jeudi 28 juillet 2011

Côte d’Ivoire: Amnesty International accuse Ouattara d’organiser de sanglantes représailles et de terroriser les Ivoiriens


Dépêche publiée le 27 juillet 2011 par  :


LONDRES – Amnesty International a accusé mercredi dans son rapport, Alassane Ouattara d’organiser de sanglantes représailles et de terroriser les ivoiriens.

L’organisation internationale constate que depuis l’enlèvement le 11 avril du Président ivoirien Laurent Gbagbo, les exécutions extrajudiciaires, tortures, disparitions, viols ont considérablement augmenté.

Ce rapport intervient au moment où Alassane Ouattara, Président installé par la coalition armée ONUCI- Licorne- FRCI, est en visite aux Etats-Unis et aura même les honneurs d’être reçu demain par Barack Obama, qui l’a soutenu à bout de bras.

L’organisation humanitaire constate que les violences ont augmenté depuis l’investiture d’Alassane Ouattara au gré d’une vague de représailles. Amnesty dénonce en particulier les exactions commises par les combattants de Ouattara.

Un témoin a raconté comment un homme de 33 ans a été exécuté le 29 mai par les FRCI au moyen d’un pneu en feu placé autour de son cou. Le rapport est truffé de témoignages de ce type.

Plus de 100 jours après le renversement du régime ivoirien, le retour à un Etat de droit demeure hypothétique. Le Président Gbagbo et l’ensemble des prisonniers politiques sont toujours incarcérés sans aucun chef d’inculpation. [...]


Lire la dépêche sur


mercredi 27 juillet 2011

Ouattara emprisonne la presse ivoirienne


Le cas d'Hermann Aboa


Par Sylvie Kouamé sur Le Nouveau Courrier n°276 du 25 juillet 2011.

Vidéo sur le Gri-gri par Grégory Protche :



Publié sur Le Nouveau Courrier. S’abonner ici.


samedi 23 juillet 2011

Situation désastreuse des Droits de l'Homme en Côte d'Ivoire : La sénatrice de Paris écrit à Alain Juppé



Nicole Borvo COHEN-SEAT
Vice-Présidente de la commission des lois
Présidente du groupe CRC-SPG
Sénatrice de Paris

à

Monsieur Alain JUPPE
Ministre d’Etat, ministre des Affaires Etrangères et Européennes
37, quai d’Orsay
75007 Paris




Paris, le 20 juillet 2011









Monsieur le Ministre,

Je me permets d’attirer votre attention sur des situations constatées en Côte d’Ivoire par des organismes de défense des droits de l’Homme, dont Amnesty International.

Selon ces associations au moins 50 personnes ont été placées en détention sans avoir été inculpées par les autorités ivoiriennes à la suite de l’arrestation de Laurent Gbagbo il y a trois mois.

Parmi eux figurent des hommes politiques connus, des députés, des syndicalistes, des anciens ministres, l’ancien directeur de la BCEAO et des ressortissants français.

Nombre d’entre eux sont détenus dans différents endroits du nord de la Côte d’Ivoire. Ni le CICR ni aucune autre organisation non-gouvernementale n’ont pu leur rendre visite. Par contre le directeur de la division des droits de l’homme de l’ONUCI a pu se rendre sur le site de Bouna. Il y a constaté que les personnes détenues faisaient l’objet de mauvais traitements et que l’incarcération se faisait dans des conditions humaines dégradantes. D’ailleurs certains de ces traitements contrevenant à l’article 1 de la Convention des Nations Unis contre la torture ont été filmés et mis en ligne sur Internet. On y voit certains de ces détenus - dont un ancien premier Ministre, un ressortissant français et des personnes souffrant de graves problèmes de santé - humiliés et contraints de faire des pompes par des membres des forces armées des actuelles autorités ivoiriennes. A Korhogo 23 détenus survivraient entassés dans un container.

Par ailleurs des associations de droits de l’homme ont exprimé l’exigence que tous ces détenus bénéficient de l’attention médicale et des soins dont ils ont besoin. L’état de santé de certains d’entre eux comme Mahan Gahé, président du syndicat « Dignité » membre de la CSI, et Maurice Louhourignon, directeur de l’aménagement du territoire, actuellement détenus à Boundiali, s’est brutalement dégradé.

Ces mêmes associations considèrent également que le maintien de personnes en détention sans inculpation relative à une infraction précise prévue par la loi serait une violation directe des normes internationales en matière de droits humains et ferait de celles-ci des prisonniers d’opinion qu’il faudrait libérer immédiatement.

Elles ont par ailleurs relevé que les soldats de la Licorne et de l’ONUCI étaient présents lors de l’arrestation de nombre de ces personnes mais qu’ils ne sont pas intervenus pour empêcher les mauvais traitements.

Je vous serais reconnaissante, Monsieur le Ministre, de me faire savoir la position du gouvernement français concernant l’ensemble des points soulevés et les initiatives qu’il compte prendre.

Pourriez-vous également m’indiquer, Monsieur le Ministre, les démarches entreprises en vue d’éclaircir les circonstances de la mort par balle le 31 mars dernier à Yamoussoukro de Philippe Rémond, ressortissant français exerçant le métier d’enseignant en Côte d’Ivoire ? Ce dernier déclarait le 17 janvier dernier avoir fait l’objet de menaces liées à ses opinions politiques.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations les plus distinguées.

Nicole BORVO COHEN-SEAT



Publié sur Le Nouveau Courrier n°273. S’abonner ici.


Et toujours, arrestations arbitraires des journalistes...




mercredi 20 juillet 2011

"A Abidjan, François Fillon a demandé que les crimes de tous les camps soient punis. Qui punira la France ?"


Pendant que Ouattara supplie Johnson Sirleaf de le débarrasser de ses mercenaires qu'il ne peut plus contrôler (et que ses adulateurs attribuent à Gabgbo... encore et toujours)...

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"François Fillon : discours peu sérieux pour personnes peu sérieuses (Le Nouveau Courrier du 18 juillet 2011)


Ainsi donc, François Fillon a fini son « tour du propriétaire » en Côte d’Ivoire. Un séjour qu’on devrait qualifier d’historique : la première visite officielle d’un Premier ministre français en Côte d’Ivoire depuis… 1986. A l’époque, Jacques Chirac, chef d’une droite ayant tout juste obtenu la majorité lors des législatives et par conséquent le contrôle du gouvernement dans le cadre de la cohabitation, venait remercier son « papa » Félix Houphouët-Boigny de l’avoir aidé par ses « conseils », mais surtout par son argent, qui se confondait avec celui de son pays, durant la campagne électorale. C’était le temps de l’Afrique de papa, d’un néocolonialisme que pourfendait, à Ouagadougou, Thomas Sankara, avant d’être assassiné avec, disent certains historiens, la bénédiction de Paris et d’Abidjan.

Tout aurait, aujourd’hui, changé de face. Evoquer même encore le terme « Françafrique » reviendrait à se servir d’un « logiciel dépassé », si l’on en croit les propos du Premier ministre de Nicolas Sarkozy. Ce discours de François Fillon, disons le tout net, est peu sérieux, et ne sera considéré sérieusement que par des personnes peu sérieuses. Mal inspiré au Cameroun en mai 2009, quand il niait les crimes commis par l’armée française durant la guerre d’indépendance, à côté de la plaque quand il a évoqué le faible taux de « francité » d’Eva Joly, et ce – ironie ! – devant Alassane Ouattara, la « victime » de l’ivoirité, Fillon a été naturellement défaillant en essayant de donner un avis pertinent sur l’évolution des relations entre son pays et ses ex-colonies africaines.

Au fait, quand est-ce que la France officielle a-t-elle admis que le logiciel « Françafrique » était de saison, pour qu’elle puisse affirmer aujourd’hui qu’il est passé de mode ? Depuis que François-Xavier Verschave, ex-président de l’ONG Survie, a passé au tamis critique le néologisme créé par Félix Houphouët et l’a érigé en mot-repoussoir résumant l’ensemble des relations mafieuses et entachées de sang liant la France à son « pré carré », le concept a été contesté, moqué, ridiculisé. Verschave a été accusé de paranoïa complotiste. Aujourd’hui, on aurait parlé de « conspirationnisme »… D’hier à aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé dans le sens de la souveraineté des pays d’Afrique dite francophone? En 1997, Paris soutenait les milices de Denis Sassou N’Guesso contre le président élu Pascal Lissouba dans le cadre de la reconquête de Brazzaville. En 2002, Paris soutenait les milices pro-Ouattara contre le président élu Laurent Gbagbo. [...] En avril 2011, les forces spéciales françaises détruisaient la Résidence présidentielle ivoirienne afin de livrer Laurent Gbagbo à ses adversaires. [...] Aujourd’hui, la France largue des armes aux rebelles libyens, en partie islamistes. La seule différence entre les aventures militaires néocoloniales d’hier et celles d’aujourd’hui ? La force de la résistance populaire qui se construit lentement « oblige » légionnaires et hélicoptères à tuer des civils africains. Par centaines. A Abidjan, François Fillon a demandé que les crimes de tous les camps soient punis. Qui punira la France ?

La Françafrique, c’est une relation dans laquelle la France utilise sa présence militaire en Afrique pour y jouer un rôle politique, renverser et installer, soutenir et déstabiliser. C’est ce qui s’est passé et c’est ce qui se passe en Côte d’Ivoire. La Françafrique, c’est une relation économique du cheval et du cavalier, où Paris est le partenaire économique « de référence », vers qui les contrats se tournent prioritairement… sans que la réciproque soit vraie. On est en plein dedans. La Françafrique, ce sont les conseillers militaires et économiques dépêchés par l’Elysée et qui travaillent, au plus haut niveau de l’Etat africain vassal et de manière très officielle, pour le compte du pays donneur d’ordres. On y est retournés, pieds et poings liés. La Françafrique, c’est le jeu qui consiste pour la France à choisir ses interlocuteurs en Afrique, et à décider toute seule en donnant l’impression d’un dialogue avec « nos partenaires africains ».

La manière dont les autorités françaises communiquent sur le maintien – ou le retrait – des troupes hexagonales en Côte d’Ivoire illustre à la perfection le complexe de la marionnette et du ventriloque qui caractérise les relations diplomatiques entre nos pays. Alors que l’investiture d’Alassane Ouattara se tenait encore, Nicolas Sarkozy a affirmé devant ses compatriotes regroupés dans le camp militaire français de Port-Bouët – symbole ravageur ! – que son pays garderait une présence militaire « permanente » en Côte d’Ivoire. Pourtant, les accords de défense doivent être renégociés d’Etat à Etat, et ratifiés par l’Assemblée nationale. Si Sarkozy se risque à une telle affirmation, c’est parce qu’il sait qu’il contrôle le pouvoir exécutif ivoirien et qu’il contrôlera demain – notamment grâce à l’opération d’épuration politique en cours, sanctifiée par Paris – le pouvoir législatif, au terme des élections qui doivent se dérouler avant la fin de l’année.

François Fillon a raison : le logiciel « Françafrique » est dépassé. Il a été remplacé par un software d’écrasement des peuples africains qui est, paradoxalement, à la fois plus subtil et plus grossier. Et terriblement violent."


Lire l'article en entier sur le blog de Théophile Kouamouo et sur Le Nouveau Courrier...
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À suivre... Quinquies, sexies, septies repetita... Et quelques...



mardi 19 juillet 2011

France-Côte d'Ivoire: la tentation coloniale


Le coup d'Etat d'Abidjan du 11 avril 2011 ramène la Côte d'Ivoire 50 ans en arrière.

L'analyse du politologue Michel Galy (avec autorisation) :



"Quels que soient les arguments mis en avant pour arbitrer le différend postélectoral entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, il n’en demeure pas moins que l’armée française a été contrainte par le pouvoir politique à la plus importante opération depuis la guerre d’Algérie et la sanglante opération de répression contre l’Union des populations du Cameroun (UPC), au Cameroun.

Et ce dans des circonstances encore floues, tant dans la préparation en amont de l’opération avec la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire (Onuci) et avec l’ex-rébellion, bras armé du pouvoir d’Alassane Ouattara, que dans le bombardement d’objectifs plus symboliques que militaires.

Tous les observateurs savent bien, une fois le drame retombé, que le bombardement de la présidence et de la résidence présidentielle d’un pays étranger n’entre pas dans le cadre d’un quelconque mandat onusien! Quand les armes lourdes, les tanks et les hélicoptères d’assaut des deux corps expéditionnaires occidentaux tirent sur de tels objectifs (résidence, présidence, hôpital et supermarché, foule de jeunes civils voulant servir de «bouclier humain», etc.), qui pourrait croire à l’application de la résolution 1975, censée protéger les civils?


Un coup d'Etat programmé

Il s’est agi de toute évidence de changer de régime et de président, en prenant le contrôle d’une capitale de 5 millions d’habitants. En toute clarté terminologique: un coup d’Etat franco-onusien.
A quel prix? Voilà un point qu’une commission d’enquête parlementaire ou internationale ou pourquoi pas un rapport enfin objectif d’organisations de droits de l’homme —décidément bien ambiguës— pourraient éclaircir. A moins que des chercheurs africanistes, que l’on a connu plus diserts pour condamner le régime précédent, se livrent à des enquêtes de terrain ou des analyses argumentées.

Il est question, lors de ce coup d’Etat, de centaines ou de milliers de morts, dont nombre de civils désarmés. Où est la vérité? Les forces pro-Ouattara ont torturé et exécuté plusieurs milliers de civils, tant à Yopougon (quartier pro-Gbagbo) que dans l’ensemble de la capitale, et commis des crimes de guerre dont Duékoué n’est que l’exemple le plus connu.

Qui nous donnera des chiffres exacts et détaillera la complicité —même dans la passivité— des forces occidentales? Tout ce qu’on sait de la «triple alliance» force Licorne, Onuci-FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire, ex-rebelles pro-Ouattara) font craindre une implication de l’armée française plus importante qu’au Rwanda.


Une gouvernance de l’ombre en Côte d’Ivoire

Ces graves problèmes sont en fait la conséquence d’une délégitimation programmée du régime précédent, coupable sans doute d’une résistance larvée à une volonté de normalisation franco-africaine, et d’une volonté pourtant très relative de se tourner vers de nouveaux partenaires, comme la Chine.

Délégitimation intellectuelle et politique, depuis Paris et Abidjan, concomitante à une aide multiforme au coup d’Etat de 2002 où les forces de Guillaume Soro et Alassane Ouattara ont conquis les deux tiers du pays. Cette descente vers le Sud des conquérants dioulas n’a été possible in fine que grâce à l’aide des services français et de la force Licorne, dont seules les grandes lignes sont connues.

«Et maintenant, on fait quoi?», disent volontiers les Abidjanais… La «tentation coloniale» semble se traduire par une mise en coupe réglée du pays et, pire encore, une mise sous tutelle du nouveau régime, qui ramène 50 ans en arrière.

Tous les observateurs le savent: en cas de retrait de la force Licorne et des troupes de l’ONU, l’armée et le régime Ouattara ne tiendraient pas longtemps dans une ville qui leur reste majoritairement hostile. D’où la tendance, pour les responsables français d’Abidjan, à se substituer ou à collaborer aux centres de décision ouattaristes: de nommer très récemment, par exemple, un colonel français au poste de conseiller sécurité à la présidence.

Le retour des institutions internationales —et particulièrement françaises, comme l’Agence française de développement (AFD)— (absentes depuis 10 ans, avec la volonté implicite de couper toute aide au régime Gbagbo) se traduira par des experts étrangers tout puissants et par des conditionnalités renforcées: une gouvernance de l’ombre qui formate en amont projets et programmes.

Décapitalisation aussi de l’économie: de nombreuses sociétés d’Etat seraient alors privatisées, comme pendant la primature Ouattara, au profit de ses proches (et des clients étrangers) qui trustent déjà ministères et postes-clés —au détriment du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, ancien parti unique de Felix Houphouët Boigny de 1960 à 1990, de droite, à tendance libérale), décidément la dupe du coup d’Etat.

Les matières premières comme le café, le cacao et surtout le pétrole offshore du golfe de Guinée sont bien plus importants, et les Américains sont à l’affût, en rivalité directe avec les entreprises françaises.


L’opposition muselée

Le prix de ce retour à l’ordre colonial est hélas celui d’une brutale criminalisation de l’opposition, de l’incarcération et de la déportation de ses dirigeants —tandis qu’une répression multiforme décime ou terrorise ses partisans. Le plus scandaleux est la déportation non seulement de Laurent Gbagbo à Korhogo, mais de sa famille (son fils, de nationalité française, Michel Gbagbo, qui subit des mauvais traitements à Bouna, est-il coupable d’un «délit de parenté»?) et des «Cents d’Abidjan» eux aussi emprisonnés dans des conditions indignes dans des zones hostiles, malgré la présence complice des troupes de l’ONU. Les conventions de Genève stipulent des conditions de détention décentes et la possibilité de consulter un avocat; des droits déniés à ces prisonniers politiques ivoiriens.

Encouragé par l’absence de réactions internationales, le pouvoir vient très récemment de déporter à Boundiali les réfugiés de la Pergola, hôtel où, dans une sorte de guet-apens, l’ONU était censé assurer leur sécurité. Le Premier ministre Aké Ngo Gilbert, que j’ai connu dirigeant l’université d’Abidjan et garant scientifique des remarquables colloques de 2010 (pour fêter les 50 ans des «indépendances»!) a-t-il fait autre chose que de gérer honnêtement une situation économiquement très difficile depuis les élections?

On a hélas l’impression qu’au-delà de l’opposition, ce sont les élites intellectuelles et même les classes moyennes qui sont condamnées, tandis que les criminels de guerre et autres rebelles reçoivent les prébendes et la reconnaissance internationale!


Abidjan «hors de contrôle»

Sur le plan militaire, les pouvoirs français et ivoiriens (ou «franco-ivoiriens»?) sont devant un dilemme: soit ils s’appuient sur les FDS (Forces de défense et de sécurité) pro-Gbagbo, foncièrement hostiles à l’armée de Ouattara; soit ils aident comme pendant la «bataille d’Abidjan» (entraînement, logistique, armes et uniformes) les rebelles pro-Ouattara, dont tout laisse deviner qu’il ne suffit pas de les baptiser «FRCI» pour que cessent leur pratiques de prédation.

L’amalgame étant difficile —si ce n’est impossible— tant les deux factions militaires sont hostiles, l’armée française peut être tentée de se substituer à l’armée ivoirienne (comme sous le président Houphouët-Boigny) ou de l’«encadrer», c'est-à-dire de la diriger par une présence massive de «conseillers», comme au Vietnam autrefois, ou en Libye aujourd’hui.

La situation à Abidjan est en effet «hors de contrôle», selon l’aveu des dirigeants civils pro-Ouattara: outre les centaines de meurtres d’opposants, notamment à Yopougon, d’immenses quartiers comme Angré ont été totalement pillés; plus de police et de gendarmerie, et les Dozos (qui auraient massacré un millier de civils à Duékoué) sont dans les commissariats.

Dès lors la tentation est grande pour les Franco-onusiens d’aider le gouvernement Ouattara à éliminer les rebelles les plus dangereux, sur le modèle de la liquidation d’Ibrahim Coulibaly —ce qui entraînerait plus loin les forces occidentales dans les violences ivoiriennes.

Contre ce programme néocolonialiste, une autre politique franco-ivoirienne se dessine, qui pourrait favoriser un retour à la paix civile et à des élections législatives représentatives, faute de quoi l’hypothèse d’un nouveau cycle de violences ne serait pas à exclure, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Retrait des deux corps expéditionnaires occidentaux, libération des prisonniers politiques et réintégration de ceux-ci dans le jeu politique en seraient les points-clés.

Dans le cas contraire, la «bataille d’Abidjan» et ses nombreuses victimes aurait été menée pour rien: à terme, les intérêts et même les ressortissants français courraient de graves dangers, tant le ressentiment est important à Abidjan.

Décidément, l’image quasi «bushienne» de lutte du bien contre le mal —comme en Libye?— n’était pas très réaliste… Pas plus que celle d’un «post-conflit» idyllique et consensuel.

On parierait qu’un terrible scandale politico-médiatique reste à venir, quand on saura enfin ce qu’il s’est réellement passé à Abidjan, il y a aujourd’hui trois mois."

Michel Galy

En vidéo ici.


sur SlateAfrique
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À suivre... Quinquies, sexies, septies repetita... Et quelques...



King Crimson - One more red nightmare

dimanche 17 juillet 2011

Ayant vaincu, Fillon est venu... Mais il n'a pas vu ?


Les exactions ne cessent de se poursuivre et se multiplier...
Le silence médiatique s'épaissit, Fillon ne dit rien...

L’Onuci avoue son impuissance

Les FRCI lui interdisent d’avoir accès aux prisonniers politiques

lnc 268.pngL’Opération des nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci), a fait l’état de la situation des droits de l’homme en Côte d’Ivoire, au cours de son traditionnel point de presse hebdomadaire à son siège de Sebroko.

Article de Benjamin Silué


Le Nouveau Courrier — n°268, du vendredi 15 Juillet 2011 (avec autorisation) :


Trois mois que le pouvoir Ouattara est aux commandes de la Côte d’Ivoire. Trois mois que les exactions ne cessent de se poursuivre et se multiplier, sans qu’aucun petit doigt ne soit levé. La situation des droits de l’homme en Côte d’Ivoire s’est détériorée. Et les exactions des Frci sur les populations civiles sont loin de prendre fin, malgré la présence impressionnante et pléthorique des forces onusiennes en Côte d’Ivoire, dont la mission principale est la protection des populations civiles. Aucun jour ne passe sans que des Ivoiriens ne soient victimes des éléments des Frci. Le Gouvernement peine à mettre fin à cette situation encore moins l’Opérations des Nations unies qui reste parfois de marbre face à cette situation, presque un aveu presque d’impuissance face aux populations qui souffrent le martyre entre les mains des «sauveurs» du Procureur Simplice Kouadio.

Hier au cours de sa traditionnelle conférence de presse hebdomadaire, l’Onuci, par la voix de son porte-parole, Hamadoun Touré n’a pas manqué de relever cela. Il a exprimé la préoccupation de l’Onuci face aux exactions commises par des éléments des FRCI sur les populations. «Au cours de la semaine passée, au moins 25 cas de torture et mauvais traitements ont été rapportés à Daloa, Gabia Kinkeninda (260km de Bouaké) et Zoukougbeu (40 km de Daloa). Et au moins quatre personnes ont été menacées de mort par ces mêmes éléments », a indiqué Hamadoun Touré. Ce chiffre n’est pourtant qu’une infime proportion des exactions faites aux populations par les éléments se réclamant des Frci. L’on se demande, au passage, pourquoi l’Onuci camoufle systématiquement les cas de meurtres de sang-froid relevés au quotidien par les observateurs…

Ce qui est troublant, c’est que l’Onuci annonce avoir effectué au cours de la semaine passée, 1275 patrouilles terrestres et aériennes et poursuivi les patrouilles mixtes avec leurs homologues des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (Frci). Des initiatives qui n’ont pas eu la moindre retombée sécuritaire pour les populations.

L’on se souvient encore que les troupes onusiennes stationnées à Duekoué n’ont pas pu secourir des populations qui se faisaient massacrer, avec un bilan de plus de 1000 morts selon les organisations de défense des droits de l’homme. Pourquoi, l’Onuci ne déploie-t-elle pas les grands moyens pour la protection des populations au nom de la résolution 1975 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui évoquait très clairement la protection des populations civiles par tous les moyens. Une fois sa véritable mission achevée – le renversement de Gbagbo –, l’Onuci a-t-elle rangé ses Mi-24 et abandonné les populations à leur propre sort ?

L’Onuci empêchée de visiter les détenus politiques

Les personnalités politiques, ce n’est un secret pour personne, sont détenues, prisonniers au nord du pays dans des conditions inhumaines et humiliantes pour l’être humain. Malgré l’état de santé considérablement dégradé de nombre d’entre eux, le pouvoir actuel s’entête à les maintenir dans ces conditions, au risque de les voir mourir dans ces «camps Boiro» à l’ivoirienne. Et là encore, l’Onuci montre une fois de plus toute son impuissance de réagir. On comprend qu’elle ait dit non pour marquer son indignation, quand les hommes de Ouattara lui ont demandé d’accompagner le transfèrement des personnalités détenues à la Pergola jusqu’à Boundiali. Ce qui est surprenant, c’est le fait que l’Onuci avoue que les Frci ou du moins le pouvoir Ouattara l’empêchent de rendre visite aux différents détenus dans ces geôles de la mort. Le Porte-parole de l’Onuci, Hamadoun Touré, a déploré le manque d’accès de l’Onuci aux lieux de détention des détenus politiques. Notamment, à la Compagnie Territoriale de Korhogo, avant de rappeler que «l’Onuci, comme son mandat le prévoit, n’a besoin d’aucune autorisation pour effectuer son travail de monitoring dans les lieux de détention ». Le porte-parole a par ailleurs annoncé la visite à Bouna des représentants de la Division des droits de l’homme de l’Onuci et du ministre des droits de l’homme et des libertés publiques pour, a-t-il précisé, «se déterminer sur les conditions de détention des différentes personnalités détenues dans cette prison».


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vendredi 15 juillet 2011

Fillon, Joly, Ouattara et Bédié



"Je pense que cette dame (Eva Joly) n'a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l'histoire française" dit Fillon, évoquant à côté de Ouattara les réticences d'Eva Joly contre le défilé militaire du 14 juillet.

Bref, cette dame a beau répliquer : "je ne descends pas de mon drakkar", elle manque de francité !

La chose ne manque pas de piquant... Fillon l'a t-il fait exprès ? Voilà un propos qui prononcé d'Abidjan lors d'une rencontre commune avec Ouattara n'a pas dû tomber dans des oreilles de sourds au RHDP, notamment côté Bédié, qui s'interrogeait il n'y a pas si longtemps dans les mêmes termes que Fillon... mais à propos de Ouattara, pour un problème qui fleure irrésistiblement celui d'Eva Joly.

Un point commun toutefois entre Fillon et Joly : si Eva Joly est contre les défilés militaires, elle n'a, comme Fillon pas grand-chose à redire contre les bombardements "humanitaires", comme ceux réclamés par Ouattara contre la Côte d'Ivoire... dans le silence de Bédié.

Et Fillon et Ouattara de s'accorder pour clamer que "la Françafrique est un 'logiciel dépassé'" ! Ben voyons !