jeudi 20 août 2009

Armes, empires, esclavage et colonisation




Dès l'antiquité la plus reculée, les peuples de l'Asie firent usage de divers mélanges incendiaires dans les combats ; mais ces derniers ne pénétrèrent en Europe qu'au septième siècle de notre ère. Les Grecs du Bas-Empire s'en servirent avantageusement pour repousser les Arabes, lorsque ces derniers mirent le siège devant Constantinople. Sa préparation fut mise au rang des secrets d'État par Constantin Porphyrogénète. Mais ce secret ne fut pas gardé longtemps. D'après les recherches de Reinaud et Favé, c'était un mélange de soufre et de substances combustibles telles que des goudrons de résine et des huiles grasses. Beaucoup d'anciens manuscrits donnent sa préparation.



Les Arabes connurent bientôt la composition de cette préparation, appelée le feu grégeois, qui se répandit chez eux au point de devenir, comme nous disent les auteurs cités ci-dessus, « l'agent principal d'attaque. » Ils l'employaient de cent façons et le lançaient avec toutes sortes d'agents différents.

Le feu grégeois brûlait, mais n'avait aucune force de projection. On le lançait, mais on ne l'employait pas à lancer des projectiles. C'était un corps combustible, mais n'ayant aucune des propriétés explosives de la poudre.

L'invention de la poudre à canon, comme substance explosible destinée à chasser des projectiles, est due uniquement aux Arabes. Cette grande découverte, qui a changé tout le système de la guerre, leur revient : « aux Chinois appartient la découverte du salpêtre et son emploi dans les feux d'artifice... Pour les Arabes, ils ont su produire et utiliser la force projective qui résulte de la poudre ; en un mot, ils ont inventé les armes à feu. » (Cit. Reinaud et Favé)

Les historiens assurent habituellement que c'est à la bataille de Crécy, livrée en 1346, que l'artillerie apparut pour la première fois ; mais plusieurs passages de divers auteurs arabes prouvent que son emploi fut en réalité bien antérieur à cette date. Parmi les extraits de divers manuscrits traduits par Conde se trouve notamment un passage où on voit qu'un émir, Yakoub, assiégeant, en 1205, un chef de révoltés dans la ville de Mahédra, en Afrique, « combattit ses murailles avec différentes machines, engins, tonnerres... des engins qu'on n'avait jamais vus... qui lançaient chacun cent énormes jets, et de grosses pierres tombaient au milieu de la ville, et des jets de globes de fer. »

Le passage suivant de l'histoire des Berbères d'Ibn Khaldoun, n'est pas moins explicite, et indique clairement l'emploi du canon pour les sièges : « Abou-Youzef, sultan du Maroc, mit le siège devant Sidjilmesa, en l'an de l'hégire 672 (1273 de J.-C). Il dressa contre elle les instruments de siège, tels que des medjanik (mangonneaux), des arrada et des hendam à naphte, qui jettent du gravier de fer, lequel est lancé de la chambre du hendam, en avant du feu allumé dans du baroud, par un effet étonnant, et dont les résultats doivent être rapportés à la puissance du créateur. Un certain jour, une portion de la muraille de la ville tomba par le coup d'une pierre lancée par un medjanik et l'on donna l'assaut. »

La lecture des manuscrits du temps prouve que l'emploi des armes à feu devint bientôt général chez les Arabes. Ils en firent usage, notamment en 1342, pour défendre Algésiras attaqué par Alphonse XI : « Les Mores de la ville, dit la chronique d'Alphonse XI, lançaient beaucoup de tonnerres contre l'armée, sur laquelle ils jetaient des balles de fer grosses comme de très grosses pommes, et les lançaient si loin de la ville, que quelques-unes d'elles passaient par-dessus l'armée, et d'autres frappaient l'armée. »

Les comtes anglais de Derby et de Salisbury, qui assistaient au siège, ayant été témoins des effets de la poudre, rapportèrent bientôt cette découverte dans leur pays, et c'est ainsi que les Anglais en firent usage quatre ans plus tard à la bataille de Crécy. On connaît également par des manuscrits arabes la composition de la poudre dont ils se servaient, et leurs armes de jet.

(Source : http://www.beurfm.net/forum/showthread.php?t=72399 / La civilisation arabe de Gustave Le Bon - 1884)


La poudre d’artifice a été inventée par les Chinois pour produire du bruit et de la lumière, elle ne comportait que deux ingrédients. Il fallu attendre vers 1300 pour qu’elle soit composée de trois éléments : le souffre, le charbon et le salpêtre. C’est alors que les premiers canons sont apparus. On trouve la première représentation d’un canon dans un manuscrit daté de 1327, alors que le premier usage mentionné d’un canon est attesté pendant la bataille de Crécy en 1346.

Ces premiers canons avaient une facture grossière. Il s’agissait d’un objet en forme de vase placé sur un support en bois, mais, rapidement, on trouve des fûts faits de barres en fer soudées et placées sur ce que l’on pourrait appeler un affût. Ces canons étaient chargés par la gueule en versant une quantité de poudre, suivie d’un sabot en bois et d’un projectile en pierre.

La poudre était enflammée en introduisant un fer rougi dans un petit trou sur le côté du canon (la lumière). Le projectile n’était pas vraiment aux dimensions du canon (d’où la présence du sabot de bois pour le bloquer) et rendait l’arme peu précise. On pouvait ainsi dire que le boulet allait « dans la direction générale de l’ennemi ». L’effet psychologique du feu, de la fumée et du bruit était certainement plus efficace que le tir lui-même.

Contrairement à la croyance populaire, les canons n’étaient pas tous exclusivement à chargement par la gueule. Au début, un certain nombre de canons furent construits au Moyen Age pour être chargés par l’arrière du canon, grâce à une culasse amovible. Il était ainsi plus aisé de charger un canon placé dans l’espace étroit d’une tour de château et de tirer rapidement plusieurs coups successifs. Ces canons à chargement par la culasse consistaient en un fût, ouvert à l’arrière, et une chambre amovible contenant la poudre et le boulet. Cette chambre était fixée dans la culasse du fût avant le tir au moyen d’une cale ou d’une corde.

En raison de leur manque inhérent de précision, les premiers canons ne pouvaient seulement être utilisés avec succès que contre de grandes cibles. Ils furent utilisés de façon notoire lors de la chute de Constantinople en 1453 où les Turcs détruisirent les murs de la ville avec d’immenses canons, marquant ainsi la fin de l’Empire Byzantin.

Les armes portatives

Les premières armes à feu portables ne furent rien d’autre que des canons miniatures. Ils furent introduits vers 1380 et généralement appelés " bâtons à feu ". Ces armes étaient faites d’un canon en fer coulé (ou de douves de fer assemblées) fixé au bout d’une perche. Le tireur maintenait la perche sous son bras et boutait le feu en approchant un fer rougi avec son autre main.

Ces premiers traits à poudre n’étaient pas d’un maniement aisé et furent vite remplacés par une arme pourvue d’un fût : une pièce de bois pouvant supporter l’arme et être appuyée sur le corps lors du tir. On l’appela " arquebuse ". Vers 1411, le système de mise à feu fut aussi modifié en remplaçant le fer rougi par une mèche se consumant lentement (une amorce en amadou) maintenue dans un serpentin fixé sur le côté du canon. Un mécanisme à ressort fut ajouté à ce serpentin quelques années plus tard. De cette manière, le tireur pouvait viser la cible et faire feu en même temps en poussant sur un levier. C'est le mécanisme de détente.

(Source : http://www.armes-ufa.com/spip/spip.php?article39)



1453 : la prise de Constantinople et la fermeture des détroits aux marchands chrétiens met fin à la traite d'esclaves tatares et russes de la mer noire vers l'Italie, l'Espagne et l'Egypte mamelouke.
· Le réservoir slave d’esclaves étant donc « asséché », musulmans comme chrétiens se tourneront alors vers l’Afrique…
· Les Turcs ont alors détruit les murs de Constantinople avec d’immenses canons, marquant ainsi la fin de l’Empire Byzantin. Un an plus tard :
· 1454 : 8 janvier : le pape Nicolas V autorise le roi du Portugal à pratiquer la traite (itinéraire Afrique-Portugal)
· 1490 :Des missionnaires catholiques arrivèrent dans la région du Royaume Kongo, l'année suivante, le manikongo Nzinga Nkuwu fut baptisé et prit le nom de Ndo Nzuawu. Diogo Cão crut alors la voie libre pour se procurer des esclaves et le tenta. Cependant, Nzinga Nkuwu était décidé à ne pas faire de son royaume un lieu de traite. Il fit capturer en échange les missionnaires portugais et les fit tuer à chaque mois de retard dans le retour des captifs Kongo. Sous Nzinga Nkuwu les relations se refroidirent avec le Portugal et ne s'améliorèrent guère jusqu'à sa mort. Elles auraient certainement empiré n'eut été la mort de son fils, Mpanzu a Nzinga, qui était lui contre toute forme de relations avec le Portugal. Prétendant favori à la succession de son père (la succession se faisait par élection et il n'était pas systématique qu'un fils succède à son père), Mpanzu a Nzinga, soutenu par les représentants votants des clans et des corps de métiers Kongo, désirait écourter au plus vite les relations avec le Portugal. Cela lui coûta la vie lors d'un attentat, le jour de son accession au trône.
· 1492 : premier voyage transatlantique de Christophe Colomb. Des Noirs sont embarqués dans les caravelles dès le troisième voyage (1498).
· 1493 : Traité de Tordesillas ligne de partage entre l'Espagne et le Portugal : Bulles du pape Alexandre VI Borgia.
· 1494 : au retour de son 2e voyage, Christophe Colomb vend 300 esclaves indiens 5000 maravedis chacun.
· 1498 : mise en place des repartimentos appelés aussi Encomienda. On attribuait aux colons espagnols des communautés indiennes qu'ils utilisaient comme force de travail et à condition de les nourrir et de les instruire dans la religion catholique.

(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_de_l%27esclavage / et suite ibid.)


La résistance farouche du roi du Congo résumée ci-dessus montre que l’acceptation de la traite est loin d’avoir été spontanée ! Il en est évidemment de même des royaumes d’Afrique de l’Ouest.

Autant de royaumes dont les traces sont connues encore au XXe siècle dans le testament de l’ethnologue allemand Léo Frobenius (1873-1938), auteur d’une douzaine d’expéditions en Afrique sud-saharienne entre 1904 et 1935, qui résume parfaitement la problématique :

"Lorsqu’ils (les navigateurs européens) arrivèrent dans la baie de Guinée et abordèrent à Vaïda, les capitaines furent fort étonnés de trouver des rues bien aménagées bordées sur une longueur de plusieurs lieues par deux rangées d’arbres : ils traversèrent pendant de longs jours une campagne couverte de champs magnifiques, habités par des hommes vêtus de costumes éclatants dont ils avaient tissé l’étoffe eux-mêmes ! Plus au sud, dans le Royaume du Congo, une foule grouillante habillée de soie et de velours, de grands Etats bien ordonnés et cela dans les moindres détails, des souverains puissants, des industries opulentes. Civilisés jusqu’à la moelle des os ! Et toute semblable était la condition des pays à la côte orientale, la Mozambique, par exemple".

Ce texte permet d’apprécier la situation réelle à l’intérieur des terres. Et il poursuit :

"Les révélations des navigateurs portugais du XVème au XVIIIème siècle fournissent la preuve certaine que l’Afrique nègre qui s’étendait au sud de la zone désertique du Sahara était encore en plein épanouissement, dans tout l’éclat de civilisations harmonieuses et bien formées. Cette floraison, les conquistadores européens l’anéantissaient à mesure qu’ils progressaient. Car le nouveau pays d’Amérique avait besoin d’esclaves et l’Afrique en offrait : des centaines, des milliers, de pleines cargaisons d’esclaves ! Cependant, la traite des Noirs ne fut jamais une affaire de tout repos ; elle exigeait sa justification ; aussi fit-on du Nègre un demi-animal, une marchandise. Et c’est ainsi que l’on inventa la notion du fétiche (portugais : feticeiro) comme symbole d’une religion africaine. Marque de fabrique européenne ! Quant à moi, je n’ai vu dans aucune partie de l’Afrique nègre, les indigènes adorer des fétiches (...) L’idée du "Nègre barbare" est une invention européenne qui a, par contre coup, dominé l’Europe jusqu’au début de ce siècle".

(Source : http://www.africamaat.com/Les-Europeens-sont-ils-les?artsuite=1)

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La puissance de feu (littéralement) due à la course aux armements entre puissances européennes et arabo-turques fera la différence.

On est en marche vers la destruction des puissances africaines, prises dans l’étau du choc des deux civilisations dominantes d’alors dont une, l’Européenne, écrasera bientôt l’autre, laissant libre cours aux conquêtes coloniales modernes.

Comme dans toutes les guerres à grande échelle, les nations périphériques au choc sont toutes embrigadées dans les combats des deux grands (cf. les deux guerres mondiales ; cf. la guerre froide)… Autant de guerres "tribales" antan pourvoyeuses d'esclaves, et de richesses pour trafiquants et marchands d'armes. Déstructuration des sociétés ouvrant à un cycle d'affaiblissement prêtant le flanc à toutes les conquêtes, militaires, coloniales et économiques.

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Je reprends la citation de départ : « Les Grecs du Bas-Empire se servirent avantageusement du feu grégeois pour repousser les Arabes, lorsque ces derniers mirent le siège devant Constantinople. Sa préparation fut mise au rang des secrets d'État par Constantin Porphyrogénète. Mais ce secret ne fut pas gardé longtemps. »…

À transposer au XXIe siècle ?!!!…




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