lundi 10 septembre 2012

Quid de la CPI ? Où en est le "procès Gbagbo" ?



Interview de Malick Noël Seck, président de Convergence Socialiste sur Abidjandirect.net :

"Malick Noël Seck se prononce sur l’actualité en Côte d’Ivoire et sur le continent africain. Du procès de Laurent Gbagbo à la crise malienne en passant par l’après Wade, il porte un regard critique sur les événements qui ont cours.

Abidjandirect.net : Le procès de Laurent Gbagbo passe de report en report. Quel est le sentiment qui vous anime face cela ?

Je serais tenté de m'en réjouir. J'ai le sentiment que les occidentaux sont en train de plonger tout droit dans le piège que l'historien et grand politique Gbagbo leur a tendu. Dès sa première comparution à La Haye, en décembre dernier, en une déclaration d'à peine 10 minutes, il a réussi à faire taire la France ! J'ai vainement attendu les commentaires de Paris et de sa presse aux ordres, suite à son accusation clairement énoncée : "C'est l'armée française qui a fait le travail". L'Afrique entière a assisté à cette comparution. Dans le monde entier, on a regardé ce spectacle hallucinant. Gbagbo semblait dire, puisqu'on est là, profitons-en : allons jusqu'au bout. Jusqu'au bout de toutes les explications. De toutes les contradictions. Épuisons les mensonges officiels, redressons les faits et dévoilons les noms des vrais protagonistes.

Abidjandirect.net : Vous le pensez ?

Ce procès n'a pas pour moi d'autre sens que celui-là. Je dénie absolument aux occidentaux le droit, non seulement de s'ingérer dans nos politiques, évidemment, en Côte d'Ivoire, comme en Libye, comme hier en Yougoslavie ou en RDC et aujourd'hui en Syrie. Je leur dénie donc absolument le droit de juger n'importe lequel de nos présidents. Ce procès est anecdotique, la Cour pénale internationale n'est rien et ne doit jamais rien être aux yeux des Africains. Une innocence ou une culpabilité par elle prononcées : on s'en fout, ça ne compte pas, ça n'a pas de sens en 2012. J'ose dire que le plus pourri et meurtrier des présidents africains en poste est coupable de moins de choses qu'un George Bush ou un Nicolas Sarkozy. Tant que l'un d'entre eux n'aura pas été jugé par cette Cour pénale plus "blanche" qu'internationale, elle n'aura pas mes yeux la moindre importance. En revanche, j'ai l'impression que Gbagbo va en faire la plus grande tribune qu'aucun chef d'État africain francophone n’ait jamais eue, pour le plus grand des réquisitoires, celui que l'Histoire devra retenir. Au-delà de son cas personnel, car Gbagbo ne s'appartient plus, il est à nous tous aujourd'hui et nous doit à tous la grande tournée de justice et de vérité dont nous avons besoin, au moment d'affronter un essor de l'Afrique programmé pour profiter à d'autres...

Abidjandirect.net : Depuis l’arrestation et le transfèrement de Laurent Gbagbo à la Haye, la Côte d’Ivoire peine a se réconcilier. Un regain de violence s’abat sur le pays. Avec sa vague d’arrestation. Quelles solutions proposez-vous aux ivoiriens ?

Je n'ai pas de leçon à donner aux Ivoiriens. Ni même de conseils. Je vous dirais même qu'il m'arrive souvent de m'inspirer de leur exemple. Il est évident que le Ouattara brillant économiste qu'on nous a vendu médiatiquement depuis 20 ans s'est évanoui. À sa place, un petit homme sans envergure. Nerveux, vite affolé et brutal par incapacité. Un comptable qu'on prend pour un économiste. Incapable de sécuriser son pays, d'organiser la réconciliation dans la justice et la concorde. C'est en tout cas ainsi qu'il m'apparaît.
J'ai lu que les USA, contrairement à la France de Sarkozy (et pour le moment d'Hollande, car les variations semblent infimes sur le dossier ivoirien entre les deux administrations), ne se résolvent pas à cette justice de vainqueurs qui fait qu'aucune personnalité du clan Ouattara n'a été seulement entendue dans le cadre d'une enquête… On dit qu'Hilary Clinton, qui a beaucoup oeuvré pour Ouattara en lui assurant le soutien d'Obama, lui réclame aujourd'hui des noms de gens condamnables… Or, nous savons tous que Ouattara ne peut pas obliger Soro ou un des ses lieutenants à aller comparaître aux côtés de Gbagbo.
Ce qui me permet de préciser ma pensée sur la CPI : pour un Africain honnête, conséquent et rigoureux, la place de Soro ou de Ouattara n'est pas plus à La Haye que celle de Laurent Gbagbo. Si ceux-ci devaient un jour être jugés, il faudrait que ce soit par la justice ivoirienne, ou, au pire, par une justice africaine.
Nous avons enduré l'ingérence politique, puis humanitaire, devons-nous maintenant accepter aussi l'ingérence judiciaire ?

Abidjandirect.net : Pensez-vous que la réconciliation peut se faire avec Gbagbo à la Haye ?

Évidemment, non. On peut d'ailleurs, à cet égard, mesurer l'absence totale de sens politique de Ouattara. Le premier, Sassou Nguesso venu aurait compris qu'il fallait garder Gbagbo au pays, pour pouvoir, justement, négocier directement avec lui en vue d'orchestrer la réconciliation nationale. Même si, Ouattariste borné ou occidental intoxiqué par les médias, vous croyez que Ouattara a gagné les élections ivoiriennes, celle implique que 46% au moins des Ivoiriens ont voté pour lui… peut-on faire la paix et se réconcilier sans 46% de la population ?

Abidjandirect.net : Vous dites donc qu’elle n’est pas possible ?

J'ajoute même qu'on ne peut pas réduire la problématique à la présence à La Haye de Gbagbo. Il faut aussi évoquer les morts régulièrement annoncées, quand ce ne sont pas de nouveaux massacres à caractère génocidaire contre les We dans la région de Duékoué. Les arrestations arbitraires. Les atteintes aux droits de l'homme et à la liberté de la presse. La vraie question est [...]

Lire la suite sur Abidjandirect.net...


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire