Par Félix Atchadé. Extrait du Nouveau Courrier du 29/03/12 :
Le blogueur sénégalais Félix Atchadé réagit ici aux amalgames étranges qui s’opèrent essentiellement en France entre Abdoulaye Wade et Laurent Gbagbo. Pour mieux accabler le second. Avec talent, il éventre un «mythe» bien opportun.
Le président Laurent Gbagbo déporté à La Haye – son épouse et son fils embastillés dans le nord de la Cote d’Ivoire, ses principaux collaborateurs contraints à l’exil ou emprisonnés – n’en continue pas moins de hanter les nuits de ses adversaires politiques. Toutes les occasions sont prétextes pour eux d’essayer d’écorner son image de digne fils de l’Afrique, résistant aux assauts des forces impérialistes françaises, américaines regroupées sous la bannière de l’Onu. La dernière occasion en date, est cette tentative de le diaboliser en le présentant comme un mauvais perdant qui aurait dû faire comme le président Wade l’a fait le 25 mars 2012 : appeler son adversaire et le féliciter. Ce coup de fil de dimanche dernier à 21h30 GMT vaut à Wade d’être présenté comme «l’anti Gbagbo». A priori une telle opposition entre les deux hommes ne pose pas problème si elle s’inscrit dans un processus de comparaison de leurs parcours, leurs formations, leurs options idéologiques et politiques. Ce qui est inacceptable, c’est que par un subtil amalgame de situations fortement différentes, certains éditorialistes veuillent présenter le président Wade comme le seul, et ceci contrairement au président Gbagbo, à accepter le verdict des urnes comme expression de la volonté populaire.
De la victoire de Macky Sall à l’appel de Wade
Le verdict des urnes a été sans équivoque le 25 mars dernier. Très tôt, en début de soirée, il était apparu aux observateurs de la chose politique au Sénégal et à tous ceux qui connaissent les données démographiques et les comportements électoraux des populations, qu’on s’acheminait vers un plébiscite de Macky Sall avec un score qu’on avait plus observé depuis la présidentielle de 1983. Cette année-là, le président Abdou Diouf avait été « élu » à la suite d’un scrutin marqué par des votes multiples et des tripatouillages de toutes sortes qui lui ont donné un score soviétique (83%). Depuis cette date, à la faveur d’une meilleure surveillance des scrutins, les scores ont été plus serrés. C’est donc une raclée électorale mémorable que Macky Sall a infligée à Abdoulaye Wade.
Dans la tradition électorale sénégalaise, il y a un aspect qui peut paraître folklorique à l’observateur étranger, c’est la longue énumération par les stations radio mais aussi les sites internet et jusqu’à l’Agence de presse sénégalaise(APS) des résultats bureau de vote par bureau de vote. Dimanche dernier, invariablement les résultats que donnaient les stations radio plaçaient Macky Sall en tête avec le double voire le triple des voix de Wade. C’est dans ce contexte qu’a surgi l’appel de Wade. Certes on ne peut dénier que c’était un geste de fair-play mais il permettait tout autant de rendre sans intérêt la soirée électorale sur la bande FM avec son lot de résultats proclamés. Le président sortant s’épargnait ainsi la honte que le pays tout entier, sache que lui et son fils par exemple ont été laminés dans leurs bureaux de vote.
Scrutin référendaire
Monsieur Abdoulaye Wade n’aurait jamais dû être candidat à cette élection présidentielle. L’esprit et la lettre de la constitution de 2001 ne permettent pas à quelqu’un qui a fait deux mandats présidentiels de se présenter à un nouveau scrutin. Il a réussi par diverses manœuvres à imposer sa candidature au Conseil constitutionnel. Et c’est à l’honneur de l’opposition sénégalaise d’avoir accepté, au grand désespoir de Wade, le verdict du Conseil constitutionnel et d’être allé aux élections alors que certains en appelaient à la rue pour régler ce contentieux. Dès lors, il est apparu aux Sénégalais que ce scrutin était destiné à savoir qui était pour ou contre Wade. La preuve en est qu’à la fin du premier tour, sans avoir eu à négocier quoi que ce soit, Macky Sall s’est retrouvé auréolé du soutien de tous les candidats recalés. Ce consensus de la classe politique autour du candidat de l’opposition a pris corps au sein de la société au point qu’au cours du second tour le report des voix a été quasi parfait.
En définitive la candidature d’Abdoulaye Wade a été un coup de Jarnac porté à la démocratie sénégalaise en ce sens qu’elle a empêché l’expression d’un débat fécond au sein de la société et la possibilité d’un véritable choix.
Le faux mythe
Maître Abdoulaye Wade a souvent entretenu la légende selon laquelle, il a fait vingt-six ans d’opposition. S’il est vrai que son parti en était à son vingt-sixième anniversaire lorsqu’il a été élu en 2000, la vérité veut que l’on rappelle qu’entre avril 1991 et novembre 1992 puis de nouveau entre 1995 et 1998, il a participé aux gouvernements de la «majorité présidentielle élargie» du président Abdou Diouf. Et entre 1974 et 1977, Abdoulaye Wade a présenté son parti le PDS comme un parti de « contribution » et non d’opposition au pouvoir du président Léopold Sédar Senghor. Avant de créer son parti en 1974, Abdoulaye Wade a tenté de se faire une place au sein du parti de Senghor sans grand succès.
Par deux fois au moins Abdoulaye Wade a été tenté par l’aventure de l’utilisation des moyens non conventionnels en démocratie pour accéder au pouvoir. Au début des années quatre-vingt, il a envoyé des cadres de son parti en Libye pour y chercher des armes et de l’argent. A la fin de cette même décennie, il a tenté par des groupuscules terroristes qu’il contrôlait d’embraser Dakar par des attentats à la voiture piégée. De guerre lasse, Abdou Diouf qui dirigeait le pays s’est résolu à l’idée que «tant que Wade ne sera pas au gouvernement il ne nous laissera pas travailler».
Le seul élément commun au président Gbagbo et [...]
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Bel article qui rejoint mon analyse publié quelques jours plus tard. Félix Atchadé fait bien de souligner que l'honneur revient à l'opposition d'avoir accepté la décision du conseil constitutionnel malgré la candidature anticonstitutionnelle de Wade. Ce sont donc les partis de l'opposition qui ont oeuvré pour la démocratie et non pas Wade par le fait d'avoir accepté sa défaite.
RépondreSupprimerDans mon article, je souligne d'ailleurs la peur de l'opposition de voir Wade se proclamer vainqueur malgré l'évidence des résultats et son mode de publication. Wade n'a pas osé parce qu'il n'avait pas le soutien des puissances étrangères.
Oui, j'ai lu ton article,
RépondreSupprimerMerci St-Ralph.