vendredi 2 décembre 2011

Gbagbo à la Haye : la justice du Blanc a décidé, passant outre les intérêts de l’Afrique



Extrait de San Finna du 1.12.11 :


"Gbagbo, le Woody national, a été transféré à la Haye. La nouvelle, qui fait la une de bien des médias, va réjouir beaucoup de combattants qui s’étaient enrôlés contre lui dans la guerre déclenchée contre son pays. Mais à y regarder de plus près, les Africains devraient prendre un peu de distance par rapport à cette décision qui est loin d’avoir été prise dans leur intérêt. Voyons voir pourquoi…

En apparence, on pourrait interpréter cette décision comme étant la volonté de faire triompher le droit international et, par l’exemplarité du verdict qui tombera du procès Gbagbo, empêcher qu’en Afrique et dans le monde l’exercice intempestif, autoritaire et arbitraire du pouvoir ne débouche sur des guerres préjudiciables à l’intérêt national. Mais allons au fond des choses. Gbagbo que l’on fait apparaître comme le monstre, pire que celui du Gévaudan, a seulement contre lui, à la vérité, d’avoir été laxiste avec l’instrument de l’ivoirité. Il a insidieusement laissé le général Robert Guéi s’en approprier à un tel point que celui-ci, soucieux de se confirmer au pouvoir, a poussé le pion jusqu’à exclure Alassane Dramane Ouattara et Bédié des compétitions électorales pour rester seul en lice avec Laurent Gbagbo. Ce dernier l’a évidemment laissé croire qu’il ne tiendrait pas la distance avec lui, sachant très bien que c’était le seul moyen pour lui de parvenir au pouvoir. Voilà le calcul qui n’a été possible que parce qu’en face il y avait un Guéi Robert. Ils ne sont pas nombreux ceux qui, devant une telle opportunité d’accéder au pouvoir, cèderaient. A part cela, que peut-on lui reprocher ? Pas grand-chose, sinon qu’il a poussé l’amour de son pays, les intérêts de l’Afrique jusqu’à aller se mettre en opposition avec ceux de l’ancienne puissance colonisatrice. Vouloir rompre avec tous les contrats léonins qui ont maintenu les dépendances des pays décolonisés n’était pas, on le comprendra, du goût des anciennes puissances, surtout à un moment où la crise économique internationale consacre leur décadence et les oblige à replier sur leurs anciens territoires pour avoir marchés et autres ressources pour amortir les chocs déstabilisateurs qu’ils connaissent. Il fallait lui faire rendre gorge de son impudence, et c’est ce qui explique la chaîne des difficultés que le pays a vécues depuis 2002. Il a été transféré à la Haye, certains y voient comme pour le Congo une occasion pour Alassane Dramane Ouattara de travailler en paix à la reconstruction du pays et de mieux sceller sa légitimité. Mais là encore on fait fausse route. Laurent Gbagbo, victime de la justice du vainqueur et expédié en terre ennemie, ce n’est pas un service que l’on rend à la Côte d’Ivoire et à l’Afrique. L’opinion africaine n’est pas si immature. Elle va se poser des questions et tenter de remonter aux sources du conflit ivoirien. Sur cette question il faut compter sur les avocats de Gbagbo et sur certains intellectuels pour aider à cet exercice. On se demandera pourquoi avoir limité la saisine dela Cour pénale internationale aux seuls crimes post électoraux ? Pourquoi avoir, sans amnistie préalable, coupé toute la chaîne de responsabilités, oublié la filiation criminelle pour mettre de côté les faits de rébellion ? Tout ce qui a conduit à la déstabilisation d’un régime légal et légitime avec des horreurs, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des viols avérés.

On se posera la question aussi s’agissant de l’élection présidentielle elle-même au sortir de laquelle Gbagbo est accusé d’avoir volé la victoire à Alassane Dramane Ouattara, de savoir comment ces élections ont pu avoir lieu alors que, contrairement à l’accord politique de Ouagadougou et ses annexes, le pays était toujours en partition.

Sur ce point, on apportera encore des éléments indiscutables sur le fait que ce n’est pas parce qu’une victime a commandité son propre crime que celui qui a porté le coup fatal sera exonéré de son forfait et protégé de toute poursuite et condamnation. Autrement dit, même si Gbagbo a consenti à des élections alors que sa propre constitution le lui interdisait et que l’accord politique de Ouagadougou l’excluait, ce n’est pas pour autant qu’on peut le renvoyer à sa propre turpitude et valider l’élection présidentielle. Donc l’opinion africaine ressassera toutes ces anomalies et en viendra à réaliser que Gbagbo ne se trouve à la Haye que pour satisfaire la volonté de Nicolas Sarkozy et d’Obama; que pour décourager tous ceux qui voudraient imiter Gbagbo pour fermer les matières premières de l’Afrique à l’appétit vorace des grandes puissances. Elle verra clairement, cette opinion, les difficultés qui s’en suivront pour sceller la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire sur du béton. Les Africains demanderont, et avec eux les juristes honnêtes, que les droits de la défense de Laurent Gbagbo soient respectés, et l’on fera ressortir qu’une bonne application du droit doit amener avec lui à la Haye tous ceux qui ont directement ou indirectement participé à l’agression dela Côte d’Ivoire et aux actes qui en ont été la conséquence jusqu’aux élections du 28 novembre 2010. On demandera également d’attraire devant la même Cour les coupables de crimes qui ont leurs commanditaires dans les évènements survenus à Duékué. On le voit, le jugement à venir de Laurent Gbagbo à la Haye, comporte des germes de déstabilisation dans la sous région, et [...]


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jeudi 1 décembre 2011

La CPI au service d’une dictature naissante


Par Théophile Kouamouo. Extrait du Nouveau Courrier du 30 11.11 :


"En se mettant complaisamment au service de l’agenda d’un pouvoir à peine commençant mais déjà tyrannique, la justice internationale ne fait que confirmer sa tendance, plusieurs fois observée, à se mettre au service des alliés de l’Occident. Quitte à encourager les pires dérives.

Au diable les préventions et les scrupules. Les partisans de Laurent Gbagbo pourront toujours crier leur amertume, mais le système international, qui a pourtant promis – sans que personne ne le lui demande – qu’il ne participerait pas à la mise en place d’une «justice des vainqueurs» en Côte d’Ivoire, a décidé d’accéder au caprice d’Alassane Ouattara. Celui d’obtenir la tête de son vieil ennemi sur un plateau d’argent. A défaut d’une élimination physique concertée, les puissants de ce monde lui permettent d’obtenir ce qu’il considère comme l’assassinat politique d’une figure majeure de la lutte pour la démocratisation de l’Afrique.

Quand il s’était agi, en 2006, d’imposer des sanctions individuelles à des personnes qui entravaient prétendument le processus de paix en Côte d’Ivoire, le Conseil de sécurité de l’ONU a essayé de soigner les apparences en frappant des figures centrales du dispositif Gbagbo – Charles Blé Goudé et Eugène Djué – tout en punissant un second couteau de la rébellion – Martin Fofié Kouakou, le désormais ex-geôlier du fondateur du Front populaire ivoirien (FPI). Une récente campagne d’influence a tenté, ces derniers mois, de préparer les esprits à ce type de faux équilibre malsain. L’on promettait alors la CPI au président Gbagbo, à son épouse, à Charles Blé Goudé, à un certain nombre d’officiers supérieurs des Forces de défense et de sécurité… et parallèlement à quelques obscurs comzones de l’ex-rébellion. Mais il faut croire que le péril que leur «exfiltration» représentait pour le pouvoir d’Alassane Ouattara, aussi fragile à l’intérieur qu’absolutisé à l’étranger, était trop grand.

La justice internationale fidèle à ses pratiques

La Cour pénale internationale (CPI) voudrait-elle nous faire croire que Gbagbo, Gbagbo seul, est responsable du déclenchement de la rébellion armée qui a fait 300 morts seulement le 19 septembre 2002, de la tuerie des gendarmes et de leurs familles à Bouaké, des massacres innommables de Guitrozon et de Petit-Duékoué en 2005, des incendies de dizaines de villages à l’Ouest, du pire massacre de l’histoire de la Côte d’Ivoire – celui du quartier «Carrefour» à Duékoué ? Voudrait-elle le faire admettre à travers un habile storytelling médiatique qu’elle réussirait à convaincre le monde entier peut-être, mais pas la majorité des Ivoiriens.

Il ne faut pas s’y tromper. En exfiltrant Laurent Gbagbo pour le profit politique direct d’Alassane Ouattara, la justice internationale est fidèle à ses pratiques. Les tribunaux spéciaux pour le Rwanda, pour la Yougoslavie ou pour la Sierra Leone ont été et sont des tribunaux de vaincus. Depuis que la CPI a été créée visiblement pour «gérer» l’indocilité africaine, il n’y a que sur le cas kenyan qu’elle a poursuivi des acteurs des deux camps en présence – tous des seconds couteaux de toute façon. Et sur ce dossier, elle patauge ! Partout ailleurs, ses poursuites ont été unilatérales, et répondaient toujours aux jeux d’alliance et à la stratégie des puissances occidentales. L’on remarquera l’hallali provoqué par la rébellion d’un certain nombre de chefs d’Etat africains, qui refusent de «livrer» le président soudanais Omar El Béchir, et l’indécente «compréhension» à l’égard du Conseil national de transition (CNT) libyen qui se soustrait, sur le même mode, à «l’obligation» d’obtempérer au mandat d’arrêt contre Seif Al Islam Kadhafi.

La radicalisation violente d’un pouvoir qui se sait protégé

Un fait est intéressant à noter : la justice internationale, depuis qu’elle s’est déployée en Afrique, a été impuissante à juguler l’impunité et à imposer un respect de la vie humaine et des libertés démocratiques. Elle a aidé le président rwandais Paul Kagamé à traquer les génocidaires réels ou supposés, mais également à asseoir une «dictature développementaliste» qui n’a rien à envier à celle de Zine-el-Abidine Ben Ali. Sans vouloir comparer les itinéraires des hommes politiques en présence, absolument différents, il est piquant de remarquer que la CPI – donc le conglomérat des grandes puissances occidentales – a débarrassé Joseph Kabila, élu dans des conditions plus que troubles, de son rival Jean-Pierre Bemba. La crise de légitimité qui traverse la République démocratique du Congo n’en reste pas moins aiguë. Et les violences qui émaillent la présidentielle en témoignent.

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, la CPI se comporte très clairement comme un auxiliaire d’une dictature naissante sûre d’une impunité garantie par le fait qu’elle soit sponsorisée par les grandes puissances. Les réunions secrètes entre Louis Moreno-Ocampo et Alassane Ouattara, dont les forces sont citées nommément par de nombreux témoignages parvenus à la CPI, et qui devrait être traité avec la même circonspection que Laurent Gbagbo, dénudent à la fois le procureur et l’institution. La coïncidence entre le départ de Laurent Gbagbo à La Haye et le transfert de trois journalistes de Notre Voie à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) est très troublante, et montre bien qu’à l’acharnement unilatéral de la communauté internationale, répond une radicalisation en interne d’un pouvoir qui se sait protégé. Si les milliers de morts et les centaines de milliers de déplacés dont il est coupable n’émeuvent guère les Occidentaux, pourquoi l’embastillement absurde de journalistes aurait-il des conséquences ? Bailleurs de fonds, médias internationaux et diplomaties cornaquées par la France ont décidé [...]


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mardi 29 novembre 2011

Un militaire témoin des circonstances du coup d'Etat du 11 avril raconte...



Fidèle à Gbagbo jusqu’au bout, un militaire en exil : « Les secrets de l’assassinat de Tagro »

Interview réalisée par Gérard Koné. Extrait du Nouveau Courrier du 24/11/11 :

"Un pur produit de l’Empt et de l’école des Forces armées, celui qui se présente sous le nom de Commandant Somodieu, a servi à la Garde républicaine. Détaché à la sécurité du président, il a combattu contre l’armée française à la résidence de Cocody, en avril dernier. Exilé au Ghana depuis quelques mois, il a risqué sa vie pour venir rétablir les faits, notamment les derniers instants du 11 avril et surtout «les circonstances exactes» de l’assassinat du ministre Tagro. «Les Ivoiriens ont soif de savoir la vérité, ce qui s’est réellement passé. Il y a beaucoup de choses qu’on leur a cachées», confie-t-il.

Pourquoi avez-vous décidé de garder l’anonymat quand bien même vous voulez divulguer certaines informations ?

J’ai décidé de garder l’anonymat, il faut que je sois sincère avec vous, je suis bel et bien sur la liste des personnes recherchées, qui doivent être entendues par le tribunal militaire. C’est pour cela que j’ai décidé de garder l’anonymat.

Vous étiez dans quel corps de l’armée ?

J’étais militaire, anciennement de la Garde républicaine à Treichville. Beaucoup d’Ivoiriens, y compris même mes proches, pensent que l’armée a trahi. Laissez-moi dire aux Ivoiriens que l’armée, les Fds n’ont pas trahi. Ils ont mené le combat qu’il fallait. C’est Dieu qui a le dernier mot, il faut que les Ivoiriens sachent cela. Et Dieu n’est pas un dieu injuste, c’est un Dieu de justice. Je vous le répète, il ne sert à rien de baisser les bras, demeurez en prière, la situation va se régulariser bientôt.

Mais vous dites que les Fds n’ont pas trahi, alors que les actes posés par plusieurs de vos supérieurs trahissent vos propos.

Vous savez nos supérieurs ont eu à poser des actes ou à faire des déclarations, pendant et après la crise. Mais sachez une chose et tout le monde le sait, les Fds n’ont pas abandonné les Ivoiriens encore moins le président Gbagbo. Nous avons combattu jusqu’à ce que le président Laurent Gbagbo lui-même nous a demandé, entre le 9 et le 10 avril 2011, d’arrêter le combat et c’est pourquoi, nous avons arrêté. Beaucoup de choses se sont passé entre le 27 mars et le 11 avril.

Pourquoi cette période spécifique du 27 mars au 11 avril ?

Parce que c’est à partir du 27 mars que les Frci ont tenté à plusieurs reprises et par tous les moyens de prendre la commune du Plateau, sans succès. Et pourtant, ils avaient avec eux l’armée française, les soldats onusiens et les mercenaires burkinabés, maliens et nigérians. Nous combattions contre au moins 4 forces armées coalisées.

Lors de la bataille d’Abidjan, où étiez-vous ?

Nous avions mission de sécuriser la commune du Plateau. Mais mon détachement était prédisposé dans les environs de la Place de la République au Plateau, avec en ligne de mire les combattants ennemis qui venaient de Treichville. Les Frci et leurs soutiens français et onusiens ont vainement tenté de franchir le Pont Félix Houphouët-Boigny. Ils avaient en face d’eux une armée professionnelle et déterminée. A partir de la Carena, nous avons bouclé tout le périmètre du Plateau. Les soldats français et les Frci qui se sont hasardés dans la zone, s’ils sont encore vivants, peuvent témoigner. Ils avaient pour mission de prendre la Présidence, mais ils n’ont pas pu s’en approcher, durant une semaine de rude combat, disons jusqu’au 5 avril. Où les supérieurs nous ont demandé de rejoindre la résidence du président Gbagbo. Parce que c’est là-bas que les derniers combats, les derniers combats les plus rudes, allaient se faire.

Vous aviez rallié la résidence du Chef de l’Etat le 5 avril. Que s’est-il passé par la suite ?

C’était tout simplement effroyable, atroce et criminel. Pour ces jours passés là bas, il fallait véritablement être quelqu’un sans cœur qui supporter les atrocités perpétrées par l’armée française et les soldats onusiens. N’eût été l’intervention de l’armée française, les Frci ne pouvaient jamais, jamais entrer à la résidence du président Gbagbo. Parce que nous avions les armes et les hommes pour nous défendre. Au passage, j’aimerais saluer la mémoire de tous ces étudiants et civils martyrs qui ont fait le sacrifice de leurs vies, pour l’instauration de la démocratie. Je reviens pour dire que nous avions des hommes et le courage, l’armement nécessaire pour combattre, même pendant deux ans les Frci n’allaient jamais prendre le dessus sur nous. Mais c’est l’armée française qui bombardait la résidence du président Gbagbo, malgré la présence de plusieurs centaines de civils aux mains nues dans le périmètre.

On parle de plusieurs civils tués lors des bombardements de l’armée française.

Il y a eu assez de civils qui ont été tués. L’armée française s’est rendu coupable d’un véritable crime de guerre, crime contre l’humanité en massacrant avec ses hélicos de combat des centaines de civils dans le périmètre présidentiel. Aujourd’hui, quand on voit que des mandats d’arrêts internationaux sont lancés contre telle ou telle autre personnalité proche du président Gbagbo, nous sommes tout simplement écœurés. Mais demandez au commandant Vetcho, demandez au commandant Tonnerre, au commandant Oustaz, pourquoi ont-ils tué le ministre Tagro ? Pourquoi?

Là, vous portez des accusations formelles ?

Affirmatif. Je les accuse, ils savent ce qui s’est passé. Le ministre Désiré Tagro est sorti avec une écharpe blanche à la demande du président Gbagbo qui disait ceci et je cite : «c’est moi que la France cherche, cessez de combattre je vais me rendre». Et c’est là que nous avons baissé les armes, ce n’est pas parce qu’ils ont pris le dessus sur nous. Mais ces trois commandants ont assassiné purement et simplement le ministre Tagro, alors qu’il avait le drapeau blanc. Ils ont tiré dans la mâchoire du ministre Tagro et abattu presque tous les soldats qui étaient là et qui avaient cessé de combattre et n’avaient pas d’armes. Moi je me suis jeté dans un caniveau. C’est ce qui a fait que peut-être je ne suis pas mort. Non satisfaits des crimes perpétrés à la résidence et aux alentours de la résidence, et alors que le ministre Tagro tenait un drapeau blanc en signe de cessez-le-feu, ils l’ont purement et froidement assassiné. C’est un crime de guerre et les auteurs que nous connaissons tous, doivent être poursuivis.

Mais ce ne sont quand même pas les trois commandants qui ont tiré ensemble sur le ministre…

Oui, effectivement. C’est le commandant Oustaz qui a tiré sur le ministre, demandez à Vetcho, Tonnerre et les autres. Ils le savent. Nous avions cessé tout combat à la demande du président. Et le ministre Tagro après avoir échangé avec l’Ambassadeur [de France, Jean-Marc Simon, ndlr], a eu la garantie de ce dernier qu’aucun coup de feu ne serait tiré, contrairement à sa première tentative de sortie de la résidence. Effectivement, il s’est avancé jusqu’au portail, et c’est là que les Frci ont été priées de faire mouvement vers la résidence. Moi, j’étais dans un caniveau pas loin de la scène. Les premiers à s’être présentés au niveau des commandants, ce sont les trois que j’ai cité. Et c’est là que deux coups de feu ont été tirés par l’un des commandants, en l’occurrence Oustaz, et un coup a atteint le ministre à la mâchoire qui s’est affaissé.

Pourtant les combats avaient cessé ?

En tout cas, à la résidence du président, nous combattions contre l’armée française qui pilonnait nos positions, bombardait la résidence présidentielle. Des civils venus défendre aux mains nues la démocratie sont morts. Par moment, le président Gbagbo sortait pour nous saluer et rentrait. C’est quand ordre nous a été donné de cesser de combattre, qu’eux ils sont rentrés.

De qui parlez-vous ?

Des soldats de l’armée française bien sûr. Et c’est quand ils ont sécurisé d’après eux, tout le périmètre qu’ils ont laissé place aux Frci. Les soldats français et quelques soldats onusiens ont été les premiers à entrer dans l’enceinte de la résidence. Si vous avez constaté le gilet pare-balles et le casque que portait le président Gbagbo, appartiennent à l’armée française. Donc quand l’armée française s’est assuré qu’elle a neutralisé tout le monde, c’est en ce moment là qu’elle s’est retirée et a fait appel aux Frci. Ils pouvaient tuer le président Gbagbo, mais ça faisait partie du plan de Dieu. Donc, ils ne pouvaient pas le tuer.

Comment avez-vous donc quitté la résidence du président Gbagbo alors que les soldats français étaient un peu partout ?

Je vous le dis Dieu est miséricordieux. Il n’a pas voulu que je reste dans cette crise. J’ai plongé directement dans un caniveau. C’est en ce moment là qu’ils ont pris le président Laurent Gbagbo et ils partaient avec lui. Moi, je rampais doucement dans le caniveau pour éviter d’être vu. Et pendant que je rampais, un soldat français m’a vu. Mais je ne sais pas pourquoi, il ne m’a pas tué ni livré aux autres. Peut être que ça faisait partie du plan de Dieu. Mais lui et moi nous nous sommes regardés et il m’a fait signe de partir. Mais je n’ai pas été le seul à être sauvé par ces soldats, plusieurs de mes frères d’armes ont été discrètement exfiltrés par des soldats français, par la même voie. Vous savez, les soldats français sont des êtres comme nous, ils savaient la réalité en Côte d’Ivoire, mais en tant que militaires, ils n’avaient pas d’autres choix que d’obéir. Mais c’est vrai que du regard des civils, ils sont aussi coupables que leurs dirigeants. En tout cas, à l’extérieur de la résidence, il y avait plus de 60 chars français postés un peu partout. On se demandait même à un moment donné s’ils n’étaient pas venus pour raser toute la résidence du président Gbagbo. Il y avait des AR-MIX, des bombardiers, des hélicoptères Puma, Gazelle qui sillonnaient dans les airs du périmètre présidentiel. Il y a eu trop de massacres pour que ces gens-là ne soient pas poursuivis et jugés.

Comment vous vous êtes retrouvé en exil ?

Des éléments des Frci sont allés trois fois à mon domicile pour me chercher. Ils ne m’ont pas eu, alors ils ont assassiné froidement mon oncle et mes deux petits frères. Et ensuite, ont pillé toute ma résidence. Après donc être sorti de la résidence du président Gbagbo, je me suis terré jusqu’à la mi-août, où j’ai officiellement quitté le pays pour le Ghana voisin. Officiellement je ne fais plus partie de l’effectif de l’armée. Je fais partie des près de 4000 soldats qui sont aujourd’hui en exil. Je préfère être vagabond que de d’être emprisonné injustement par le régime. Nous n’avons qu’accompli notre mission régalienne de défendre l’Etat agressé.

Vous dites être au Ghana. Le régime d’Abidjan vous soupçonne de fomenter un coup d’Etat.

Il n’y a pas de coup d’Etat en préparation au Ghana. Dieu, il est souverain. Les Ivoiriens crient, les Ivoiriens pleurent. Dieu entend les pleurs, les cris des Ivoiriens. Au moment opportun, Dieu agira ! Mais ils sont venus au pouvoir normalement, pourquoi ferait-on un coup d’Etat contre eux ? Mais on ne peut pas empêcher ce régime de penser ce qu’il veut, de soupçonner tout le monde de vouloir faire un coup d’Etat. Mais quand le voleur rentre chez toi, il a toujours peur, il est anxieux. Il se dit que le propriétaire des lieux peut le surprendre un beau matin. C’est ce qui fait que le régime a si peur. Non, nous ne préparons pas de coup d’Etat, c’est Dieu qui mènera le combat !

Vous parlez avec tant d’assurance…

Oui, oui ! Dieu est un Dieu de justice. Aujourd’hui, il n’y a pas un seul Ivoirien qui peut lever le doigt pour dire qu’il est à l’aise. La Côte d’Ivoire est dans un état critique. [...]

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samedi 26 novembre 2011

La mise à mort de l'université ivoirienne



Conférence de presse sur la mise à mort de l'université ivoirienne le 28/11/2011
à 18h30 à L'Harmattan, 21 rue des Ecoles à Paris


vendredi 25 novembre 2011

Livre : Côte d'Ivoire, le coup d'Etat


Exclusif – Gbagbo raconte lui-même son 11 avril

Extrait du Nouveau Courrier
du 23/11/11 :

"Le livre est intitulé «Côte d’Ivoire : le coup d’Etat». Il est écrit par le journaliste d’investigation Charles Onana et préfacé par l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki. Et il apparaît d’ores et déjà comme un livre-événement, tant les révélations et les rappels utiles y sont foisonnants. Le livre contient également des documents et des courriers inédits que Charles Onana a réussi à se procurer, provenant notamment de ministres français. Déjà en vente en France, «Côte d’ivoire : le coup d’Etat» sera-t-il autorisé à la vente en Côte d’Ivoire ? Il faudrait pour cela que des libraires ou des distributeurs aient le courage de le commander… Le Nouveau Courrier publie ici des «bonnes feuilles» de ce livre. Il s’agit du témoignage du président Laurent Gbagbo, qu’il a pu faire parvenir à Charles Onana depuis sa réclusion, et qui va, à coup sûr, déranger des milieux internationaux très haut placés. Ses accusations contre l’armée française, qui a selon lui tiré sur de jeunes manifestants Ivoiriens pour les disperser ou les empêcher de rallier sa résidence, et qui a visiblement profité d’une conversation téléphonique pour le localiser dans la résidence et bombarder sa chambre, sont très claires. Elles montrent une petite partie de ce qu’il a à dire, et constituent une alerte pour tous les hommes de bonne volonté. En effet, le pouvoir Ouattara et la Sarkozie doivent absolument comprendre qu’une éventuelle élimination physique du témoin gênant de Korhogo serait" [...]

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Et que dit RSF ?


Trois journalistes de « Notre Voie » et deux responsables de la FESCI arrêtés

Extrait du Nouveau Courrier du 24/11/11 :

"César Etou, rédacteur en chef et directeur de publication du quotidien d'opposition Notre Voie, et son collègue Boga Sivori, du même journal, ont été arrêtés ce jeudi 24.11.11 à Abidjan pour "offense au chef de l'Etat", suite à un article dénonçant l'achat par le régime Ouattara d'une flotte de voitures de luxe en temps de récession économique. Leur confrère Didier Dépry, également de "Notre Voie", a été arrêté pour "atteinte à l'économie nationale" en raison de la publication d'un article affirmant que le franc CFA serait dévalué.

Toujours ce jeudi," [...]

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Et pendant ce temps les ministres, ex-ministres et autres représentants du pouvoir français continuent de défiler en Côte d'Ivoire...


PS : info signalée par Saper Aude : commentaire ci-dessous, RSF "consternée".


mercredi 23 novembre 2011

Kadhafi. Retour sur la fin d'un ex-allié de l'Occident



"Larmes compliquées pour Khaddafi"

Par Mohammed Tourama. Extrait du Nouveau Courrier du 20/11/11 :

"Mouammar Khaddafi est mort, après que des avions de l’OTAN avaient arrêté son convoi en le bombardant. De toutes les versions qui circulent sur les derniers moments du Guide de la Jamahirya libyenne, personne ne conteste que ce soit l’intervention de l’OTAN qui fut l’élément déterminant dans son arrestation, et dans ce qui apparaît de plus en plus clairement comme son exécution. Le CNT aura été assisté jusqu’au bout. Nous autres ivoiriens n’avons pu nous empêcher de penser à ce qui aurait pu arriver à Laurent Gbagbo, lui-même arrêté par les services spéciaux d’un pays étranger dont le gouvernement s’est ensuite égosillé à faire croire le contraire, alors que sa propre radio – en l’occurence Radio France Internationale – l’avait annoncé en ces termes au début de l’après-midi de ce fatidique 11 avril 2011. Hamed Bakayoko avait alors affirmé à toux ceux qui voulaient l’entendre que le président Gbagbo n’avait eu la vie sauve que grâce à l’insistance d’Alassane Ouattara de ne pas lui faire de mal – bien trop tard pour tenter de se racheter une image d’homme soucieux du sort de ses adversaires, d’autant que le sang de Désiré Tagro entre autres témoignera pour l’éternité de la violence meurtrière de ce jour.

Revenons-en à Khaddafi. La façon de mourir a souvent déterminé le sens d’une vie. La notion de martyr est l’expression la plus aboutie de cette réalité, en cela que l’identité d’une personne est redéfinie par sa mort, souvent lorsque celle-ci est couplée à la hauteur de l’idéal que cette personne cherchait à atteindre, le but qu’elle avait assigné à son existence. Ainsi Patrice Lumumba existera-t-il à jamais dans les consciences comme le martyr des indépendances africaines, car il avait compris et dit plus haut que tout le monde que la coquille de ces indépendances-là était vide, une manière de perpétuation des rapports de dominant à dominé qui était incompatible avec l’épanouissement des Africains et des Africaines. Son assassinat le 17 janvier 1961, alors qu’il était dans sa trente-sixième année, était un complot dont les ramifications s’étendaient de la Maison Blanche à Washington aux intérêts miniers belges assis à Bruxelles et dont la colonne vertébrale était le Katanga. C’est aux responsables katangais, au premier rang desquels Moïse Tshombé que la sale besogne fut déléguée d’abattre leur frère africain.


Quelque chose de profond sur l'état actuel du monde

Après Lumumba, il y a eu en Afrique de nombreux leaders qui ont dénoncé avec force l’impérialisme et le néo-colonialisme. Quand on s’en réfère aux révélations de Robert Bourgi le mois dernier sur la réalité des flux financiers qui existent entre le pouvoir français et ses vassaux africains [et à celles de Mike Jocktane aujourd'hui], on se rend compte que des termes tels que « impérialisme » ou « néocolonialisme » sont des manières de glorifier ce qui relève parfois du pur racket mafieux. Néanmoins, Robert Mugabe par exemple s’est illustré par ses dénonciations sans fard de l’attitude britannique vis-à-vis de son gouvernement. Anthony Blair, premier ministre britannique entre 1997 et 2007, en avait fait un ennemi presque personnel. L’ensemble de la presse britannique avec le reste de leurs confrères occidentaux, ainsi que les milieux universitaires et celui des ONG considéraient Mugabe comme un dictateur ayant affamé son peuple. Le problème de cette attitude est qu’elle n’est pas entièrement infondée – Robert Mugabe a bien entraîné son pays dans un conflit ruineux et mal préparé au Congo-Kinshasa, aux côtés de Kabila père quand ce dernier se défendait des attaques coordonnées du Rwanda et de l’Ouganda à la fin des années 1990. Mugabe s’est ensuite lancé dans une réforme agraire controversée. Et c’est là où les choses se compliquent : cette réforme agraire aurait dû se faire avec le soutien de la Grande Bretagne, ancienne puissance coloniale, aux termes des accords de Lancaster House de décembre 1979 qui présidèrent à l’indépendance du Zimbabwe. Ce soutien ne vint jamais, et la réforme agraire en question fut bancale, pour dire le moins. On peut critiquer Mugabe pour avoir entrainé son pays dans un conflit ruineux, mais il est difficile de le faire à la suite de Tony Blair, qui a toujours soigneusement évité de mentionner le fait que son pays s’était défaussé de ses responsabilités historiques vis-à-vis de son ancienne colonie, et était donc co-responsable du sort actuel des Zimbabwéens.

Khaddafi n’a pas fui son pays ; le fait que la mort l’ait trouvé à Syrte témoigne d’un certain courage, d’un certain panache qui permet de dire que les fanfaronnades de l’homme n’étaient pas que du bluff. Après, il est difficile d’oublier le rôle du défunt chef libyen dans la déstabilisation de l’Afrique de l’Ouest dans les années 1990, avec la complicité active de cet autre "homme de paix", Blaise Compaoré. Il est compliqué de passer par pertes et profits le traitement réservé aux candidats africains à l’immigration vers l’Europe par les autorités libyennes sous Khaddafi, quand on sait qu’au même moment le Guide était le plus chaud partisan des Etats-Unis d’Afrique.

L’unanimité avec laquelle les dirigeants occidentaux ont salué cet assassinat, alors qu’il y a à peine quelques années ils l’accueillaient dans leurs palais avec le plus grand faste, dit quelque chose de profond sur l’état actuel du monde. Cela ne veut pas dire qu’il faille que nous Africains, par «représailles», glorifiions le Guide non plus. Au contraire, nous gagnerions à sobrement tirer les leçons de duplicité, voire de triple jeu international mises à jour par la mort de Khaddafi. Nous pouvons à la fois critiquer l’action de Khaddafi"... [...]

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