Ileri, chercheur au Centre d'études sur les conflits, auteur de « Guerres nomades et sociétés ouest africaines » (L’Harmattan) - (article publié avec autorisation).


mercredi 20 juin 2012

La faillite des Droits de l'Homme ?



Que reste-t-il des ONG "humanitaires" ? Analyse de Laurent Kobazeyret.
Que reste-t-il de la CPI ? Le dénonciation de Rony Brauman et de Charles Onana.



1) Laurent Kobazeyret (extrait de Cameroonvoice) :

Amnesty International et Human’s Rigths Watch : instruments de déstabilisation ou organisations humanitaires ?

Les organisations non gouvernementales (ONG) telles Amnesty international (AI), Human’s Rights Watch (HRW) sont des structures apolitiques, créées pour dénoncer les dérives humanitaires dans le monde, et permettre à la Communauté Internationale d’interpeller les auteurs de celles-ci. Malheureusement, leurs rôles sont de plus en plus dévoyés sous la pression de leurs financiers qui, en général, sont des multinationales et des gouvernements de pays occidentaux.

Ceux-ci imposent leur diktat dans les différents conflits selon leurs intérêts. Peut-on accorder du crédit à de telles organisations qui, contre toute attente, deviennent le bras séculier de ces bailleurs de fond qui travaillent pour l’instauration du nouvel ordre mondial ?

Le conflit ivoirien déclenché depuis 2002 et qui, malheureusement, se poursuit encore aujourd’hui sous la forme d’une féroce dictature, a montré les limites d’Amnesty International, de Human’s Rigths Watch et autres organisations semblables et corrompues. Plusieurs personnes croyaient naïvement que ces organisations défendaient les droits humains des sans voix, des innocents, des dirigeants dignes vilipendés pour leur esprit patriotique et souverainiste. Ces derniers sont toujours outragés par des superpuissances de ce monde sans cesse en quête de richesses illicites.

Le conflit ivoirien a révélé les faces hideuses de ces organisations à la solde des puissances financières et politiques occidentales. Pour soutenir la France de Chirac puis de Sarkozy, et l’aider à amener le Conseil de Sécurité de l’ONU à rédiger des résolutions incendiaires contre le Président Gbagbo, ces ONG se sont lancées, avec des rapports partiaux et parcellaires, dans une campagne de dénigrement systématique. Dans ces rapports tendancieux et volontairement mensongers, elles incriminent l’armée loyaliste dont le rôle est de veiller à l’intégrité du territoire et à la sécurité des populations alors que, la rébellion qui a attaqué le pouvoir en place en égorgeant de hautes personnalités politiques et militaires ainsi que de nombreux civils, considérés comme des pro-Gbagbo, est choyée.

En effet, les rapports farfelus [...]. Lire la suite sur Cameroonvoice...


2) Rony Brauman, ancien président de Médecins Sans Frontières :

"Le travail de redressement de l’image de la CPI sera difficile"

Extrait du Nouveau Courrier n°543. Propos recueillis sur RFI par Gilles Nesmon

A partir de ce lundi 18 juin 2012, le nouveau procureur de la Cour pénale internationale est une Africaine. Elle s’appelle Fatou Bensouda, et c’est une magistrate gambienne. Elle succède à l’Argentin Luis Moreno Ocampo, dont elle était l’adjointe depuis 2004. Est-ce facile de succéder au controversé Moreno Ocampo ? Rony Brauman est l’ancien président de Médecins sans frontières. Aujourd’hui, il est professeur associé de Sciences-Po Paris. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

Est-ce que c’est difficile de succéder à une personnalité aussi forte que Luis Moreno Ocampo ?

Oui, c’est certainement difficile parce que ce qui convient le mieux comme qualificatif pour Ocampo c’est : controversé. Il ne suffit pas d’annoncer ou de promettre des actes qui suscitent le trouble pour être qualifié de fort. Parce que Moreno est une personne éminemment discutable, et je me suis souvent dit qu'avec un procureur comme celui-ci, la Cour pénale internationale n’avait plus besoin d’ennemis. Donc, il va sans doute y avoir pour son successeur, Fatou Bensouda, un travail de redressement d’image qui va être très délicat.

Alors parmi ces ennemis comme vous dites, il y a un certain nombre de chefs d’Etat africains qui lui reprochent de n’avoir poursuivi que des hommes politiques africains. Mais est-ce que ce n’est pas le syndicat des chefs d’Etat qui protège ses membres ?

Oui, bien sûr. On sait que le Club des puissants trahit rarement ses membres. Donc cette critique-là n’est forcément la mieux-venue. Mais il faut aussi tout de même reconnaitre qu’il n’y a pas qu’en Afrique que des exactions, des crimes de masse sont commis, mais que seuls les Africains tombent sous le coup des accusations de la cour pénale. Il y a donc là le signe d’une faiblesse politique de l’Afrique. C’est cette faiblesse politique qui autorise Moreno Ocampo à jeter son dévolu sur les chefs d’Etat africains. Donc partout où au contraire on est fort, où l’on a des protecteurs, eh bien, on est protégé contre les godets de la cour pénale internationale, y compris d’ailleurs en Afrique. Regardez le cas [...]

Lire la suite sur Le Nouveau Courrier...


3) Charles Onana  :

Procureur Ocampo : la sortie d’un imposteur

Par Charles Onana. Extrait du Nouveau Courrier du 19/06/12 :

Voici neuf ans jour pour jour que le procureur argentin Luis Moreno Ocampo conduit des investigations à charge au sein de la Cour Pénale internationale (CPI). Son terrain de prédilection est vite devenu l’Afrique, zone d’instabilité politique et de conflits armés. Parce qu’il agite la menace de mandats d’arrêt contre quelques dirigeants africains, certaines organisations des droits humains ont fait de Luis Moreno Ocampo l’homme providentiel qui incarne désormais la lutte contre l’impunité, nouvel étendard de la CPI. Cette appréciation mainte fois rebattue mérite au moment de son départ de la CPI un examen serré. Le passé de monsieur Ocampo et son travail devant la cour nous y obligent. Pour avoir longuement enquêté sur celui qui fut autrefois l’avocat du célèbre footballeur argentin Diégo Maradona et sur ses méthodes d’investigations en tant que procureur de la CPI, nous allons livrer ici quelques séquences de son œuvre [...]

Lire l'article sur Le Nouveau Courrier...


vendredi 15 juin 2012

La guerre éternelle, seul horizon du régime Ouattara



Par Théophile Kouamouo. Extrait du Nouveau Courrier du 11/06/12 :

"A quelque chose, malheur est pédagogique. La toute récente «bataille de Grabo», qui a défrayé la chronique mondiale parce qu’elle a entraîné la mort de sept soldats nigériens de l’Organisation des Nations unies en Côte d’Ivoire, a au moins mis fin à la fable selon laquelle la Côte d’Ivoire était définitivement pacifiée et cheminait gaiement vers des lendemains qui chantent. Puisque les empêcheurs de tourner en rond pro-Gbagbo, exilés, embastillés ou persécutés, apparaissaient comme définitivement neutralisés… Patatras. Ce dernier épisode guerrier, qui en réalité relève de la banalité de l’insécurité sous le régime Ouattara, si l’on fait abstraction de l’identité des victimes les plus médiatiques, pose naturellement la question de la capacité des autorités ivoiriennes d’assurer leurs devoirs régaliens. Mais il pousse également les observateurs à s’interroger sur la pertinence du soutien aveugle de la communauté internationale – France, ONU, Etats-Unis, etc… – à un exécutif incapable de tenir sur ses deux jambes, belliqueux et qui échoue à la fois sur les terrains de la réconciliation, de l’économie et de la maîtrise effective du territoire dont il a la charge.

D’ores et déjà, une polémique se développe sur l’identité de ceux qui ont fait passer de vie à trépas les Casques bleus nigériens. Une partie des populations sur place est persuadée qu’il s’agit là d’une «palabre interne» qui a mal tourné, mettant aux prises mercenaires burkinabè, FRCI et ONUCI. De son côté, le régime Ouattara accuse des «miliciens libériens pro-Gbagbo» et, se bandant les muscles comme pour se rassurer lui-même, promet d’exercer son droit de poursuite au pays d’Ellen Johnson-Sirleaf. Et tente d’enrôler la communauté internationale dans un combat douteux.


Des forces hétéroclites sans aucune logique de commandement

Les puissances occidentales et les organisations multilatérales gèrent aujourd’hui les conséquences du soutien inconditionnel de Nicolas Sarkozy, ex-président français, à l’accession au pouvoir violente et controversée en Côte d’Ivoire d’un de ses amis personnels. Rien ne va comme la majorité des endimanchés de la scène internationale l’imaginait en ce soir ambigu du 11 avril 2011 où ils sabraient le champagne alors que les Ivoiriens de tous bords se terraient chez eux, tétanisés par la peur. Alassane Ouattara a neutralisé Charles Konan Banny, président de la Commission dialogue vérité et réconciliation (CDVR). Il s’est lancé dans une odieuse politique de «rattrapage ethnique», n’a pas tendu une main secourable aux victimes de ses FRCI à l’Ouest notamment, a laissé se mettre en place les pratiques liberticides de sa Direction de la surveillance du territoire (DST) qui ont réveillé de son long sommeil la diplomatie américaine. Il laisse cohabiter des forces hétéroclites à sa solde sans aucune logique de commandement : ex-Forces nouvelles armées, ex-Forces de défense et de sécurité désarmées, compagnies de dozos éparses, milices burkinabè, etc. En à peine un an, sa famille politique s’est transformée en un conglomérat d’intérêts affairistes particuliers et en un nœud de vipères prêtes à découdre les unes avec les autres.

Les pouvoirs qui se savent face à une impasse structurelle ont tendance à chercher dans la «guerre éternelle» une échappatoire, une sorte de prétexte continuel destiné à expliquer le non-respect de leurs engagements. Alassane Ouattara est aujourd’hui face à un mur. Il ne peut pas à la fois poursuivre sa politique de répression et de persécution de son opposition, régler la question sécuritaire, respecter ses nombreuses promesses sur le terrain de l’économie et réussir la décrispation nationale. Sa seule chance de maintenir dans son giron sa base militante, c’est de maintenir un climat d’affrontement en Côte d’Ivoire.

Mais son intérêt est-il soluble dans l’intérêt de la communauté internationale ? Alors que la France se retire d’Afghanistan et réduit la voilure de ses engagements militaires, alors que des pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU cherchent à mettre fin à certaines opérations pour des raisons budgétaires, continuer d’appuyer une politique belliciste qui ne parvient pas à poser les bases d’un apaisement pérenne et d’une reconstruction harmonieuse est une faute politique majeure.


Human Rights Watch se trompe de combat

Les nations qui contribuent le plus généreusement au budget de l’ONU ne doivent pas céder à la tentation de sous-traiter leur jugement à des groupes de pression ultra-partisans comme l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW). Aux abonnés absents quand il est question de documenter le continuum de violences et de persécutions à caractère ethnique à l’Ouest, HRW retrouve de la voix quand il s’agit de se transformer en agence de renseignement au service d’Alassane Ouattara à la frontière ivoiro-libérienne. Mais en plaidant pour une judiciarisation à outrance de la crise ivoirienne, au profit d’un régime qui se signale par une inacceptable justice des vainqueurs, l’ONG renforce les maîtres d’Abidjan dans une logique suicidaire à moyen terme. Il ne suffit pas d’arrêter les figures que l’on a identifiées comme «chefs de milice pro-Gbagbo» pour mettre fin à un cycle de vengeances et de représailles. La colère et la frustration face à l’injustice sont de grandes fabricantes de combattants armés. C’est à la source du problème que se trouve la solution. Et l’on ne peut s’empêcher de s’étonner de ce que les commentateurs qui justifiaient la rébellion de 2002 par des problèmes identitaires soient aujourd’hui brutalement taiseux, alors que la blessure identitaire s’est infectée de manière préoccupante. Et qu’Alassane Ouattara ne cesse de souffler sur les braises. Ses déclarations, ses actes, ses décisions et le comportement de ses nervis [...]


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