samedi 10 septembre 2011

Comment Choi a certifié une violente supercherie "électorale" en Côte d’Ivoire


... Une certification instillant chez un grand nombre la conviction erronée que ses faux « résultats » « électoraux » étaient les bons. Tout le mal et les très nombreuses victimes de la crise post-électorale ivoirienne découlent de l’acceptation non-critique de ces faux résultats. Cela est allé de la presse aux politiques et diplomates. Cela s’est étendu jusqu’aux internautes et autres blogueurs abusés de plus ou moins bonne foi — incapables de reconnaître avoir été abusés, même lorsque Gbagbo demandait un recomptage face à ses adversaires (de Ban Ki-moon à Ouattara) qui préféraient la guerre demandée par Sarkozy ! Autant d’acteurs, allant des politiques aux blogueurs en passant par la presse officielle, qui ont contribué à la propagande qui a conduit à la situation actuelle... Et a fourni un nouveau modèle aux guerres post-bushiennes, désormais obamiennes et sarkoziennes. Cf. la guerre en Libye...


Article de Frank Toti. Extrait du Nouveau Courrier n°312 du vendredi 9 septembre 2011 :



"Certification controversée de la présidentielle

Comment Choi a tout planifié



Plus de neuf mois après la proclamation des résultats du second tour de la présidentielle et une semaine après son départ définitif de la Côte d’Ivoire, on en sait un peu plus sur l’un des plus grands scandales du système des Nations unies, en l’occurrence, la certification de Young Jin Choi. Au cœur d’une machination.


Même si pour certains, la page des élections semble tournée avec la bataille militaire ayant tourné, grâce aux soutiens déterminants des forces françaises et onusiennes, à l’avantage du camp Ouattara. Il importe pour l’histoire et la postérité que la vérité soit sue d’une part et restaurée d’autre part, et aussi pour la mémoire de toutes ces personnes tombées au nom d’un idéal de démocratie. Neuf mois après, dans une correspondance particulière, une personnalité au cœur du système fait des révélations sur la «scandaleuse» certification de l’ex-patron de l’Onuci, Young Jin Choi. Un Choi qui a été fait, le 7 août dernier, grand commandeur de l’ordre national pour service rendu, a-t-on dit, à la Côte d’Ivoire. Pourtant, affirme notre source, il a « avec subtilité, trompé la communauté internationale qu’il a amenée à entériner le faux résultat de Bakayoko Youssouf». Son récit commence à la date du 11 novembre 2010, veille de la certification du premier tour.


Les détails d’une certification

Ce jour-là, Choi assisté du chef de la Division électorale et de la responsable de la cellule certification de l’Onuci échangent avec cinq candidats et sept représentants de candidats. Au cours de la réunion, la responsable de la certification déclare «que relativement aux textes qui régissaient l’organisation du scrutin, la Commission Electorale de Côte d’Ivoire avait suivi toutes les procédures qui ont conduit à la proclamation des résultats provisoires et aux résultats définitifs, proclamés par le Conseil Constitutionnel». Il s’agit là du résultat du premier tour…

Ce 11 novembre là, certains candidats et des représentants de candidats posent plusieurs questions à Choi et à son équipe notamment sur des irrégularités qu’ils avaient constatées et qui ont, selon eux, entaché la sincérité du scrutin. Notamment, les empêchements de vote dans certaines localités, l’absence de stickers sur certains bulletins de vote, l’absence des soldats du Centre de Commandement Intégré (Cci) dans certains lieux de vote, les votes frauduleux des Forces de Défense et de Sécurité et des éléments des Forces Nouvelles, les votes multiples etc.

«En réponse aux préoccupations soulevées par certains candidats et représentants de candidats, M. Choi et ses collaborateurs ont indiqué que ces questions devraient plutôt être adressées à la Cei et au Conseil constitutionnel qui sont responsables à divers niveaux, de l’organisation de la campagne, du scrutin et de la proclamation des résultats provisoires et définitifs», raconte notre source. Certains candidats et représentants de candidats reviennent à la charge «pour signifier vertement à M. Choi et à ses collaborateurs qu’ils ne comprenaient pas bien la mission de la certification parce qu’ils estimaient que les irrégularités étaient flagrantes et par conséquent ont négativement influencé la proclamation des résultats provisoires et définitifs du premier tour du 30 octobre 2011». Il n’en fallait pas plus pour mettre le «certificateur» Choi dans une colère à peine contenue. «Le rôle de la certification est d’apprécier toutes les étapes et d’apporter un jugement au regard des critères et non de se substituer aux institutions Ivoiriennes en charge de la conduite du processus électoral. Je n’ai pas le mandat que vous me demandez et je vais certifier le premier tour parce que toutes les procédures ont été respectées», a-t-il conclu. Avant de certifier le premier tour le lendemain 12 novembre 2010 par une formule assez révélatrice : «Les résultats des élections sont déterminés à l’issue d’un processus transparent et accepté par tous ou contesté de manière pacifique par les voies appropriées».


2nd tour : La volte-face du certificateur en chef

Le 30 novembre 2010, le second tour de l’élection présidentielle se déroule dans une atmosphère tendue à Abidjan et empreinte de violence dans la zone Cno et quelques localités dans la partie gouvernementale. L’attente des résultats provisoires de la Cei ne va pas arranger les choses. 72 heures après le délai imparti, Youssouf Bakayoko et les commissaires centraux n’ont pu délivrer les résultats. La suite, on la connaît plus ou moins. Le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, retiré quelques heures chez lui après l’expiration des 3 jours francs pour donner les résultats provisoires, est embarqué pour l’Hôtel du Golf, après le refus poli de Young Jin Choi, d’accueillir la proclamation – en mode solitaire, les membres du bureau de la CEI n’étant pas associés – des résultats dans son «bunker» du Sebroko, siège de l’Onuci.

«La Cei n’ayant pas proclamé les résultats provisoires selon ses procédures et les textes en vigueur, il a été constaté que son Président Bakayoko Youssouf a énoncé de manière solitaire des chiffres à l’Hôtel du Golf, «siège» des Forces nouvelles (ex-rébellion), transformé en QG de campagne du candidat Ouattara. Le Conseil constitutionnel a proclamé les résultats définitifs le vendredi 3 décembre 2010. Le même jour, le Représentant spécial du Sg des Nations unies en Côte d’Ivoire dit avoir certifié les chiffres énoncés par le Président de la Cei», explique notre source. Selon elle, la procédure de certification telle que suivie au premier tour, n’a pas été respectée au second tour par le certificateur en chef, Choi.

«Au premier tour, les candidats ou leurs représentants avaient été préalablement convoqués pour l’enregistrement de leurs observations. Au second tour, personne n’a été invité par l’Onuci à cet effet. C’est en écoutant la Radio de l’Onuci que les candidats et les Ivoiriens ont suivi la conférence de presse où M. Choi indiquait qu’il venait de certifier les chiffres énoncés par M. Bakayoko et rejetait les résultats définitifs tels que proclamés par la juridiction suprême de Côte d’Ivoire, le Conseil constitutionnel. Et ce, malgré le préambule de la Résolution 1765 du Conseil de sécurité des Nations unies du 16 juillet 2007 qui réaffirme son attachement au respect de la souveraineté, et de l’indépendance de la Côte d’Ivoire». L’Histoire le retiendra, en dépit de la campagne de communication massive déployée par Choi avant son départ : c’est cette volte-face inexplicable dans la certification précipitée du second tour qui est à l’origine de la crise post-électorale. Choi avait-t-il le droit de proclamer des résultats définitifs de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire parce qu’il est investi d’un mandat de certification par l’Onu ? Lui-même avait répondu par la négative, en répondant aux préoccupations évoquées par les candidats du premier tour de l’élection au cours de la réunion du 11 novembre 2010 au siège de l’Onuci. En réalité, le mandat du certificateur n’a jamais consisté à valider les résultats définitifs, mais à vérifier la conformité aux règles du déroulement du scrutin, depuis la campagne jusqu’aux résultats définitifs et, à en porter témoignage au Secrétariat général des Nations unies, tel que l’explique Choi lui-même, juste après le premier tour de la présidentielle. A l’évidence, il s’est investi d’une autre mission entre les deux tours de la présidentielle, allant même jusqu'à s’ériger président d’une sorte de «Haut» Conseil constitutionnel, seul habilité à donner la qualité de vainqueur à tel ou tel autre candidat. Les Ivoiriens ont payé de leur vie, une certification à double face pour une même élection présidentielle. Et Choi est retourné dans son pays, avec le sentiment du devoir accompli… après avoir trompé tout le monde. »


Lu dans Le Nouveau Courrier


vendredi 9 septembre 2011

Des Français tués — en Afghanistan… et ailleurs


Assassiné en mars dernier par les Frci de Ouattara soutenues par Paris
Le Français Philippe Rémond inhumé hier


Article de Frank Toti. Extrait du Nouveau Courrier n°312 du vendredi 9 septembre 2011 :

« Le ressortissant français, Philippe Rémond, abattu froidement le 30 mars dernier dans un hôtel de Yamoussoukro, où il avait trouvé refuge, lors de la prise de la ville par les Frci, a été inhumé hier.

Ironie du sort ou coïncidence hasardeuse, c’est au moment où Alassane Ouattara séjourne dans la capitale politique, Yamoussoukro, que le français Philippe Rémond, assassiné par des éléments Frci, a été inhumé dans l’indifférence totale de la Nation et de son pays d’origine, la France. Qui a tout de même daigné dépêcher un Consul, pour ne pas offrir de manière flagrante une situation de deux poids deux mesures.

L’ex-professeur agrégé en sciences industrielles de l’Inphb a été conduit à sa dernière demeure au cimetière de Dioulabougou. Son seul crime, c’est d’avoir dénoncé publiquement, alors qu’il était l’invité de [l’émission] Raison d’Etat de la Rti, les pratiques «françafricaines» de Nicolas Sarkozy. Alors qu’on inhumait celui qui avait été assassiné pour ses opinions, le chef de l’Etat (et son procureur de la République) qui pourtant, accorde une attention particulière aux victimes françaises de la crise, assistaient à Zambakro à la sortie de la promotion ATT de l’Efa.

L’ex-président des Européens vivant en Côte d’Ivoire était un partisan de la monnaie nationale pour une véritable liberté vis-à-vis du colonisateur et surtout un des pourfendeurs de la politique impérialiste de la France. Exécuté froidement alors qu’il s’était réfugié dans un hôtel, Philippe Rémond fait malheureusement partie de ces victimes de la crise postélectorale dont l’assassinat est considéré comme un non-événement. Alors qu’au même moment l’enlèvement puis l’assassinat de Yves Lambelin et de ses proches constituent une affaire d’Etat, à tel point que les enquêtes, conduites par le procureur de la République, Simplice Kouadio, ont été bouclées en un temps record, même si l’on est plus que perplexe sur les méthodes utilisées. Les Ivoiriens, quant à eux, porteront à jamais Philippe Rémond dans leurs cœurs. »

Lu dans Le Nouveau Courrier


Précision d'hier sur La Majorité Présidentielle Gbagbo :
"Le Français Philippe Rémond, professeur à l'INP-HB de Yamoussoukro sera enterré ce jeudi à 11h à Yamoussoukro. Il avait été assassiné par les rebelles de Ouattara le 30 avril 2011 dans sa chambre d'hotel à Yamoussoukro. Les auteurs de ce crime crapuleux n'ont jamais été poursuivis. La France n'a jamais fait cas de ce monsieur tout simplement parce qu'il ne cautionnait pas la forfaiture de Nicolas Sarkozy dans notre pays. Repose en paix".


... Et... En Libye aussi : des soldats britanniques meurent. Quid des soldats français ?

Voir aussi : suite de l’affaire Novotel d’Abidjan.



jeudi 8 septembre 2011

France-‘nouvelle’ Côte d’Ivoire : de l'eau dans le gaz (suite)


Militaires français arrêtés : la version des hommes de Wattao.

Signalé par Saper Aude, article de Enise Kamagaté.
Extrait de LynxTogo / mercredi, 07 septembre 2011 :


"L'ambassadeur Jean-Marc Simon veut en finir avec Wattao"


(Photo) Jean-Marc Simon dans un hélico apportant la viande congélée au Golf hôtel à Alassane Ouattara


"L’affaire des anciens militaires français arrêtés, puis relâchés est loin d’être terminée. Et elle prend une autre tournure. En effet, les hommes du commandant en second de la garde républicaine ont décidé de mettre tout sur la place publique. Ils accusent l’Ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Jean Marc simon, d’être le véritable conspirateur contre leur chef. Ils soutiennent que c’est lui qui a fait des faux rapports à l’Elysée.

Afin que les autorités françaises puissent réclamer la tête de Wattao. Pourquoi ? C’est simple, soutiennent ses hommes : «Nous sommes les premiers soldats des Forces nouvelles à mettre les pieds à la résidence de Gbagbo lorsqu’il a été arrêté. Les soldats français nous ont demandé de le tuer. Chose que nous avons refusé. Pour nous, il n’était question de le faire. C’est ainsi que Gbagbo a eu la vie sauve».

Et de poursuivre : «L’Ambassadeur de France informé de cette situation s’est mis dans tous ses états. Il nous en voulait. Parce que nous avons refusé d’exécuter les ordres de ses soldats. En plus, il a vu à la télé comment le commandant était aux petits soins de Gbagbo et de sa famille. Nous pensons que depuis ce jour, il a gardé dents contre notre commandant». Selon nos interlocuteurs, ils s’en foutent des réactions de l’Ambassadeur de France : «Gbagbo est avant tout un Ivoirien. En plus, il a été Président de la République. Il a droit à un minimum d’égard».

Avant de s’interroger : «Pourquoi eux [les Français] qui ont arrêté Gbagbo ne l’ont pas tué ? Ils veulent nous faire porter le chapeau de cet assassinat. Nous ne pouvions l’accepter ». Nos interlocuteurs révèlent également que c’est l’Ambassadeur de France qui a poussé Charaux, l’un des militaires français arrêtés, à porter plainte. «C’est lui-même qui nous a dit. Il se trouve en ce moment au Togo. Il a appelé le commandant pour lui présenter ses excuses. Il faut que l’Ambassadeur arrête. Les Français ne sont pas au dessus de nos lois. Ils doivent les respecter. S’ils commettent des infractions, nous allons les arrêter. Est-ce qu’un étranger peut se permettre de marcher sur les lois françaises ?» font-ils remarquer.

Le Rdr également pointé du doigt

Le parti d’Alassane Ouattara n’est pas épargné dans les critiques des hommes de Wattao. Selon eux, Alassane ne supporte plus Guillaume Soro. Puisque ce dernier n’est pas d’accord avec les marchés cédés facilement à la France sans appels d’offres. Alors, il faut l’affaiblir au maximum. «Parce qu’il sait que notre commandant est un pion essentiel dans le dispositif du Premier ministre. Alassane veut se débarrasser du Premier ministre.

Puisque la France ne veut plus de Soro comme Premier ministre

Or, le soutien militaire le plus sûr demeure notre commandant. Le livrer est une manière de lier les mains et pieds du Premier ministre. Dans tous les cas, nous le voyons venir. Il est arrivé au pouvoir. Il veut se débarrasser de celui qui l’a aidé à être au palais présidentiel». Et de menacer : «Personne n’a le courage de venir arrêter notre commandant. Ils connaissent notre capacité de frappe. On se connaît. […]"


Lire la suite sur LynxTogo


mercredi 7 septembre 2011

Un regard non-hexagonal sur Sarkozy


Quand un gouffre intercontinental se creuse suite aux affaires ivoirienne et libyenne.
Après la sortie de "Sarko m’a tuer"...

Extrait de AbidjanDirect.net :

« Nicolas Sarkozy : Un homme dangereux »


« Cette semaine, un ouvrage confectionné par deux journalistes français (Fabrice Lhomme et Gérard Davet, Sarko m’a tuer, éd. Stock), va mettre en évidence, la dangerosité de l’individu Sarkozy. Il est nocif à plus d’un titre à tout le monde et ce, à travers ses réseaux politiques, judiciaires, médiatiques et administratifs. Sous des apparentes certitudes, l’homme ne fait que mentir afin de donner libre cours à sa méchanceté voire sa cruauté gratuite. Il prétend être un démocrate, mais en réalité, il ne supporte pas la contrariété et fortiori la contradiction. Pour ce faire, on dénote chez lui une volonté récurrente de dominer. La conséquence de cette volonté de puissance, est que l’homme écrase le faible sans pitié. Quand il a affaire à quelqu’un de plus coriace que lui, il use de la finesse qui n’est pas toujours sa tasse de thé. Quand il est arrivé à bout de celui qu’il craint, il s’acharne sur lui pour l’humilier. Par exemple, Mouammar Kadhafi est un homme que Sarkozy craint. Il l’a approché pour en faire un ami de circonstance. Il a même demandé à ce dernier, dit-on de l’aider à financer sa campagne électorale de 2007. Comme le serpent hypnotise sa proie, Sarko endort ses victimes difficiles à cuir. Le cas de Dominique Strauss-Kahn n’a pas encore révélé tous ses secrets. Dieu seul sait que Sarkozy a une peur bleue de DSK. Il fallait qu’il soit éliminé de la course, mais surtout il fallait l’humilier. Laurent Gbagbo a participé à financer sa campagne, il l’a également endormi au point que ce dernier disait avoir retrouvé le sommeil depuis l’arrivée de Sarkozy à l’Elysée. En avril dernier, le sommeil de L. Gbagbo s’est transformé en cauchemar. Amis le matin, il vous poignarde traîtreusement le soir au moment où vous vous y attendez le moins.

L’autre trait de caractère de ce petit tyran est son accès à de fortes colères. Une fois qu’il s’est fâché contre quelqu’un, il s’acharnera sur lui pour le briser, voire le liquider. Il utilisera tous les moyens à sa disposition, c’est-à-dire, les leviers médiatiques, administratifs, judiciaires et politiques. Citons pêle-mêle quelques personnes de son entourage qui font la sale besogne. Le juge Philippe Courroye parmi les magistrats, Claude Guéant et Brice Hortefeux chez les politiques se retrouvent invariablement à toutes les sauces. Quand quelque chose s’est mal passé, il cherche toujours un bouc émissaire qui doit payer même si lui Sarkozy est à l’origine de la faute.

L’affaire du préfet de Corse est très édifiante de ce point de vue. Toutes les victimes de Sarkozy ont en commun la peur d’être broyé par ses sbires. C’est ce qui a fait dire dans l’ouvrage les « Bannis du sarkozysme » que s’opposer à Sarkozy, c’est s’exposer à des représailles. L’affaire Bettencourt nous donne un éclairage fantastique sur le fonctionnement du système Sarkozy : L’infirmière supposée avoir vu la remise d’argent en espèce à Sarkozy nie tout en bloc après avoir reçu des menaces de mort. Nous mettons ADO au défi de tenter quelque liberté avec les intérêts français en Côte d’Ivoire, notamment le pétrole, et il verra ce que vaut l’amitié de ce dangereux personnage. Sarkozy n’a aucune moralité ni sentiment quand on se met en travers de son chemin. A. Wade, et ses copains sont dans le viseur de la « cellule blanche de l’Elysée ». Au moindre faux pas, ils seront virés. »

Julius Blawa Gueye

Lire l'article sur AbidjanDirect.net


dimanche 4 septembre 2011

Avocat de l'Etat libyen - interview vidéo



Me Ceccaldi : "nous installons un foyer islamiste aux portes de l'Europe."

Quand la France se tire une balle dans le pied pour des motifs électoralistes : "faire un coup" avant mai 2012.

Une "nouvelle" Libye déjà en train de massacrer les noirs libyens "au seul motif de la couleur de leur peau".

En vidéo :





samedi 3 septembre 2011

"Jusqu’à quand applaudirons-nous la folie 'démocratisatrice' qui insécurise de plus en plus ce monde ?"



« Sortons tous des rangs »


Par Guy Constant Neza. Extrait du Nouveau Courrier n°306 du vendredi 2 septembre 2011 :

« "They have got him" (ils l’ont eu)… enfin presque. Dans le drame que vit la Libye, l’on a vu bon nombre d’Africains clouer au pilori celui qui a dirigé ce pays pendant 42 ans. Les arguments ne manquent sûrement pas pour tous les détracteurs de l’excentrique Kadhafi. L’axe Tripoli - Ouagadougou a été à maintes reprises cité dans des tentatives de déstabilisation de nombreux Etats, notamment le nôtre [la Côte d’Ivoire]… D’ailleurs 42 ans, c’est long. Pour n’avoir pas su réfléchir sur l’alternance, intégrer progressivement les grands principes démocratiques (le vote, la liberté d’expression…) comme le lui suggérait son fils Seif al-Islam, le souverain s’est attiré les foudres d’une partie de la population, partie dont la proportion semble bien marginale si l’on s’en tient à la résistance dont il a fait preuve malgré le soutien de l’OTAN aux rebelles. Bref ! Dans cette ère ‘‘du tout, tout de suite’’, ne pas donner ‘‘quelque chose’’ au peuple afin qu’il ait l’impression de participer, d’avoir son mot à dire dans le débat public est tout simplement suicidaire. Soit. Les pourfendeurs du Raïs auraient porté ces griefs en d’autres temps qu’on aurait acquiescé sans mot dire. Mais aujourd’hui, ces reproches font-ils encore sens ?

Bon nombre d’Africains ont soutenu, naïvement, l’intervention de l’OTAN contre la Libye car persuadés qu’elle se justifiait, arrosés qu’ils ont été toutes les demi-heures d’informations manipulées par ce qu’il conviendrait d’appeler l’élite poilitico-médiatique. ‘‘Le monde se divise en deux catégories’’, d’un côté ceux qui ont la puissance militaire et médiatique et de l’autre ceux qu’ils ont en joue. Mais paradoxe des paradoxes ‘‘la brute’’ et ‘‘le méchant’’ sont présentés comme les héros tandis que ‘‘le bon’’, par la magie du son et des images orientés à dessein et un usage permanent de l’anathème à son encontre, interprète à son corps défendant le rôle du méchant. Enjoliver une réalité que tout le monde sait laide (ça marche aussi dans l’autre sens) et réussir à convaincre l’opinion, grand classique. «Je mens mais mes mensonges deviennent des vérités». Cette assertion d’André Malraux trouve tout son sens dans la connexion politique/médias en Occident sur les questions de politique étrangère. Qu’il est sidérant de voir pouvoir et opposition se crêper le chignon, avec les médias comme juge d’un jeu de ‘‘à toi, à moi’’, sur des sujets où il n’y a franchement pas mort d’homme. Mais tout ce petit monde, comme par enchantement, resserre les liens autour de la patrie une fois le pays engagé hors de ses frontières. La politique étrangère ne les divise jamais, JAMAIS. Comme on dit en hexagone, «il y va du rayonnement de la France».

L’exemple de la Libye illustre bien nos propos. A quelques mois de la présidentielle française, l’opposition à Nicolas Sarkozy aurait pu mettre en difficulté le président en arguant que la France mène une guerre illégale et injuste contre le peuple libyen et ses dirigeants. Le PS, Le Nouveau centre et toutes les autres formations politiques avaient la possibilité de tirer avantage de ce bourbier qu’était devenu cette crise libyenne en arguant simplement qu’il ne s’agit nullement de défendre ‘‘Mouammar Lucifer Kadhafi’’ mais plutôt les principes auxquels la France est attachée. Hier, elle a dit non aux Américains dans sa vassalisation de l’Irak, aujourd’hui elle ne saurait donc se substituer en une quelconque force d’occupation. Que nenni. Ni Martine Aubry, encore moins François Bayrou ou autres Mélenchon n’ont trouvé scandaleuse l’attitude du pouvoir UMP dans l’ancienne Cyrène. Pis, ils l’ont même approuvé, allant jusqu’à des dithyrambes déroutantes après la prise de Tripoli. «C’est une victoire pour la France», répétaient-ils en chœur. Et lorsqu’un Dumas, un Verges ou un Jean François Khan tire sur la sonnette d’alarme en s’écriant «que sommes-nous en train de faire ?», il est vite recadré, brocardé, taxé d’original, marginalisé, quasiment livré à la vindicte populaire. Etonnant que de voir des démocrates si rétifs à la différence. Pour donner forme et consistance à la forfaiture, n’a-t-on pas eu recours aux bons offices de l’excellentissime philosophe antitotalitaire (sic) Bernard Henry Lévy ? Comme on le voit, politiques, médias, intelligentsia travaillent à l’unisson et l’opinion ne peut que suivre, pour «le rayonnement de la France». Une leçon pour les Africains.

Retour en Afrique où l’affaire Sarkozy vs Kadhafi passionne. Certains Africains ont tôt fait de condamner le guide libyen en égrenant pêle-mêle les récriminations que nous mentionnions plus haut. Mais que faisons-nous des principes ? Organiserions-nous une fête pour celui qui tue notre frère parce qu’il serait ‘’mauvais’’ ? Jusqu’à quand applaudirons-nous les puissances étrangères dans leur folie ‘‘démocratisatrice’’ qui insécurise de plus en plus ce monde ? On démocratise à coup de bombes, de missiles, de rebelles, de morts, de rancoeurs, de déchirement… et des Africains s’élancent dans des apologétiques à vous donner l’envie de vous dépigmenter. S’émanciper «de l’esclavage mental» comme chante Bob Marley commence par lutter contre le prêt à penser. «Il aura fallu deux cent pour imposer la liberté de la presse. Il faut maintenant se battre contre la presse pour être libre», les Africains gagneraient à méditer ces phrases de Jacques Muglioni. Quand le Burkina Faso sombre dans la violence, Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 24 ans a tout le soutien de Paris. Pourquoi Londres, Washington n’exigent-ils pas son départ « sans délai » ? La crise politique d’une Belgique au bord du chaos ne fait point l’objet d’un matraquage médiatique. Pourquoi ? La capitale de l’Europe est sans gouvernement, les Wallons et les Flamands n’arrivent plus à vivre ensemble (on caricature, comme eux) mais point de spécialistes de la Belgique sur les ondes pour commenter, analyser, décortiquer. Pourquoi l’ONU n’y envoie pas un ‘’Représentant spécial’’ et qu’une table ronde n’impose pas aux deux parties un « gouvernement de large ouverture » ? Selon une auditrice algérienne de RFI qui intervenait par téléphone, l’OTAN aurait massacré les populations d’un village qui s’opposait au passage des rebelles. Cette information n’a jamais été vérifiée afin d’être démentie ou confirmée. Qui a dit conspiration du silence ? La France, la Grande Bretagne sous le couvert de l’OTAN agressent un Etat africain et l’ONU s’installe la langue de plomb. Pourtant, elle a du zèle pour condamner avant l’heure la famille Kadhafi pour avoir l’outrecuidance d’en découdre avec l’establishment. Jusqu’à quand allons nous les regarder assassiner, ostraciser nos leaders qui refusent de rentrer dans leurs combines. Comprendrons qu’au-delà de tout ce qu’on pourrait légitimement reprocher à Kadhafi, il y a des enjeux bien plus importants (la Libye est la première réserve pétrolière d’Afrique) ? Quant à l’UA, son silence désole. L’Histoire nous mord la nuque, elle est la seule à ne pas s’en rendre compte. Pour finir, quelques informations sur le quotidien des libyens pendant le règne de Kadhafi. L’électricité et l’eau à usage domestique étaient gratuites. Tout étudiant diplômé recevait le salaire moyen de la profession du cursus choisi s’il ne trouvait pas d’emploi. Chaque famille libyenne, sur présentation du livret de famille, recevait une aide de 300 euros par mois. Il existe des endroits nommés «Jamaiya», où l’on vend à moitié prix les produits d’alimentation pour les familles nombreuses, sur présentation d’un livret de famille. Les soins médicaux étaient gratuits, l’éducation aussi, etc. Vivre dans une dictature pareille, on veut bien signer tout de suite. »


Lu dans Le Nouveau Courrier


vendredi 2 septembre 2011

Sarkozy, l’Otan et la Libye : détruire pour posséder


Publié par DAVID GAKUNZI. Extrait de Penséesnoires.info :


Il fut un temps où le Droit portait en soi le respect de l’égale dignité de tous les humains; un temps où on réclamait la liberté au nom du Droit, au nom du Droit associé ontologiquement aux valeurs de justice et d’équité. Le Droit était alors cette force morale mobilisable, mobilisée pour contester toutes les dominations impériales, toutes les iniquités et oppressions; le Droit était ce bouclier, cet étendard haut brandi pour affirmer le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Que ce temps-là semble, hélas, aujourd’hui lointain, éloigné!

Désormais seule la force des bombes est fondement du Droit; désormais, seule la volonté de toute-puissance de quelques uns est Loi fondamentale: retour aux temps du code colonial élevant le droit du plus fort en droit naturel. Le message est clairement énoncé dans le fracas des bombes jetées sur Tripoli: le Droit, dorénavant, peuples du monde, c’est selon le caprice, c’est selon le bon vouloir, c’est selon les intérêts des plus puissants. N’est dorénavant juste, légitime que ce qui correspond et répond aux intérêts des puissances du jour; la seule parole globale, juridique, autorisée et contraignante pour tous est désormais, exclusivement celle des pays surarmés.

Rupture radicale: le Droit confondu avec l’opinion des plus violents, le Droit au service des plus musclés, voilà le mouvement, voilà le principe organisateur qu’on voudrait nous imposer aujourd’hui, de nouveau, comme un absolu infini, comme un absolu immuable, révélé, indiscutable car émis de Paris, car commandé de Washington, car intimé de Londres.

Et il y a dans cette brutale volonté de soumettre le reste du monde aux quatre désirs des coalisés de l’OTAN, quelque chose qui participe de cette éternelle tentation de toute puissance narcissique si caractéristique de l’histoire impériale de l’Occident; quelque chose de ce fâcheux narcissisme agressif, belliqueux, sadique qui ne reconnait l’autre que soumis, conquis, dominé, obéissant, à genoux ou alors tout simplement aboli. Que nous disent en effet, les bombes larguées, balancées, jetées sur la Libye? Que dorénavant le destin de tout pays sans défense dissuasive est tributaire du bon vouloir de l’Elysée, de la Maison blanche et de Down street; que la puissance de juger et de tuer, la potence ou la pitié, c’est Paris, c’est Washington, c’est Londres ; et que toute velléité libertaire, toute propension à la dissidence est délit qui ne saurait valoir à ses auteurs qu’humiliations et mort.

Morts. Morts les enfants libyens éclatés par les bombes de l’OTAN; mortes les femmes, mortes les mères, éventrées, démembrées; morts les hommes, carbonisés, déchiquetés. Morts! Morts, tous brûlés, réduits en cendre. Tués! Oui, tués, assassinés! Assassinés au nom de la démocratie! Massacrés au nom des droits de l’homme! L’ignominie au nom de la démocratie. Un exemple? Un seul exemple concret? Zliten, le 8 août 2011: raid de l’OTAN sur un quartier résidentiel. Carnage: 75 victimes dont 33 gamins.

Et pourtant, il est dit; et pourtant, il est écrit dans toutes les civilisations que « tu ne tueras point »; et pourtant il est dit dans toutes les cultures que le mal absolu c’est de donner la mort. Mais voilà maintenant qu’on vient nous dire que ce mal ne serait plus aussi absolu que ça, mais plutôt discrétionnaire; car acquitté d’office par une raison supérieure: la démocratie. Nos jeteurs de bombes de l’OTAN: « L’Eglise c’est le Pape, et la démocratie c’est nous! Nous sommes la démocratie! Et hors notre domination, hors notre surveillance, hors notre contrôle, point de démocratie! Oui, tout régime qui n’est pas de chez nous, tout régime non façonné à notre image, est porteur de tous les élans dictatoriaux».

Tout le mal du monde est là, ancré dans ce raisonnement, noué dans ce discours, enraciné dans ce charabia menaçant pour l’humanité de l’homme, car ne parlant d’autrui que pour le nier, n’évoquant l’autre que pour le réduire. Tout le mal du monde est serré dans ce baragouin mortifère, sentencieux qui affirme que tout régime qui ne sacrifie pas aux mêmes rites, qui n’accomplit pas les mêmes gestes, qui ne parle pas la même langue que Paris, Washington et Londres n’est que folklore du mal dictatorial. Folklore maléfique à manipuler, maltraiter, éliminer, annihiler, anéantir, tuer à merci. Il faut détruire « cette chose, cette chose-là » car la démocratie ne saurait souffrir aucune exception.

La démocratie prescription sans frontières. Questions  mais qu’est-ce donc cette obligation transnationale armée du droit de vie et de mort sur tout pouvoir qui ne lui revient pas? Qu’est-ce cette nouvelle théologie enflammée de violence totale et de guerres tous azimuts? Qu’est-ce vraiment la démocratie, cette « démocratie »? La limitation du pouvoir par d’autres pouvoirs? Non. Le combat contre l’arbitraire? Non plus! Mais alors? C’est très simple: Quand l’OTAN dit démocratie, démocratie dans le monde, l’organisation pense soumission. Oui, quand Paris dit, quand Londres dit, quand Washington dit démocratie, traduisez tout de suite: hégémonie sans frontières, « universalisation de nos intérêts »! Oui, Sarkozy et les démocrates de Washington disent démocratie dans le monde comme Voulet et Chanoine disant en leur temps civilisation. Même vision de la planète, mêmes instincts, mêmes pulsions, mêmes justifications, mêmes ambitions, même ressorts. Oui mêmes ressorts.

Car ne nous y trompons pas: derrière cette nouvelle bigoterie fanatisée, intégriste, cannibalesque qui se dit humanitaire, se terre des mobiles d’une nature plus abrupte, plus terre-à-terre, moins idéelle: la cupidité, la soif inextinguible du profit, la domination, la restauration coloniale. On veut le pétrole de la Libye. Alors tout est bon: mystifications, impostures, l’éthique traficotée, la propagande colportée, répandue, propagée de média à média: «Kadhafi a bombardé les populations civiles libyennes»; «Kadhafi a fait des dizaines; non, des centaines; non, un millier; non, des milliers de morts!»

Flots de mensonges, torrents de mensonges déversés dans les medias; les médias mis au service du mensonge; le mensonge usiné, produit, distribué en masse; le mensonge répété, multiplié, diffusé à l’infini. Falsification des faits, mépris total et absolu de la vérité; tromperie froidement organisée, régulée, calculée, marketing de la guerre; bannissement de la vérité. C’est que l’enjeu est majeur: l’opinion est une force qu’il faut berner, qu’il faut manipuler, duper, abuser, tromper afin de manœuvrer en toute impunité. L’entendement humain doit donc être charmé; les cerveaux doivent être possédés; l’opinion doit être dépossédée de ses yeux, dépossédée de ses oreilles, dépossédée de son jugement, dépossédée de sa capacité de douter! Il faut mystifier la raison humaine; il faut rendre la future agression naturelle, normale, banale, morale. La réalité doit être diluée et le mensonge érigé, institué en réel.

Alors: internement de l’opinion dans un discours médiatique unique imposé à toutes les plumes, imposé à toutes les lèvres ; haro sur tout autre discours susceptible de fissurer, de bousculer le pouvoir des puissants du jour de décréter le réel. Tout discours contradictoire, tout discours non aligné sera asphyxié, ostracisé, ridiculisé. Le mensonge doit devenir réalité: « Kadhafi a bombardé les populations civiles libyennes ». Viol verbal de la vérité qui en annonce un autre.

La suite? La réalité renversée, culbutée, la volonté du plus fort peut se mettre en actes: sous le fallacieux prétexte de protection des populations civiles menacées, on peut décoller, franchir la ligne de souveraineté du corps de cette terre libyenne, planter, déverser bombes sur bombes dans ses entrailles. Avec rage et sauvagerie.

Ainsi Tripoli bombardée; ainsi Tripoli terrorisée, martyrisée pendant six mois! Et chaque jour le même discours: tant que Kadhafi ne se sera pas accusé du crime qu’il n’a pas commis, nous continuerons de bombarder Tripoli! Ainsi Tripoli réduite en cendres. « Tant que Kadhafi… Il faut que Kadhafi ratifie notre accusation… Il faut que Kadhafi avoue qu’il est bel et bien un odieux dictateur… Il faut que Kadhafi… Que Kadhafi quitte le pouvoir… Qu’il quitte le pouvoir sinon… Sinon nous continuerons de bombarder Tripoli… Sinon nous continuerons de tourmenter Tripoli. Sinon… Les bombardements vont se poursuivre. Sinon… nous frapperons ses proches… Sinon…nous frapperons sa famille; nous frapperons ses enfants ». Le 30 avril, trois missiles sur la maison de Saïf al Arab, le plus jeune fils de Kadhafi. Saïf assassiné avec ses trois enfants. Meurtre prémédité. Le terrible crime commis par les victimes? Etre nés fils et petits fils de Kadhafi. Crime de filiation.

« Tant que Kadhafi… Kadhafi doit… » On frappe, on mutile, on estropie. Terreur. Terrorisme du muscle. Fracas des bombes. On frappe, on étrangle, on tue. « Tant que Kadhafi… » Vingt mille libyens tués. « Tant que Kadhafi… » Chasse aux Noirs. « Tant que Kadhafi… » Les Noirs, tous les Noirs Libyens pourchassés. Pourchassés dans Benghazi, pourchassés dans Misrata, traqués dans Ras Lanouf, traqués à Brega, traqués, massacrés, massacrés les mains attachées, liées derrière le dos, massacrés par des rebelles mis au monde par la France en couche étrangement avec des féodaux nostalgiques de l’ancienne royauté et des éléments d’Al-Qaïda. On combat Al-Qaïda en Afghanistan et au Maghreb et on fait le coup de feu avec lui en Libye. Etrange paradoxe. Les troupes les plus performantes de cette rébellion? Des anciens d’Afghanistan, des anciens de Tchétchénie, des anciens du Soudan; des salafistes du Maghreb. L’officier le plus efficace de la rébellion? Abdel Hakim Belhadj, fondateur du GICL, le Groupe islamique combattant de Libye, membre de la mouvance Al-Qaïda, connu de tous les services de renseignement.

On injurie, on exècre les djihadistes en Afghanistan et on les loue comme des révolutionnaires humanistes dès lors qu’ils sont regroupés dans le CNT libyen; le CNT, ce mouvement très hautement démocratique aux ambitions extrêmement nobles: purger la Libye de tous ses Nègres, purifier la Libye de tous « ses esclaves à la peau noire ». Ibrahim al-Halbous, commandant de la rébellion: « Il faut que les Noirs Libyens fassent leurs valises ». Purification raciale ouverte, déclarée, assumée au grand jour, assumée devant toutes les caméras du monde. C’est que la démocratie est en marche et qu’au nom de la démocratie, on peut tout; au nom de la démocratie, tout est permis.

Le racisme explose donc dans toute sa brutalité dans les villes arborant le drapeau tricolore et la bannière étoilée; l’orgie klux-klux-klanienne bats son plein à Benghazi; on s’arroge le droit de tuer les peaux noires; on tue les Noirs parce qu’ils sont Noirs. On tue les Noirs en toute bonne conscience, en toute impunité. Et pendant ce temps-là que fait-on à Paris; que fait-on à Washington? On plaisante, on rit, on boit, on se congratule. Les Noirs peuvent être massacrés; les Nègres ne comptent pas; ils sont peu de choses. Silence du côté de la Cour Pénale Internationale.

Silence du côte de cette cour si prompte pourtant à aboyer sur Kadhafi et ses partisans. Normal. Qu’est-ce en effet cette fameuse cour internationale sinon un outil bricolé par les pays dominants afin de légitimer la reproduction de l’ordre mondial actuel? Oui, qu’est-ce cette CPI, sinon une juridiction discriminatoire, une cour ségrégationniste, une institution destinée à juger les dirigeants des pays faibles? Le message de cette Cour est très limpide: tout chef d’Etat de pays non doté d’une défense dissuasive peut être arrêté, de jour ou de nuit, arrêté sous n’importe quel prétexte, arrêté, ficelé, ligoté et déporté pour être jugé et condamné comme le vulgaire malfrat du coin. Par contre, tout suppôt au service des puissances du jour ou tout chef d’Etat d’un pays puissant peut, lui, massacrer, tuer allègrement à coup de machettes, de bombes lasers ou de drones, la CPI ne se sentira en aucun cas concernée par cette barbarie-là. Ses auteurs ne seront jamais accusés de crime de guerre, de crime contre l’humanité: bien au contraire, ils seront honorés, glorifiés, commémorés, ovationnés et couverts de médailles: « gloire aux messies sauveurs et libérateurs de l’humanité » !

On tue donc les Noirs dans les territoires libyens libérés par les bombes de l’OTAN et, à Paris, à Washington, à Londres, on festoie: la machine démocratique occidentale cuirassée de plomb est en marche en terre libyenne. Et quand Kadhafi et l’union africaine proposent l’arrêt des combats et la négociation, on s’esclaffe, on rigole. Désolé, on est occupés, très occupés. On verra plus tard. Pour l’instant, on est occupés. On voulait cette guerre. On voulait cette guerre depuis le début, alors pas de temps à perdre. On est occupés. Occupés à bombarder ; occupés à transformer ce pays en gouffres et en fumées; occupés à démolir. A démolir les hommes, à démolir les femmes, à démolir les enfants, à démolir les ponts, les hôpitaux, les routes. On démolit et on célèbre. C’est étrange mais c’est ainsi: il est des âmes ainsi faites; détruire leur procure une incompressible et incompréhensible jouissance. Jouissance mortifère sur les plateaux de télévision, jouissance exhibée dans les colonnes de journaux. Spectacle obscène: d’un plateau à l’autre, d’une colonne à l’autre, quelques petites gueules voraces posent et s’exposent. Soucieux de leur apparence sur les pellicules de l’histoire, agités de se montrer, ils commentent, glosent sur la chute de Tripoli. Avec une certaine délectation jubilatoire, avec un certain plaisir haineux, sadique. Les bombes larguées sur Tripoli, c’est bon, trop bon, n’est-ce pas?

Ils parlent en Maréchaux; fantasme d’omnipotence, sentiment de toute-puissance: « Sommes-nous satisfaits? Oui. Très satisfaits. Sommes-nous justifiés? Oui, plus que justifiés! Puisque la démocratie est en marche en Libye; puisque la démocratie a été mise en actes; puisque Tripoli a été libérée. C’est une très belle journée ». La raison vaincue par la folie des grandeurs, l’œil torve entre deux exhibitions médiatiques et deux campagnes électorales, nos universels démocrates posent en nombril du monde; show médiatique, slogans, perversion de la réalité et du sens des mots: « Regardez! Regardez-nous: admirez-nous! Par ici les caméras! La bonté humanitaire debout pour la défense de tous les malheureux de ce monde? C’est nous! Les protecteurs globaux au bon cœur et à la juste cause? Encore Nous! Oui, Nous! Nous! La preuve? A Benghazi: ils crient vive la France!»


Terrible constat: on croyait l’élan colonial, cette abomination honteuse, aboli à jamais; on croyait l’Afrique et le monde protégés pour toujours du rapt colonial; on croyait… N’était-il pas gravé dans le Droit international qu’aucun Etat n’a le droit de contraindre un autre Etat à subordonner l’exercice de ses droits souverains? N’était-il pas souligné et re-souligné dans la Charte des Nations Unies qu’aucun Etat n’a le droit d’organiser, de fomenter, de financer, d’encourager, de tolérer des activités subversives ou terroristes destinées à changer par la violence le régime d’un autre Etat? N’était-il pas dit et reconnu par toutes les instances internationales qu’aucun Etat n’a le passe-droit de renverser le gouvernement d’un autre Etat, même en alléguant que ce pouvoir-là ne répondrait pas à la volonté de son propre peuple? N’était-il pas consigné dans la Charte des Nations Unies que le recours à la guerre ne saurait être le moyen approprié pour veiller ou imposer le respect des Droits de l’homme? N’était-il pas admis que l’égalité de droit de tous les Etats était un principe sacré, intangible du droit international? On croyait la récidive coloniale donc impossible, impensable ; on croyait la conscience humaine en progrès; on croyait…

Et voilà qu’on découvre soudainement, au détour d’abord de la guerre contre la Côte d’Ivoire puis de cette guerre de l’OTAN contre la Libye, qu’en réalité, il n’y a jamais eu dans certains esprits de coupure, de séparation claire, définitive entre l’hier colonial et aujourd’hui; qu’en réalité la volonté impériale est toujours tapie dans l’ombre, tapie dans les coulisses, guettant son heure, les muscles tendus, la mâchoire acérée, prête à ressurgir, à bondir toutes griffes dehors, la violence déchaînée et sans retenue; prête de nouveau à tout détruire pour posséder. Voilà qu’on réalise brutalement qu’au-delà de ses nouveaux attributs et visages, la volonté coloniale est loin d’avoir changé de nature depuis la dernière fois: même pulsion d’emprise, même obsession de domination, même violence pulsionnelle, même voracité, même soif démesurée, inextinguible du profit. Mais plus inquiétant, c’est que, depuis la dernière fois, elle a gagné en malignité gangrenant jusqu’à la racine l’inconscient collectif, rongeant jusqu’à la moelle les défenses immunitaires de la conscience humaine. Honnie et mise à l’index hier, cachée comme on cache une maladie honteuse, la voilà maintenant vantée, chantée comme on chante une épopée héroïque, humaniste, chevaleresque!

Et ses victimes? Les milliers de morts tués de mille morts; les vies réduites en lambeaux à coups de bombes à Tripoli, à Misrata, à Brega et ailleurs? Protestation outrée, protestation véhémente de nos Messieurs de Paris, de Washington et de Londres: « Mais donner la mort n’a jamais figuré dans nos objectifs. Qui ne sait d’ailleurs pas que c’est pour sauver des vies humaines que nous sommes là-bas? Aucune tâche de sang sur nos mains. Même Kadhafi n’est pas notre cible! » Mains propres, immaculées donc nuits calmes, paisibles, sereines, consciences tranquilles. Vraiment ? Sûrs? Sûrs et certains de n’avoir jamais tué ? Oui, tuer. « Mais fichtre, de toutes les façons, nous sommes à l’aise: la guerre, la tuerie est un mal nécessaire dans certaines circonstances historiques et puis nous n’avons fait – après-tout – que tuer des viles créatures. C’est notre dû, que disons-nous, notre honneur! » La tuerie magnifiée, louée, prônée, légitimée comme exception humanitaire! C’est ainsi: quand la raison de la force devient loi, l’humanité se perd, l’humanité recule et s’enfonce vers des dédales lugubres et caverneux. Les dédales du profit maximum. Au milieu du fracas des bombes, les multinationales du pétrole s’affairent déjà autour de la Libye. Exon, Total, BP, Eni, Shell… Maîtres du capital, du sous-sol, de l’or noir. Curée, ruée vers le pétrole, vers le gaz, vers le magot libyens. Le poignard est dans la gorge de l’animal. Chacun veut sa part; chacun aura sa part. Des nouvelles lois garantissant l’ouverture du marché libyen sans aucune condition aux capitaux qui veulent investir dans le sous-sol libyen seront bientôt adpotées, édictées. Il s’agissait d’agrandir le périmètre du monde libre et démocratique, n’est-ce pas?

Et maintenant? Une interrogation demeure: pourquoi, oui pourquoi? Comment l’inacceptable d’hier – la récidive, la restauration coloniale – a-t-il pu être imposé ainsi, aussi facilement comme une nécessité humanitaire? Comment expliquer le succès de cette duperie? Quelle est l’énigme tapie derrière le succès de cette entreprise de mystification générale? De quoi cette mystification est-elle le symbole? Trois possibles réponses.

Primo: La mutilation de l’esprit critique par une redoutable technologie planétaire de manipulation des consciences, de massification du mensonge. Jamais sans doute, les mots n’auront été autant usés, utilisés pour dire le contraire des réalités. C’est que le pouvoir de dire le réel est de plus en plus un pouvoir censitaire propriété exclusive de quelques tartuffes qui parlent à tout vent de droits de l’homme et de démocratie et qui, pratiquent dans les faits, le contraire. Tout le contraire. Tripoli a été bombardée, la Libye a été saccagée non pas – comme à l’époque des Voulet- Chanone, Léopold II et bien d’autres conquérants – non pas au nom de la suprématie d’une race, mais au nom d’une idéologie qui se veut humanitaire, au nom de la défense d’une haute idée: la démocratie. Procédé plus vicieux dissimulant le même totalitarisme que celui des massacreurs de Sétif, des tueurs de Madagascar, de la sauvagerie de Léopold II au Congo sous un paravent humanitaire; procédé plus retors, plus difficile à exposer, à dénoncer, à combattre qu’un discours classique affirmant le droit de conquête comme un droit naturel, comme un droit racial.

Deuxio: Il faut le rappeler l’inconscient collectif occidental demeure traversé, habité, hanté par des vestiges d’un certain racisme, héritage du passé colonial. Une frange de l’opinion des pays du Nord est manifestement toujours, encore imprégnée, gangrenée par une certaine vision de « ces pays là-bas», «ces pays étranges dont l’essence politique primitive ne saurait être que régime dictatorial ». Et cette opinion-là est flattée, exaltée dans sa conscience de groupe, chaque fois qu’on lui susurre à l’oreille ce qu’elle souhaiterait entendre: qu’elle appartient encore au monde des plus puissants, qu’elle appartient au monde mandaté pour définir et fonder la règle du bien et du mal; qu’elle appartient – dans ces guerres transformées en jeu vidéo – au camp des bons, des gentils en prise avec ces «étranges, méchants et menaçants barbares».

Tertio; Il faut le dire aussi: l’agression contre la Libye pose la question des failles et des limites des dirigeants africains. Toute l’Afrique a été outragée, pietinée, rabaissée à Tripoli, et qu’ont fait nombre de dirigeants Africains? Ils ont choisi de regarder ailleurs espérant ainsi – sans doute – sauver leurs propres têtes. Naïveté politique, ignorance de l’histoire: l’obéissance n’a jamais sauvé aucun mouton de l’abattoir impérial. Le sacrifice de la Libye a été nourri – dans une certaine mesure – par ces silences-là, par ces désapprobations à peine audibles, par ces nombreux abandons et lâchetés africaines. Thabo Mbeki, une des rares voix africaines courageuses, le dit bien: « La question que nous devons nous poser est la suivante : pourquoi sommes-nous si silencieux ? Ce qui est arrivé en Libye peut très bien être un signe précurseur de ce qui peut arriver dans un autre pays. Je pense que nous devons tous examiner ce problème, parce que c’est un grand désastre. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes incapables d’empêcher ces pouvoirs occidentaux d’agir comme ils agissent parce qu’ils agiront de cette manière demain. Je pense que nous pouvons, pourvu que nous agissions et qu’ils voient que s’ils continuent ce type d’actions, ils rencontreront la résistance de tout le continent africain. Mais malheureusement, notre voix est trop faible et nous devons faire quelque chose pour la rendre plus forte et pour revendiquer clairement le droit des Africains de décider de leur propre avenir».

Et maintenant? La guerre, toute guerre aussi brutale et totale, engendre des souffrances et des tragédies indicibles. Elle laisse des blessures indélébiles, inguérissables dans les corps et les mémoires. La terre de Libye ne fera pas exception: elle restera longtemps marquée par ces coups de bombes infligés par la France, les Etats Unis et l’Angleterre. Mais que sortira-t-il demain de toutes ces blessures? Que sortira-t-il de toutes ces humiliations? Que sortira-t-il des décombres actuels? Une autre guerre sans doute. Car il en est ainsi: toute guerre coloniale, toute velléité de domination, d’occupation coloniale lève tôt ou tard des troupes contre elle-même ; des troupes n’ayant plus rien à perdre, des troupes n’ayant pas, n’ayant plus d’autre choix, des troupes déterminées à lui faire face, à la combattre, à l’acculer. A la vie, à la mort. Les conquérants viennent un jour et dictent le silence par la force du plomb puis un autre jour, le conquis se lève, retrouve et sa voix, et sa mémoire et sa terre.

Et maintenant? La scène internationale semble hélas, de nouveau prête pour accueillir d’autres Libye. Mensonges, agressions, violences, guerres… Des pays saisis les uns après les autres par la force brutale de l’OTAN. Les mensonges vont se suivre; les guerres vont se suivre. Répétition. Le risque de la répétition est là, réel, palpable, tangible. Les guerres vont se suivre car il n’y a plus pour Sarkozy, Cameron et Obama de loi internationale qui tienne. L’ère des égorgements – commencé avec les bombardements sur Abidjan – va continuer si nous acceptons sans aucune protestation l’imposture libyenne. Avaler et couvrir cette agression par notre silence, par notre indifférence et passer aussitôt à autre chose, ce serait [...]

Lire la suite sur Penséesnoires.info


Contributions du même auteur

David Gakunzi est l’auteur de Côte d’Ivoire: le crime parfait